Edito de STEPHANE

Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

Voilà donc Cécile Duflot balayée de la primaire des écologistes, sur un score sans appel de 25%, une défaite nette, une orientation claire. Il n’est pas anormal que dans un scrutin démocratique, une candidate soit éliminée au profit d’autres personnes qui ont défendu leur candidature, avec légitimité, avec compétence. Mais éliminer au premier tour une personnalité comme Cécile Duflot nous oblige à nous interroger : quelle poussière sommes nous en train de mettre sous le tapis ?

Revenons 5 ans en arrière. Cécile Duflot est porteuse alors d’une ambition, celle d’une écologie politique qui sort du témoignage, qui se donne les moyens de maintenir la contestation, tout en changeant le monde de l’intérieur, c’est-à-dire en participant aux institutions. C’est la séquence de 2012, celle du contrat de mandature passé avec le PS, celle de l’entrée dans le gouvernement de JM Ayrault. Il faut relire le texte contractuel élaboré à l’époque avec Martine Aubry. Aucun écologiste convaincu ne peut le renier. Il porte en germe tous les éléments de la transition écologique, il nous fallait nous pincer à la lecture pour nous convaincre que des socialistes avaient été capables de cosigner un tel texte. Il nous fallait aussi nous pincer pour nous réveiller et nous dire que sur ces bases, le travail à gauche était à nouveau possible avec les socialistes, à tous les échelons, ce qui représentait une lourde responsabilité et interrogeait notre capacité d’ouverture.

La suite est un naufrage, savamment organisé par un président socialiste qui nomme Manuel Valls premier ministre, ce qui empêche les écologistes d’eelv d’entrer dans ce nouveau gouvernement. Il est alors facile de se moquer de l’inconstance des écologistes, un jour ils rentrent, le lendemain ils sortent, et le surlendemain d’autres entrent à nouveau par la porte de service cette fois. Pour autant l’ambition première était belle et légitime, mais avec des partenaires, à l’extérieur et à l’intérieur, qui jouent d’autres cartes, et en particulier celle de l’affaiblissement ou de la disparition du parti écologiste, l’échec était une issue possible. A Castres nous avons vécu la même situation. Nous pensions pouvoir discuter avec une « Martine Aubry » en la personne de Christophe Testas, et nous nous sommes retrouvés avec un « Manu droit dans ses bottes », celles de l’autoroute concédée, celles de Sivens (bien collante de boue), celles de la campagne sur la sécurité. Résultat : les écologistes castrais sont partis en campagne bien tard, partenaires de la liste Alternatives, avec au final le résultat que l’on sait : toute la gauche castraise en hibernation.

Cette période est douloureuse pour toutes celles et ceux qui ont crû en la victoire de la gauche en 2012, toutes celles et tous ceux qui par leur vote ont porté Hollande et l’espoir qu’il incarnait au pouvoir. Les écologistes avaient donné un signal clair et assumé : l’écologie politique, par la radicalité des transformations qu’elle induit, est intrinsèquement de gauche. Cécile Duflot a tenu la barre avec cette ligne politique. C’est pour cette raison qu’un deuxième tour aujourd’hui avec Michèle Rivasi et Yannick Jadot et seulement elle et lui est un problème. Tous deux incarneraient une écologie qui serait « apolitique », proche des militants et des valeurs des combats associatifs, une écologie qui s’affranchirait des soi-disant tambouilles politiciennes d’appareils, des compromissions. Une écologie qui redeviendrait pure. C’est peut-être satisfaisant pour l’esprit mais ça n’ouvre pas grand-chose politiquement pour les séquences électorales à venir. Cécile Duflot n’est bien entendu pas une oie blanche, mais elle n’a pas les épaules assez larges pour endosser les échecs du quinquennat Hollande.

Eelv change donc son imaginaire et celles et ceux, dont je fais partie, qui ont ces dernières années essayé de construire à gauche des majorités les plus larges possibles vont se retrouver bien seuls. Deux isolements s’offrent à nous : celui de l’écologie écologiste qui sauve l’environnement par ses combats « de terrain », et celui de l’insoumission à Mélenchon, qui est porteur de la violence du « coup de balai » du « je vote, ils dégagent » qui n’est autre qu’un avatar du bien connu « tous pourris ». Bien évidemment les combats écologistes type Greenpeace ou Criirad sont au cœur de nos engagements. Mais est-ce suffisant pour construire des majorités à l’assemblée nationale et voter des lois ? Bien évidemment, il faut prendre en compte le programme de Mélenchon dans sa globalité, qui comporte à 90% des points de convergence. Mais est-ce suffisant pour effacer la forme et tout ce qu’elle sous-tend ? « Puisqu’il faut un leader ce sera moi » et puisqu’il faut des cadres, ce seront ceux du parti de gauche et puisqu’il faut des insoumis, ce sera vous, et vous voterez pour les grandes décisions qui sont certes déjà prises mais qui sont les bonnes. Pas pire, mais pas mieux non plus que ce qu’a pu faire eelv avec « la politique autrement » et la « coopérative », la culture du chef en moins.

