la tribune libre

… nous sommes des écologistes de Gauche et nous pouvons gagner ! par Brigitte BROZIO

La « Tribune » est un espace éditorial d’expression libre à l’attention de celles et ceux qui souhaitent participer au débat essentiel à toute vraie démocratie participative. Les propos tenus dans les différents articles de cette rubrique n’engagent pas la responsabilité du groupe Europe Ecologie-Les VERTS de CASTRES et relèvent de l’entière et unique responsabilité de l’auteur(e).


Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont tué depuis un bon moment l’espoir que l’écologie puisse être la préoccupation de tous les politiques en France, y inclus la droite. Son Grenelle de l’Environnement avait vu une très large participation de nombreux acteurs et politiques de tous bords, qui ont fait de bonnes propositions et qui les ont vu avortées à la sortie en faveur de ‘mesurettes’, même pas bonnes pour nous voiler la face. La preuve fût donnée que les paroles d’intention ne valaient rien. … et pourtant, les urgences écologiques se présentaient déjà très clairement lors de son élection. Du temps précieux est perdu, ainsi que le pari que l’avenir de la planète et la responsabilité pour les générations futures allaient nous réunir tous.

Une première étape est franchie avec l’élection de François Hollande. Une porte est ouverte pour le changement et nous pouvons espérer que l’écologie va regagner du terrain dans les politiques au cours des années à venir.

Une deuxième étape reste devant nous les 10 et 17 juin 2012. Quelle place va prendre l’écologie en politique et dans la société par la suite ? Nous le saurons bientôt. Ce que nous savons déjà est que les chemins de la démocratie sont divers, que les règles du jeu ne sont pas neutres et traduisent à leur manière la volonté des électeurs et électrices en résultats, qu’il faut savoir interpréter.

Qu’aujourd’hui les écologistes existent toujours dans le paysage politique français n’était pas gagné d’avance et est dû à plusieurs facteurs. Il y a leur assise large dans les collectivités locales et dans les institutions régionales au sein de majorités de gauche, où ils sont à l’origine de politiques qui transforment la société dès qu’ils pèsent assez pour pouvoir les affirmer. Il y a ensuite leur assise militante et leur capacité de se réformer et de s’ouvrir à la mouvance écolo, qui fait que le parti est un aiguillon pour les politiques qu’il envoie sur la piste. Leur action n’aurait pas la même pertinence, s’ils n’avaient pas réussi à faire émerger en même temps – avec constance et réactivité aux évolutions qui se présentent – un projet de société, qui englobe tous les secteurs et qui crée un point stable dans les politiques conjoncturelles du court terme. Ce projet anticipe les crises et cherche à se projeter dans l’avenir. C’est pourquoi il est bon pour toutes les campagnes, même s’il est peu entendu quand la personnalisation et la bipolarisation en politique l’emportent. Il vaut la peine d’être présenté à l’électeur à chaque occasion qui existe dans la déclinaison des politiques à tous les niveaux, parce qu’il ne perd jamais de vue qu’il faut construire l’avenir.

Le projet de l’écologie politique n’existe pas hors sol. Il est à la fois un projet politique et un projet de transformation de la société. Il peut exister s’il y a des politiques majoritaires qui sont convaincus de sa pertinence et qu’il mérite d’être pris comme bousole pour un nombre de politiques sectorielles. Mais il ne peut exister que s’il y a un consensus au niveau de la société et si les citoyens et citoyennes l’ont internalisé et contribuent à sa réalisation.

Citons un exemple. Depuis la campagne européenne en 2009 nous martelons nos propositions de transformation écologique de l’économie et de la société, pour résoudre la crise économique et sociale et la crise écologique en même temps. Une croissance soutenable nous semble porteuse d’espoir, accompagnant la frugalité que les politiques doivent observer en ces temps de crise financière et de déficits accumulés, investis bien souvent aux mauvais endroits.

Aujourd’hui personne ne nie plus la nécessité d’influer sur le changement climatique et sur la préservation des ressources naturelles en réussissant la conversion énergétique. Tous les politiques en parlent, se mettent à la réaliser. Au fur et à mesure que l’écologie pénètre les esprits et est accepté par la population, elle est prise en charge par des majorités politiques de tous bords, … et fort heureusement. Mais qui nous donne la garantie que nous éviterons un nouveau débâcle de ’Grenelle’, si non par un renforcement des écologistes dans toutes les instances ?

Mais nous aurions tort de ne pas entendre l’inquiétude des citoyens et citoyennes qui sont mis aujourd’hui devant un échec annoncé du système libéral et productiviste avec les dérégulations qui se pointent. Ils ont tendance à prêter l’oreille à des voix populistes, des voix qui accusent les politiques en place et promettent le changement sans de vraies propositions. Des voix qui divisent au lieu de rassembler, qui excluent au lieu de réunir toutes les forces autour de solutions soutenables.

Le retour à un souverainisme rétrograde inspire l’idée de supériorité d’un peuple sur l’autre à un moment où il paraît plus illusoire que jamais qu’il puisse-t-y avoir des ïlots de prospérité dans une marée de misère.

Les écologistes sont unis dans un mouvement global avec des réseaux sur tous les continents et un Parti Vert Européen qui tente de réussir à son niveau ce qui est demandé à l’échelle des institutions européennes : débattre, identifier les différences et terrains d’entente possibles et nécessaires. Ce qui fait aujourd’hui consensus au niveau des écologistes européens est déjà une bonne base, qui évolue continuellement. Nous l’avons toujours dit : Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières, comme la mondialisation en place ne permet pas de résoudre la crise financière et économique à l’échelle d’un seul pays.

La victoire de la Gauche et des écologistes en France représente aujourd’hui un espoir en Europe, c’était le message qui se faisait entendre au Conseil du Parti Vert Européen à Copenhague au mois de mai 2012. Cette victoire inspire un espoir surtout aussi parce que ce n’est pas une Gauche qui promet la lune, mais une Gauche qui est consciente que prendre la main dans la situation actuelle est à la fois difficile et engage une responsabilité particulière.

le 28 mai 2012, Brigitte Brozio

déléguée au parti vert européen pour Europe Ecologie Les Verts

ancien membre du Bureau Exécutif d’Europe Ecologie Les Verts

Voir en ligne : sur le site de Brigitte BROZIO