hebdo de BENOIST

« Toi et moi contre le monde entier », épisode 18 : l’aire de la Vivarié

Dans le long portrait que lui avait consacré au printemps dernier l’hebdomadaire l’Express, le maire de Castres, Pascal Bugis, révélait qu’en matière de musique, ses goûts allaient plutôt vers Peter Gabriel et Kate Bush. Mais on peut le suspecter d’avoir à l’occasion tu sa passion secrète pour les tubes de Claude François, tant ses prises de position politiques l’amènent de plus en plus à entonner la rengaine du « toi et moi contre le monde entier ».

Une petite explication s’impose. Cette semaine, l’aire des gens du voyage est revenue avec force dans l’actualité municipale, à la suite de coups de feu tirés durant le week-end, dans et à proximité de la Vivarié. La loge du gardien ainsi que le véhicule de service des agents municipaux qui s’occupent du camp ont notamment été touchés, sans qu’heureusement aucun blessé ne soit à déplorer. Les gardiens ont alors exercé leur droit de retrait, les services de police ont entamé leur enquête sur ces faits très graves et inacceptables.

Le malaise est renforcé par l’intervention publique très violente de Pascal Bugis en réactions à ces faits. Petit florilège : « « La situation devient ingérable ». « C’est un problème endémique qui n’est pas traité ». « Les autorités n’exercent pas leurs compétences ». « De nombreux actes de délinquance qu’ont à déplorer les Castrais ont pour origine les gens du voyage ». Et pour finir, le maire n’hésite pas à parler de « zone de non-droit » pour qualifier l’aire de la Vivarié (la Dépêche du 15 janvier). Qu’on m’entende bien : il ne s’agit pas pour moi de minimiser les problèmes, de nier que l’aire de la Vivarié est touchée par des problèmes de délinquance, de ne pas voir le fait que les Castraises et les Castrais sont victimes de vols, cambriolages, ou d’incendies de véhicules. Cela, c’est malheureusement la réalité de notre société, à Castres comme ailleurs. La question, c’est encore et toujours de comprendre à quel jeu joue le maire de notre ville, quand il se prend ainsi pour le justicier solitaire digne d’un mauvais film de Charles Bronson, prêt à tirer à vue sur tout ce qui bouge. Sans, à aucun moment, s’interroger sur son éventuelle responsabilité dans une situation qui n’est pas nouvelle, et pour laquelle il est, rappelons-le, en capacité d’agir depuis près de douze ans. Sans, à aucun moment, ne faire émerger des solutions qui permettraient de tenter de régler les problèmes.

Parce que ça fait avancer les choses, de stigmatiser ainsi encore davantage une partie de la population qui a déjà bien du mal à s’intégrer ? Parce que ça fait avancer les choses, d’assumer ainsi publiquement l’équation : gens du voyage = délinquants ? Parce que ça fait avancer les choses de s’en prendre ainsi aussi violemment aux services de l’État et à ceux de la police nationale, en les accusant de faire preuve de laxisme ?

Notons que ces attaques interviennent alors que Pascal Bugis venait d’inviter le soir même les personnes responsables de ces services à participer à une réunion consacrée à la situation sur l’aire. Remarquez, ça devient une habitude. Quand des partisans de l’autoroute concédée, y compris des représentants du conseil régional et du conseil général, participent à une réunion présentée comme cruciale pour l’avenir du projet au ministère des transports, le maire de Castres s’en prend violemment aux présidents de ces deux collectivités. Rappelons-le encore une fois, en agissant ainsi, Pascal Bugis s’isole, mais il n’est pas seul à s’isoler : il entraîne avec lui l’ensemble des habitants de notre ville, qui ne peuvent se satisfaire de voir, à chaque difficulté rencontrée, leur maire jouer la partition du « toi et moi contre le monde entier ». C’est « toi et moi contre les multinationales comme la Lyonnaise » (épisode 1), « contre le conseil régional » (épisode 2), « contre le conseil général » (épisode 5), « contre les communes du Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc » (épisode 12), et désormais, « contre la préfecture et le commissariat » (épisode 18). Il est temps que le mauvais feuilleton s’arrête. Car on ne dira jamais assez à quel point une telle attitude hypothèque l’avenir de notre territoire.

