la tribune libre

Socialisme, les temps nouveaux

Fin d’une longue séquence politique – élection présidentielle et élections législatives – qui vient de révéler l’étendue du profond malaise qui mine implacablement notre démocratie : délégitimation de notre monde politique et désarroi civique.

Bref, pour une grande majorité de nos compatriotes, un esprit de méfiance, voire pour quelques uns de défiance, qui fragilise notre démocratie et sape les fondements de notre République. Certains, minoritaires bien que vainqueurs, ont fait le choix de se jeter à corps et âme perdus dans une forme d’espérance messianique confondant croyance et politique, foi et raison. Quand les citoyens se transforment en dévots, quand le dogme remplace l’intelligence, le pire se profile. A nous de faire en sorte qu’il n’advienne pas.

Un long temps d’analyse, de réflexion et de compréhension nous attend, pour chacune et chacun, personnellement et collectivement. C’est bien un travail d’introspection politique sur les quarante dernières années que nous devons mener. En rester au seul constat du dernier quinquennat serait une erreur néfaste et s’en prendre au seul Parti Socialiste, une facilité stérile, inopérante, pernicieuse et mortifère. J’exagère le trait parce que nous savons tous qu’une accommodante tentation – toujours infructueuse - est plus aisée qu’une sérieuse réflexion. Car c’est bien l’histoire de la gauche, de toute la gauche, tout au long de l’interminable période des « quarante piteuses » de subordination à l’idéologie libérale, que nous devons revisiter, examiner, ausculter, disséquer, étudier, analyser. Ce long temps de mise au clair est un passage obligé pendant lequel seule l’écoute attentive, respectueuse, des uns et des autres, nous permettra, à partir des plus belles pierres du champ de ruine, de reconstruire, de refonder, de relever l’espoir d’un possible socialisme démocratique.

Je fais miens les propos d’Enzo TRAVERSO : « La mélancolie de gauche ne signifie pas l’abandon de l’idée de socialisme ou de l’espérance d’un monde meilleur ; elle implique cependant de repenser le socialisme à une époque où sa mémoire est perdue, cachée, silencieuse et demande à être rachetée. Cette mélancolie ne doit pas se limiter à pleurer une utopie perdue ; elle doit s’atteler à la reconstruire. » Mélancolie de gauche, page 23.

CAZOTTES Jean-Marc, le lundi 19 juin 2017

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P.-S.

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Commentaires

2 Messages de forum

  1. Socialisme, les temps nouveaux

    Jean-Marc nous propose "un long temps d’analyse, de réflexion et de compréhension ... un travail d’introspection politique sur les quarante dernières années". D’aucun penseront que c’est bien présomptueux .... si je dis que certains ont pris un peu d’avance. Quand en 2008 nous avons quitté le PS pour, avec nombre d’autres issus de courant politiques divers, fonder le Parti de Gauche, ce n’était pas un caprice de minoritaires mais bien le résultat d’une réflexion sur la mutation idéologique de ce parti au fil des dix années qui avaient précédés. Cela nous a conduit à plaider la nécessité d’une force politique nouvelle seul moyen, à nos yeux, d’ouvrir un autre chemin que celui du reniement qui menaçait la gauche de disparition. Dès sa création, le PG a affirmé la nécessité de son dépassement. Le constat de l’engluement du FdG a conduit, avec la candidature de Jean-luc Mélenchon, à la création du mouvement de la France insoumise, qui a fait table rase de la domination des appareils de la "vieille gauche". Il fallait tracer une frontière nette, non seulement avec le PS en perdition, mais avec toutes les forces qui y restent associées par des intérêts à préserver. Ce qu’on bien compris les électeurs en plaçant la FI en tête des proposition progressistes de gauche tant à l’élection présidentielle qu’aux législatives. Bien sûr, nous ne crions pas victoire, c’est bien Macron et sa majorité de députés inféodés qui ont été élus. Alors, la conclusion de l’article ci-joint de Médiapart, résume bien la situation : "La responsabilité qui pèse désormais sur la FI est à la hauteur de sa place dans la recomposition des gauches françaises : majeure". Nous ne réussirons pas seuls. Nous l’avons répété au long de ces derniers mois : "vous qui vous reconnaissez dans le meilleur du socialisme et de l’écologie politique, rejoignez les 530.000 insoumis ! Nous portons les mêmes idéaux, les mêmes principes. Vous serez chez vous dans la France Insoumise !"
    Alors, l’analyse, la réflexion, oui, mais ne tardons pas trop. Le gouvernement Macron-Philippe lui n’a pas l’intention d’en perdre et les mauvais coups annoncés, sur le code du travail, sur les libertés publiques ... vont tomber très vite.
    Salutations militantes.

    Voir en ligne : La France insoumise, un mouvement prophète

    par BCC | 23 juin 2017, 20:03

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    1. Socialisme, les temps nouveaux

      Salut Bernard,
      Je ne suis pas de ceux qui ont démissionné du PS en 2008, l’ayant quitté en 1992.
      Et j’ai rejoint Les VERTS en 1998 considérant que l’écologie politique était partie intégrante du socialisme démocratique. A celles et ceux qui considéraient que j’étais écolo BIEN QUE socialiste j’ai toujours répondu que je suis écolo PARCE QUE socialiste. « Changer d’ère » a été et reste le mot d’ordre de l’écologie politique. Cet idéal c’est l’avenir. Mais le plus important, en politique, c’est d’abord et avant tout le présent. Et la mémoire du passé.
      Aujourd’hui il est clair que l’écologie politique a enfin « pollinisé » la réflexion à gauche. J’en veux pour preuve les fonts baptismaux du Parti de Gauche – l’écosocialisme – en 2009 et le résultat de la primaire de « La belle alliance populaire » en 2016 avec la victoire de Benoît HAMON.
      C’est la nouvelle donne à gauche : l’écologie politique, socle commun de la gauche. Et celle-ci nous oblige à revoir, toutes et tous, PC, PG, Insoumis, VERTS, PS, et d’autres, notre propre logiciel partisan à l’aune de cette nouvelle donne. Pour intégrer cela il nous faut, tous, chacune et chacun, dans son parti, dans son mouvement, d’abord en prendre acte, puis analyser la situation actuelle à partir de l’histoire politique de l’ensemble de la gauche depuis la victoire idéologique et culturelle du libéralisme à partir du milieu des années 70. D’après ce que tu as écrit dans ton commentaire il semblerait que ce soit réglé pour le PG et les Insoumis. Tant mieux pour vous. Pour nous et beaucoup d’autres tout commence. Et ce sera long.
      Tout simplement parce que nous voulons que le XXIième siècle soit celui du socialisme démocratique. Et que nous n’avons plus le droit à l’erreur. Si nous voulons, collectivement, les uns et les autres, y parvenir.

      par CAZOTTES Jean-Marc | 23 juin 2017, 23:31

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