Dernier point non des moindres, la manifestation sexiste du rejet de la femme jeune, compétente, à la liberté de parole assumée, ambitieuse. A eelv aussi, et pourtant c’est le parti qui assure le mieux et au-delà des paroles la parité, c’est un mec qui finit par gagner et une femme certes, mais sur un tout autre registre. De la même façon que Ségolène Royal ne pouvait devenir présidente de la France, l’image véhiculée par Cécile Duflot est encore insupportable dans la représentation que l’on se fait du pouvoir en France. La parité à la présidentielle ne sera donc pas assurée par les Républicains : NKM est marginalisée. Chez les socialistes ? Pas même une femme candidate à la primaire, ce qui ne semble pas gênant pour eux. Chez les mélenchonistes : la parité d’abord mais avec Mélenchon candidat. Chez eelv, on fera émerger Jadot. Et aïe, douleur, la parité sera sauvée par … le FN !

Duflot sortie du paysage, reste le paysage de la gauche en France. 2017 sera une année difficile où la question de comment ne pas laisser la place à la droite et à l’extrême droite sera posée. Vote écolo biosourcé, vote révolutionnomélenchon, ou vote socialio qui n’est quand même pas la droite (les débats des primaires à droite nous le rappellent amèrement) ? Et ensuite, comment éviter les déchirements à gauche, sans tomber dans le manichéisme des bons et des méchants ? Comment inscrire l’écologie politique dans la durée, avec sa spécificité et avec des représentants qui ne se font pas couper la tête régulièrement ? Comment reconstruire des imaginaires auxquels peut adhérer le plus grand nombre, même les opposants d’hier ? « Il faudra apprendre à gérer le temps long ». Merci Nicole pour cette perspective pleine de sagesse et pleine d’espoir !

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Commentaires

7 Messages de forum

  1. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    Merci Stéphane pour ce long texte remarquable de lucidité amère. Très bien écrit, très argumenté, auquel je souscris entièrement.Je partage avec toi le sentiment que l’écologie politique est entrée en vacance-sans jeu de mot- pour un long temps.J’ai l’habitude d’être cocu à chaque élection présidentielle. Mias ça fait toujours aussi mal à chaque fois. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la démocratie participative à la française qui est devenue une Zone A Défendre...

    par Gérard Bastide | 23 octobre 2016, 21:33

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    1. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

      Mais alors Stéphane, se pose la question ; Que faire ? Voter en se pinçant le nez on a déjà donné, et j’ai plus l’âge...
      Cette "lucidité amère " est la notre depuis tant de temps, trop de temps. Voter "contre" et jamais voter "pour" ? Plus jamais d’enthousiasme à aller dans l’isoloir ? Plus personne pour nous faire envie, faire envie à tous ces jeunes qui se désintéressent de la chose publique ?
      On se contente de crier au loup, mais dans l’histoire de notre enfance, à force d’être trompés, les gens du village ne se déplacent même plus quand le loup est devant la bergerie.
      Pessimiste non ? je continue à croire en la femme, à l’homme qui nous sortira de cette impasse, simplement car vous êtes nombreux à incarner cette belle façon de faire de la politique et que je crois en vous.
      Sincèrement
      Gisèle

      | 24 octobre 2016, 08:20

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  2. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    les verts et eelv seront crédible quand dans un premier temps quand ils arreterons de voter toutes les lois libérales avec les socialistes
    au parlement européen....liberalisation des transports des ouvriers et salaries détachés etc ....et vs voudriez qu’on vs fassent confiance
    vs etes de bon petit bourgeois....et il y a longtemps que je ne crois plus en vs