Malheureusement, personne n’est dupe du jeu de Pascal Bugis. Notamment concernant les gens du voyage, dont il sait bien que la dénonciation publique conforte une partie de son électorat et trouve un écho non-négligeable dans notre ville, d’autant plus dans la période de crise que nous traversons. Pour autant, la gauche ne doit pas rester silencieuse sur ce sujet. Elle doit accompagner les prises de position courageuses des membres du groupe Castres à gauche vraiment sur ce sujet en conseil municipal. Elle doit être présente auprès d’une association comme le MRAP, qui réalise un indispensable travail de terrain. Mais surtout, elle doit être en mesure, dans la perspective des prochaines élections municipales, d’être une force de propositions et de dire clairement ce qu’elle compte faire si elle revient aux affaires.

On sait bien que la solution d’une aire de passage pour des personnes sédentarisées depuis longtemps n’est pas la solution adéquate. Mais on sait aussi que la situation qui prévalait avant la construction de l’aire, avec le camp de la Pause, n’était pas satisfaisante non plus. C’est d’ailleurs l’argument mobilisé par la majorité lorsqu’elle est interrogée sur ce sujet en conseil municipal : « nous, au moins, nous avons détruit le bidonville que vous aviez laissé prospérer ». Fin de l’échange ? Non. Il est temps pour la gauche de répondre à cette interpellation : « oui, et alors ? L’important, c’est que nous mettons en œuvre maintenant, pas les choix qui ont été faits par d’autres il y a vingt ans ». On sait bien, enfin, que toute remise en cause du long et obstiné travail d’accompagnement social de ce public particulier au profit d’une politique fondée sur la surveillance et la répression produit toujours des résultats contraires à ceux qu’on prétendait atteindre.

Voilà bien là un nouveau sujet de discussion incontournable pour la gauche dans son ensemble, dans l’intérêt de toute la ville.

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Commentaires

2 Messages de forum

  1. « Toi et moi contre le monde entier », épisode 18 : l’aire de la Vivarié

    Vous avez parfaitement raison et je pense qu’André Martinez qui est un ami a tenu ce discours tout au long du mandat, a travaillé avec le MRAP et s’est souvent rendu au camp. Nous avons aussi un problème à Labruguière avec des familles sédentarisées qui louent des logements dans la vieille ville. Il faut un accompagnement éducatif et social avec ces personnes et un dialogue avec cette communauté mené par des personnes volontaires et formées à cette fin. Cela suppose des moyens mais payer des gardiens coûte aussi et c’est moins bien !

    Martine Broussy

    par Martine Broussy | 20 janvier 2013, 18:35

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    1. « Toi et moi contre le monde entier », épisode 18 : l’aire de la Vivarié

      Bien sùr, l’aire de la Vivarié semble mieux que le camp de la Pause,..mais qu’en est-il vraiment pour les habitants de cette aire ?
      Eloignés de plus de 3kms , sans aucun arrêt de bus, sans aucune voie piétonnière, avec des cartes trop chères pour régler les
      frais d’emplacement, d’électricité, d’eau.

      Mais, en particulier, il faut insister sur l’abscence de local commun où des réunions pouvaient se tenir (enfants ou adultes) avec des projets d’alphabétisation, de préparation au permis de conduire pour les femmes etc...Le travail des Compagnons Batisseurs était considérable ! Ce local serait nécessaire pour les consultations de PMI, pour un minimum d’accueil médical ( médecin, infirmière).

      Pourquoi des propos sans aucune humanité ont-ils en scéance de Conseil Municipal, provoqué les applaudissements de la majorité municipale, et d’une grande partie des "spectateurs"...et le départ de la représentante du MRAP ?
      C’est trop facile de faire collision contre les plus démunis, les plus précaires de la ville !

      Quand donc les castrais conidèreront-ils les habitants de La Vivarié comme des habitants de leur ville à part entière qui ont droit, comme chacun à la présomption d’innocence en cas de problème de délinquence ou de voitures brulées dans l’agglomération ?

      Il ne faut pas oublier aussi la nécessité d’une aire de grand passage (refusée par la mairie et la communauté d’agglomération) qui s’adresse è des missions évangéliques dont le seul but est de se retouver pour prier.En d’autres temps, cela n’avait posé aucun problème.

      Si nous oublions les plus pauvres, qui pourra croire que nous défendons les droits de l’homme et les valeurs de notre république ?

      par Suzanne | 21 janvier 2013, 16:50

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