Edito de STEPHANE

L’édito du lundi 12 novembre 2018

La bagnole, le sang et les larmes.

C’est une nouvelle fois une question de transport par route qui va mobiliser une bonne partie des français contre une mesure dite « écologique ». Les « bonnets rouges » avaient en leur temps démonté les portiques de mesure destinés à la collecte de l’ « écotaxe », demain les « gilets jaunes » vont faire reculer le gouvernement sur la taxation du diesel et des carburants en général.

Il faut bien évidemment discuter de l’injustice de ces augmentations, du fait qu’elles touchent en priorité des gens dépendants de leur voiture pour travailler, conduire les enfants, les personnes âgées, dépendantes, qu’elles sont profondément inégalitaires car déconnectées du niveau de revenus. Néanmoins, il ne faut pas occulter la question centrale qui nous est posée. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) proviennent à 30% des transports dans notre pays, comment allons-nous faire pour en réduire la part ?

Le discours du président Macron et de tous les « Marcheurs » sur la question écologique apparaît pour ce qu’il est : une coquille vide, un impensé fondamental. Car la transition écologique nécessite un bouleversement de société, une remise à plat de nos habitudes de vie, de nos certitudes, sur les déplacements, l’habitat, la consommation, le rapport à la vitesse, la nourriture, le lien social… Toucher un jour à la bagnole sous la forme d’une taxe pour dissuader d’acheter une voiture diesel et encourager à en changer, sans, en même temps, raconter le récit de ce que sera la France de demain, avec moins de déplacements mais plus de … tout ce que vous voulez mais qui sera respectueux de notre environnement et de la vie sur Terre, forcément meilleur, générateur d’espoir, conduit à l’incarnation par Macron de l’écologie punitive.

Comment se fera la transition, dans la douleur, dans une riante bonne humeur ? Macron n’est à l’évidence pas Churchill, et nous ne sommes pas (encore ?) dans un état de souffrance qui nous permettrait d’entendre un discours, que nos ancêtres ont connu, celui du sang et des larmes. En ce jour du 11 novembre 2018, les douleurs du XXèmesiècle résonnent, au travers des commémorations, rappels des impasses intellectuelles qui nous ont conduits à des guerres. La guerre de demain sera-t-elle liée au changement climatique ? Avons-nous aujourd’hui les moyens de l’éviter ? Anticiper et nous adapter dans une concertation, qui n’aura rien d’angélique, qui verra, ne soyons pas naïfs, des gagnants et des perdants, qui sera plus douloureuse pour les plus démunis, en sommes-nous capables ? L’alternative, le scénario du laisser-faire (le marché par exemple), c’est la loi du plus fort, les gens seront montés les uns contre les autres, le « dégagisme » venant de tous horizons n’en sera qu’un peu plus légitimé, les discours de haine et de chaos sont prêts de toutes parts. D’autres voies, qui n’escamotent pas les difficultés sont possibles, éminemment souhaitables.

Parler avec franchise est une constance chez les écologistes, quitte à ne pas faire plaisir et à ne pas être élus. Le prix du carbone est trop bas en France, et nous assumons aussi de dire donc que le prix des carburants l’est aussi. Il y a 10 ans environ, le prix du baril de pétrole avait passé la barre des 100 euros, l’essence celle des 1,50 euros avec pour conséquence une baisse du trafic routier, ainsi que le développement du covoiturage. On peut toujours souhaiter que les gens deviennent vertueux par conscience, par l’éducation, la conviction, mais on sait très bien qu’il ne faut pas s’en contenter. Allons sur n’importe quelle place, dans n’importe quel bistrot, dans n’importe repas de famille et posons la question, la réponse sera « les français ne comprennent que le porte-monnaie ». Ils ne sont pas les seuls. Et ne nous cachons pas à gauche derrière celles et ceux qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois pour fuir cette réalité. Chaque chose en son temps.

Alors oui, l’utilisation de la voiture doit être réduite de manière massive et par tous les moyens. Ne cédons pas , aux sirènes de la voiture électrique mise en avant par ce gouvernement (mythe de l’énergie illimitée perpétué, problème simplement déplacé), pas plus à celles du transport en commun qui irriguera chaque ville, chaque rue, chaque maison du fin fond de la campagne, avec une fréquence toutes les 10 minutes, de jour comme nuit ( !). Cela n’empêche pas d’avoir du discernement dans cette approche, vivre en ville est différent de vivre hors milieu urbain. Nous devons construire un « bouquet de solutions » et nous n’aurons pas tous le même rôle dans la part que nous prendrons dans la lutte contre les GES. La société entière doit se mobiliser, et les politiques remplir leur rôle dans ce moment charnière. Je ne serai pas à la manifestation du 17 novembre, mais présent avec toutes les personnes qui se déplaceront quand, entre colères légitimes et prises de décisions, nous discuterons en paix de ces questions écologiques.

Stéphane DELEFORGE, le lundi 12 novembre 2018

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Commentaires

1 Message

  1. La bagnole, le sang et les larmes.

    Bonsoir,
    Je reconnais que ce texte est bien et intelligemment écrit comme la plupart des analyses rédigées par Stéphane Deleforge. Évidemment qu’il faut réfléchir à notre avenir et notre environnement.

    Pourtant il en ressort qu’il ne fait pas bon de vivre en milieu rural avec peu de moyens. Si on a un parent à l’hôpital comment peut-on le visiter en fin de journée sans véhicule motorisé, si on habite à plus de 20 km de l’hôpital ? Si, suite à une séparation, on a un droit de garde les weekends tous les 15 jours comment doit-on s’organiser si l’on veut maintenir un lien familial ? Quand on a une famille à nourrir comment ramène-t-on les provisions chez soi ? Comment s’organiser dans son travail quand on a une profession libérale ? C’est mon quotidien actuel, ma réalité... C’est celle de beaucoup de personnes qui vivent autour de moi.
    Je n’ai pas des revenus qui me permettent de prendre la voiture pour le plaisir de rouler. J’évite les déplacements inutiles, limite mes loisirs nécessitant des déplacements, je prends les transports en commun quand je peux, pratique parfois le covoiturage (mais Blablacar n’est plus un grand ami...). J’aime bien le vélo...
    Je me sens pénalisé en vivant à la campagne...même un peu coupable et stigmatisé.
    Quand je suis seul je ne chauffe pas au delà de 18°c et supporte même bien les 15°c. Cela compense-t-il un peu l’utilisation de la voiture ? La voiture électrique (que je ne peux me payer) est-elle la solution ? Est-elle vraiment moins polluante ?

    Je veux bien, à St Amancet, "discuter en paix de ces questions écologiques" (dont les problèmes de transport). A St Amancet qui est loin d’être une commune isolée et mal desservie. Bizarrement les réunions se font presque toujours en ville...
    Traiter le transport seul et mettre des pénalités sur ce "problème" n’est pas vraiment LA solution si on ne traite pas les problèmes d’urbanisation, de maintien de vie, d’activités et de services dans le milieu rural, d’une société un peu plus égalitaire....

    Voilà quelques réactions un peu en vrac...et discutables
    Patrick Rossignol

    par Patrick Rossignol | 13 novembre 2018, 23:22

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