Edito de STEPHANE

Transition

Le choix du vocabulaire n’est jamais anodin. Dans notre époque, où tout est communication, en 140 caractères maximum parfois, le choix des mots est un enjeu essentiel. Mais le tweet ne surfe que sur la partie haute de la vague, la lame de fond s’étant installée depuis longtemps, l’air de rien, dans la presse, sur les ondes.

Les libéraux ont très bien réussi cette entreprise, ils peuvent évaluer combien leur taux de pénétration sémantique est pertinent au regard des indicateurs de mesure de performance de leurs idées. Il leur suffit de dire « en marche » et hop tout le monde comprend que le discours sera efficace, même s’il est vide. Cela va jusqu’aux écolos pour qui Hulot sonne comme conversion écologiste, on attend les actes toutefois. Si la droite prend le dessus du maelström macronien, ce sera la sauce sécuritaire labellisée Estrosi au fumet de lutte contre l’islamisme, racines catholiques, vidéosurveillance et récit national étriqué basé sur l’identité française.

Mélenchon et son parti ne sont pas en reste. La peu vendeuse et rugueuse « lutte contre l’austérité » a été remisée pour nous jouer la musique de l’insoumission. De fait, il y a donc deux camps, celui des soumis au système, leurs chefs en sont les oligarques qui règnent sur la planète en faisant vivre un semblant de démocratie, et celui des insoumis, ceux qui résistent, et qui vont donner un bon coup de balai à tout ça, et qui règleront, en passant, leur compte à tous ces élus incapables (surtout les socialistes) et corrompus (dans tous les sens du terme), cela s’appelle le populisme de gauche. Je recommande la lecture (assommante) des commentaires sur Médiapart à chaque article qui parle de Mélenchon : en ce moment Médiapart y est présenté comme le journal qui roule pour Macron (Libé étant perdu depuis longtemps, l’Huma reléguée dans le vieux monde).

Les écologistes ont aussi des mots qui leur sont propres, ce sont ceux de la recherche du dialogue. Pour moi, celui qui représente le mieux cette démarche profonde est transition. La bonne nouvelle c’est qu’il fait sens, qu’il s’est installé dans le vocabulaire quotidien. Ce mot fait le pari du changement dans l’adhésion, de la remise en question dans la collaboration, de la radicalité et de la souplesse, de la conviction et de l’écoute. Si les acteurs de la sphère écolo choisissent de s’appeler « Les colibris » et pas « Les Aigles », « Villes en Transition » et pas « Villes en Révolution », il doit bien y avoir une raison. C’est la vision non-violente de la société qu’ils affirment là, une réflexion essentielle sur l’éducation des enfants, le rôle des parents, le rapport au vivant, le respect du travail et des travailleurs, l’égalité entre les hommes et les femmes. La façon d’y parvenir n’est pas forcément démonstrative, elle n’en est que plus efficace. La fessée a été interdite en France, pas de déclarations fracassantes, pas de drame. Le mariage pour tous a réussi à s’imposer comme une évidence plutôt que comme une victoire, Hollande et Taubira en sont les artisans discrets.

Il en ira de même de la transition écologique : un jour, on pourra faire le constat qu’un changement de fond de notre société s’est opéré, de façon plus ou moins consciente, et surtout, de façon irréversible. La réforme sera tellement installée et tellement évidente, que l’alternance démocratique, qui ne manque jamais, heureusement, d’arriver, ne pourra pas surfer sur ses vieilles lunes et rancunes pour revenir en arrière. C’est l’Europe, qui en sera le moteur principal. Peut-être faudra-t-il faire preuve d’humilité, ou de souplesse, si le dirigeant ou la dirigeante qui la met en œuvre est parfois loin de son propre camp. Toute autre méthode ne peut qu’amener le chaos, la victoire de court terme, la guerre, la revanche, la soumission d’un camp à l’autre. La question est toujours de sortir d’un conflit et de faire la paix, de retrouver des intérêts communs. Demain, la réconciliation peut venir de l’intérêt commun que nous avons à relever le défi climatique. Nos vies en seront redéfinies, par la transition écologique, cette créatrice de nouveaux communs.

Stéphane DELEFORGE, le dimanche 28 mai 2017

P.-S.

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Commentaires

1 Message

  1. Transition

    Stéphane Deleforge nous "recommande la lecture (assommante) des commentaires sur Médiapart à chaque article qui parle de Mélenchon". Personnellement, je recommanderai la lecture de L’Illusion du consensus de Chantal Mouffe (Albin Michel) qui explique en quoi le conflit est constitutif de la politique et que, concevoir la politique démocratique en termes de consensus et de réconciliation n’est pas seulement erroné conceptuellement, mais dangereux politiquement. Quand les luttes politiques perdent de leur signification, ce n’est pas la paix sociale qui s’impose, mais des antagonismes violents, irréductibles, susceptibles de remettre en cause les fondements mêmes de nos sociétés démocratiques.
    Des institutions réellement démocratiques sont fondées sur le consentement général à une méthode pour résoudre pacifiquement ces conflits. C’est bien la raison pour laquelle la revendication pour une 6e République est première dans le programme de la France Insoumise. C’est ce que nous appelons la "révolution citoyenne" qu’il est vain de caricaturer en chaos, guerre et autres fadaises. La guerre aujourd’hui elle est à nos portes et ce n’est pas les insoumis qui l’y ont installé que je sache.
    Bernard Cottaz-Cordier

    Voir en ligne : Chantal Mouffe : « Obtenir un consensus en politique est par principe impossible »

    par Bernard CC | 29 mai 2017, 14:52

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