    par nicole joncret | 24 octobre 2016, 09:07

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  3. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    Salut Stéphane... Que proposes-tu ? Rien ; des constatations avec lesquelles on peut être en partie d’accord, mais ensuite ? Dans cet article, Qqui est porteur de la fameuse phrase ’tous pourris" ? Il ne faut pas jouer les naïfs ; je pense que ce parti que tu attaques est sans doute le seul qui discourt avec un langage politique différent, le seul qui propose des solutions différentes et cohérentes. En accord à 90% avec le projet de Mélenchon dis-tu ? Etiez-vous à 100% d’accord avec celui du PS en 2012 ?... Tu sais pertinemment que Mélenchon s’est déclaré à cause d’une fin de non-recevoir des autres partis de gauche ; ces derniers ne voulaient pas entendre parler de ’présidentielles car selon la formule consacrée, ’c’était-trop-tôt’ et, plutôt que d’attendre, attendre et attendre encore comme aux dernières présidentielles ; il est ’parti’ tout seul. J’arrête là car je pense qu’il y a beaucoup à dire. J’imagine que si Hulot avait été votre candidat, ton discours aurait été tout autre..
    Dans tout rassemblement, il faut un meneur ; ça n’a pas pu être Hulot, on peut peut-être le regretter mais c’est ainsi. Quant à ’dégager’ ceux qui ont mené une politique qui nous a conduit dans le mur, oui, je pense" qu’il faut qu’ils s’en aillent tous" ; ce n’est pas parce qu’EELV s’est associé à ceux-là qu’il faudrait se sentir visé.... On a prouvé aux municipales dans beaucoup de villes, et notamment à Castres qu’on pouvait marcher ensemble. Tu fais allusion au score décevant et... coûteux ;) de ces élections locales, mais... souvenons-nous... nous nous sommes rassemblés au dernier moment faute d’accord avec le PS avec qui nous n’avons pas eu le ’droit’ de discuter, nous... Si nous nous étions rassemblés avant, notre score aurait été sans doute différent....
    Au sein d’Alternatives à Castres, qui ont été les meneurs si ce n’est EELV ? ça ne vous a pas dérangé que je sache (nous non plus au PG) ; ’dans tout rassemblement il faut un meneur’ disais-je... Je pense qu’on aurait bien besoin de se parler, au moins localement c’est plus facile, pour voir comment continuer notre aventure locale commune, à moins qu’à travers ton article tu enterres le mouvement ?...
    Toujours aussi ’fraternellement’ Giggi

    par giggi | 24 octobre 2016, 09:17

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  4. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    Stéphane Deleforge tout à la déception de voir éliminée sa candidate à la primaire d’EELV se croit obligé d’insulter Jean-Luc Mélenchon, candidat du mouvement la France Insoumise à l’élection présidentielle, et tout ceux qui le soutiennent dont le Parti de Gauche. En effet, il assimile la campagne de mobilisation citoyenne de la France Insoumise "Je vote, ils dégagent" (qui appelle les citoyens à voter au moment où l’abstention grandit en reprenant le slogan "dégage" des printemps arabes) à cette expression "tous pourris" marquée du sceau de l’antiparlementarisme propre à l’extrême droite. Certes, cet amalgame qui permet aussi de regrouper sous le terme de "populisme" ceux que tout oppose, Stéphane n’est pas le premier à l’utiliser. Toutefois, je ne l’attendais pas sous la plume de celui avec qui le Parti de Gauche a mené la campagne municipale à Castres sous la bannière d’Alternative à Castres. Mais il semble qu’il renie cet épisode électoral puisqu’il n’y voit comme seul résultat que "toute la gauche castraise est en hibernation". D’autres y ont vu l’émergence d’un rassemblement fondé sur les principes de la démocratie, l’écologie et la solidarité qui a d’ailleurs trouvé son prolongement lors des élections départementales et aussi régionales. Malheureusement, il apparaît que l’approche des échéances présidentielle et législatives réveille les comportements de repli sectaire. La caricature du mouvement La France Insoumise qui est en train de se construire tient lieu d’argumentation. Que la première Convention du mouvement ai désigné les 3/4 de ses participants par tirage au sort paritaire, n’en déplaise à Stéphane, est ignoré. La co-construction citoyenne du programme par plus de 3000 contributeurs, méthode que nous avons porté ensemble lors de l’élection régionale, est maintenant niée. L’adoption du programme par 77.000 votes ... sans doute le signe de la domination du Parti de Gauche. Les mesures programmatiques prioritaires votées par un processus ouvert sur internet ... la marque que toutes les décisions sont déjà prises.
    Oui, il y aura un candidat à l’élection présidentielle qui portera le message de l’écologie politique, du renouveau démocratique par un processus constituant, de la solidarité par le partage des richesses. Un programme que Stéphane Deleforge admet partagé à 90 %. Personnellement je n’ai jamais partagé 100 % des propositions des candidats pour lesquels j’ai voté dans toutes les élections précédentes. 90 % ça me convient très bien et je n’ai pas l’intention d’abandonner mon libre arbitre ni ma vigilance après l’élection. Bien au contraire. C’est à un processus de participation citoyenne que nous sommes conviés pas à la caricature de confier notre sort à un homme providentiel. Stéphane à le droit d’être en désaccord avec ce projet mais la caricature et l’insulte ne peuvent tenir lieu de débat.

