Edito de STEPHANE

Le théorème de Guérineau

A l’occasion du bilan des 20 ans de mandat de M Bugis, c’est aussi Philippe Guérineau qui a eu les honneurs de la presse. On a pu lire de son action dans l’opposition, le bilan dressé par lui-même et par le maire de Castres. Le temps fait son œuvre et retient le respect dans l’action politique, la « flamboyance » dans le verbe, l’honnêteté intellectuelle pour défendre ses idées. Philippe Guérineau a marqué les esprits, à droite et à gauche, c’est indéniable, par sa rudesse aussi. Rien d’étonnant à cette présence finalement, car régulièrement, le nom de Guérineau revient, mais au-delà de cette période d’opposition, du temps où il était adjoint à la culture, et où la vie culturelle locale était plus variée et plus audacieuse qu’elle ne l’est à présent. C’est toute une époque qui est évoquée, avec nostalgie, celle où Castres était à gauche, celle où la ville construisait son avenir en investissant pour le futur. Le logement social, l’aménagement urbain, la vie associative étaient dans des dynamiques qui nous ont portés et qui nous portent encore. Sans relai, sans nouvel élan, en 20 ans tout s’est malheureusement étiolé au point que ce capital commun se retrouve maintenant à l’os.

Comment retrouver cette vie locale animée par une équipe de gauche ? Philippe Guérineau qui s’est maintenant éloigné de cette vie publique, nous livre une clé précieuse pour l’avenir : la recette de la réussite de l’accession au pouvoir. « Pour que la gauche puisse gagner à Castres, […] il faut qu’elle soit conquérante, qu’elle se trouve face à une droite usée et qu’il y ait une vague nationale en sa faveur. Si 2/3 de ces conditions au moins ne sont pas remplies, la gauche ne peut gagner dans cette ville. » Cette analyse résonne un an après la dernière campagne municipale, où cette fois, il n’y avait qu’une seule liste à gauche, avec le plus mauvais résultat jamais enregistré : 17%, 3ème place. « Gauche conquérante » ? « Une droite usée » ? « La vague nationale » ? Ces questions et bien d’autres méritaient d’être discutées. Il n’en fut rien. Le niveau d’analyse s’est réduit à la crise sanitaire et à l’abstention. Impossible dans ces conditions de construire l’avenir au sein de ce groupe qui refuse de regarder la réalité en face. D’où la décision de mener mon action municipale en complémentarité, dans les traces de Brigitte Desveaux.

Cet anniversaire, nous rappelle que l’Histoire est là, pour nous guider. Les formations politiques de gauche peuvent travailler ensemble et réussir de grandes choses au service des citoyens. Aujourd’hui, nous sommes émiettés, fracassés par l’arrivée du macronnisme, qui a stoppé l’alternance du « retour aux affaires » pour la gauche. Un mal pour un bien, car le renouvellement des idées au PS s’est perdu depuis longtemps, ainsi que la prise en compte de la question sociale. Cette absence laisse un pays gouverné par une doctrine libérale, matinée d’un discours social et écologiste de façade. Ce constat, nous sommes nombreux et nombreuses à le faire, avec en tête le changement climatique, la souffrance sociale, la perte de confiance dans les représentants politiques et l’envie d’agir. Avec en tête aussi l’élection présidentielle, et cette vision d’horreur d’une gauche une nouvelle fois absente du second tour de cette élection couperet. Un retour du dialogue entre formation de gauche est nécessaire pour construire sur nos fondamentaux, pour polir ce qui peut l’être, pour se refaire confiance, et parler au-delà de nos cercles de convaincus. Nous pouvons continuer à nous envoyer la vaisselle à la figure, nos raisons réciproques ne manquent pas. Prenons de la hauteur, parlons-nous de politique, discutons et expliquons les stratégies possibles pour gagner, dessinons un projet pour et avec nos concitoyens. A parler chacun depuis nos petites chapelles, nous prenons un risque insensé, celui que le théorème de Guérineau se transforme en recette de mauvais cocktail à la teinte brunâtre, gueule de bois douloureuse assurée pour tout le pays et toute l’Europe. Ça fait réfléchir.

Stéphane DELEFORGE, le 2 avril 2021

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