la tribune libre

Pour une écologie politique démocratique et républicaine

« Aussi, plutôt que de feindre que nous sommes nécessairement à l’aube de temps nouveaux - ceux d’une grandiose révolution sociale et écologique -, le travail intellectuel aurait probablement autre chose à apporter. La perspective sera moins enthousiasmante mais peut-être plus utile : au prophétisme, on peut préférer l’examen sobre des "possibles", mais aussi la réflexion sur ce qui continue de bloquer l’émergence ou l’affirmation de tels "possibles. » Serge AUDIER, La société écologique et ses ennemis, page 11 (éditions la découverte)

Force est de constater que l’état de la planète connaît aujourd’hui une évolution qui ne s’inscrit plus dans une continuité de lentes variations successives mais bien qu’un bouleversement extraordinaire aussi bien climatique qu’environnemental est à l’œuvre qui remet en cause nos façons d’agir de manière individuelle mais aussi et surtout de manière collective pour les affaires communes.
Parce que l’écologie doit être obligatoirement le socle de toute action, l’écologie politique se doit d’orienter réflexions et décisions.

Force est de constater aussi que l’état du monde connaît aujourd’hui un extraordinaire chambardement géopolitique. Au cours de l’été, le 23 août 2023, un événement politique majeur s’est déroulé à Johannesburg en Afrique du sud : les cinq pays constitutifs des BRICS (1) ont entériné la possibilité d’expansion du groupe en accordant à six nouveaux pays(2) leur adhésion à compter du 1 janvier 2024. De plus d’autres pays(3) ont déposé dès le 10 août leur demande d’adhésion. Une nouvelle guerre froide serait-elle à l’œuvre ? Celle d’un nouveau « Sud » composé surtout de pays aux régimes autoritaires et loin des principes et valeurs telles que la liberté et les droits de l’homme contre un Occident libéral et démocratique ?

Ces deux bouleversements sont, d’abord et avant tout, l’étau d’un monde nouveau.
Loin, très loin de la mondialisation soi-disant heureuse. Deux contraintes incontournables de notre réflexion politique.

Et c’est dans ce contexte que se sont déroulées les journées d’été de beaucoup de partis politiques, moment d’une réflexion sur le devenir de leur orientation politique pour l’année qui suit.
Ni congrès, ni assemblée générale mais, assurément, instant de mise à jour des orientations politiques du congrès précédent. Mise à jour nécessaire car le monde est en mouvement politique permanent.
Pour les écologistes, du moins ceux de mon parti, Europe Ecologie – Les Verts, les Journées d’été 2023 sont certainement les plus politiquement catastrophiques que nous avons connues. Conséquences du réchauffement climatique, des cataclysmes – canicules, feux, inondations – en Grèce et aux milliers de morts notamment en Lybie, une guerre durable à nos portes, une Afrique chamboulée par de nombreux coups d’état militaires et une campagne à lancer pour les prochaines élections européennes auraient dû faire de ces journées un grand moment médiatique de mise en avant de nos idées, principes et valeurs. Las ! Médine a tout drainé dans les médias.
Médine a fait le buzz et l’écologie politique en a fait les frais : Médine par-ci, Médine par-là, Médine à huit heures, Médine à midi, Médine à dix-sept heures, Médine à vingt heures et Médine à minuit. Bref, pour Europe écologie – les Verts une opportunité médiatique ratée, une casserole politique que l’on va traîner jusqu’aux élections européennes malgré la qualité, l’intelligence, la responsabilité et l’expérience politiques de Marie Toussaint qui a su trouver les mots qui convenaient à cette invitation importune.

Il semble, aujourd’hui, qu’avec la Nupes La France Insoumise ait vampirisé l’esprit de beaucoup au sein des autres partis partenaires. Sortir de cette emprise idéologique – populisme, dégagisme (des élus et des élites), radicalisme, relativisme, activisme, chambardement institutionnel, souverainisme soi-disant protectionniste mais surtout anti-Union Européenne, altercation grabuge et outrance plutôt que débat et controverse - est la priorité que nous impose aussi bien la refondation des écologistes en cours que la prochaine élection européenne. Se départir de l’idée que La France Insoumise est le mouvement dominant de la gauche :
 aucun élu au Sénat alors qu’Europe écologie – Les Verts en a 17.
 grandes villes conquises aux municipales pour Europe écologie – Les Verts : Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Tours, Annecy, Besançon, Poitiers). Quid de La France Insoumise.
Bref, La France Insoumise a seulement bénéficié de la dynamique d’union de la gauche au second tour de la présidentielle lors des législatives. Au cours desquelles les autres partis de la Nupes se sont laissé imposer le score de ce second tour comme socle de répartition nationale des candidats. Sans pour autant que Jean-Luc Mélenchon devienne Premier ministre.
De plus, ces derniers jours, suite aux actes terroristes du Hamas en Israël, les dissensions entre La France Insoumise et les autres membres de la Nupes ont largement dépassé le stade des divergences pour révéler celui d’antagonisme politique. La Nupes n’est plus qu’un machin obsolète que les écologistes doivent quitter.

Pour faire face aux mutations climatiques, environnementales et géopolitiques du monde nouveau qu’est celui d’aujourd’hui, l’espace de l’écologie politique est celui de la démocratie et de la République. Seul espace qui autorise la possibilité de la liberté, de l’égalité et de la solidarité. Car c’est bien le seul espace qui nous permettra d’avancer aussi bien sur la question écologique que sur la question sociale et la question sociétale.


1 Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud
2 Iran, Argentine, Egypte, Ethiopie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis
3 l’Algérie, le Bahreïn, le Bangladesh, la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, le Honduras, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Koweït, le Nigeria, la Palestine, la Serbie, le Sénégal, la Thaïlande, , le Venezuela et le Viêt Nam.

P.-S.

La « Tribune » est un espace éditorial d’expression libre à l’attention de celles et ceux qui souhaitent participer au débat essentiel à toute vraie démocratie participative. Les propos tenus dans les différents articles de cette rubrique n’engagent pas la responsabilité du groupe Europe Ecologie-Les VERTS de CASTRES et relèvent de l’entière et unique responsabilité de l’auteur(e). / Envoyez votre article à lecolocastres@ouvaton.org

Commentaires