    Voir en ligne : http://www.jlm2017.fr/

    par Bernard Cottaz-Cordier | 24 octobre 2016, 15:12

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  5. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    Un monde se meurt, un autre tarde . . . . après trente ans de modeste militance, approchant de la fin d’une vie modeste, je suis comme tant d’autres modestement désespéré de laisser à mes enfants et petits enfants un monde, une planète,un pays natal,une société dans le triste état que vous semblez nombreux, et désespérés, de voir sans espoir, s’enfoncer doucement dans un brouillard sans issue.
    Faut il aussi penser que " l’Humanité va disparaitre,bon débarras" ! ! ! ! Je n’ai pas de solution(s). . . encore moins d’absolution.

    par François Pratbernon | 24 octobre 2016, 17:50

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  6. Sortez Duflot, vous aurez l’absolution.

    Stéphane Deleforge tout à la déception de voir éliminée sa candidate à la primaire d’EELV se croit obligé d’insulter Jean-Luc Mélenchon, candidat du mouvement la France Insoumise à l’élection présidentielle, le Parti de Gauche et tout ceux qui le soutiennent. En effet, il assimile la campagne de mobilisation citoyenne de la France Insoumise "Je vote, ils dégagent" (qui appelle les citoyens au vote, au moment ou une abstention massive menace en reprenant le slogan des printemps arabes) à l’expression "tous pourris" traditionnellement employée par l’extrême droite. Certes, cet amalgame insultant, Stéphane n’est pas le premier à l’utiliser, mais je ne l’attendais pas sous la plume de celui avec qui le Parti de Gauche a mené la campagne municipale à Castres sous la bannière d’Alternative à Castres. Mais il semble bien qu’il renie cet épisode électoral puisqu’il n’y voit comme seul résultat que "toute la gauche castraise est en hibernation". D’autres s’y étaient engagé pour faire émerger un rassemblement fondé sur les principes de la démocratie, l’écologie et la solidarité qui a d’ailleurs trouvé son prolongement lors des élections départementales et aussi régionales. Malheureusement, il apparaît que l’approche des échéances présidentielle et législatives réveille les comportements de repli sectaire. La caricature du mouvement La France Insoumise qui est en train de se construire tient lieu d’argumentation. Que la première Convention du mouvement ai désigné les 3/4 de ses participants par tirage au sort paritaire, n’en déplaise à Stéphane, est ignoré. La co-construction citoyenne du programme par plus de 3000 contributeurs, méthode que nous avons porté ensemble lors de l’élection régionale, est maintenant niée. L’adoption du programme par 77.000 votes ... sans doute le signe de la domination du Parti de Gauche. Les mesures programmatiques prioritaires votées par un processus ouvert sur internet ... la marque que toutes les décisions sont déjà prises.
    Oui, il y aura un candidat à l’élection présidentielle qui portera le message de l’écologie politique, du renouveau démocratique par un processus constituant, de la solidarité par le partage des richesses. Un programme que Stéphane Deleforge admet partager à 90 %. Personnellement je n’ai jamais partagé 100 % des propositions des candidats pour lesquels j’ai voté dans toutes les élections précédentes. 90 % ça me convient très bien et je n’ai pas l’intention d’abandonner mon libre arbitre ni ma vigilance après l’élection. Bien au contraire. C’est à un processus de participation citoyenne que nous sommes conviés pas à la caricature de confier notre sort à un homme providentiel. Stéphane à le droit d’être en désaccord avec ce projet mais la caricature et l’insulte ne peuvent tenir lieu de débat.

    Voir en ligne : http://www.jlm2017.fr/

    par Bernard Cottaz-Cordier | 25 octobre 2016, 14:40

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