ECOLOGIE

SIVENS / La violence en liberté ?

Souhaitant participer à la Journée des Zones Humides pour assister à des animations découverte du milieu et me tenir au courant de l’évolution du projet de barrage de Sivens je me suis rendu au lieu dit Barat.

Là, comme d’autres, je me suis vu interdire, par des partisans du projet de barrage, la libre circulation sur la départementale D32. Je n’étais pas informé de leur présence. Si, après m’être présenté, j’ai pu débattre avec certaines personnes, je me suis fait insulter et menacer par quelques autres. Menaces verbales et menaces physiques. Certains ont photographié mon véhicule.

Ne cherchant pas la provocation, je suis retourné directement à Gaillac où j’ai retrouvé d’autres opposants au barrage. Peu de temps après (aurai-je été suivi ?) des "pro-barrage" circulaient dans les rues de Gaillac armés de barres en fer et manches de pioches. En tant qu’élu, Maire de St Amancet (Tarn), j’ai essayé de m’interposer alors qu’ils voulaient s’en prendre à des jeunes. J’ai été à nouveau menacé. Les gendarmes sont intervenus sans désarmer ces hommes. Puis, sous prétexte d’une agression sur un "pro-barrage" (fait encore à prouver...) les gendarmes ont tenté de pénétrer à l’intérieur d’un appartement privé où se tenait une réunion.

Quand j’ai rejoint mon véhicule, rue des Côtes du Tarn à Gaillac, j’ai constaté que le pare-brise et une vitre latérale avaient été détruites à coup de barre. Les impacts sur le pare-brise ne prêtent pas à confusion.

Accompagné par quelques personnes, je suis allé déposer une plainte à la gendarmerie de Gaillac. Quelques minutes après ma sortie des bâtiments de la gendarmerie, les mêmes hommes, armés des mêmes ustensiles, sont arrivés devant la Gendarmerie. Malgré mes appels à l’aide dans l’interphone, les gendarmes ne sont sortis que lors de l’agression d’un photo-journaliste stagiaire qui tentait de faire des images. Les gendarmes ont séparé les deux groupes et ont laissé partir les agresseurs.

Connaîtrons-nous leurs identités ? Seront-ils inquiétés ou devons nous attendre un nouveau drame ? Une sale journée, très inquiétante si des miliciens armés (en treillis, brassards oranges, sweat-shirt noir à cagoule avec un logo « Brigade antiPelluts -Soutien aux gendarmes de Sivens ») peuvent faire régner la terreur, impunément et toute une journée, dans une ville comme Gaillac.

J’ai été choqué, depuis déjà quelques mois, par la violence développée autour de Sivens, et ceci, que l’on soit pour ou contre le barrage. En tant que citoyen et maire, c’est pour moi inacceptable. Des opinions différentes concernant un projet de barrage doivent pouvoir s’exprimer et ne justifient aucune violence et dégradations.

Je continuerai à lutter dans ce sens quelque soient les menaces.

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Commentaires

3 Messages de forum

  1. SIVENS / La violence en liberté ?

    Patrick, je partage totalement ton émotion.
    Le Conseil général du Tarn porte depuis le début une responsabilité écrasante dans cette affaire pour avoir voulu passer en force, négliger les avis contraires, refuser d’entendre les opposants, arborer un mépris total vis à vis des grévistes de la faim, apporter des réponses obscènes à la mort de Rémi Fraisse ("mourir pour des idées, c’est un peu stupide ..." ), souffler sur les braises, s’enfermer dans une logique jusqu’auboutiste imbécile malgré tous les voyants au rouge.
    Résultat, des bas du plafond se sentent encouragés par cette attitude et, galvanisés par les images d’Ukraine et d’ailleurs qu’ils tètent à la télé, se croient investis d’une mission de salut public et se lancent dans des ratonnades d’un autre âge... (dehors les chevelus, la Terre aux terreux ) Je ne suis pas seulement indigné, je suis très triste. Pauvre France. Pauvres institutions républicaines foulées aux pieds par les élus tarnais (pas tous )ceux-là même qui auraient dû s’en faire les protecteurs.
    Juste un tout petit conseil : chaque fois que je vais à Sivens, je laisse la voiture pas mal loin et je finis à vélo. Me crèveront que les pneus et me déchireront que les sacoches...sans rire, opposer des bicyclettes à une bande de quatre-quatre et de quadeurs en treillis, si c’est pas un choc de civilisation ça...

    par GERBAS | 3 février 2015, 09:46

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  2. SIVENS / La violence en liberté ?

    Je comprends et compathie avec Patrck Rossignol.Emotionnellement et rationnellement ce doit etre assez compliqué pour lui,comme ce le serait pour toute personne de bonne volonté, d’humanisme,ayant le souci d’autrui,du respect aussi de l’avenir,de l’environnement,etc...
    J’ai été témoin ,puis acteur d’une situation,sur le site de Sivens,qui aurait pu dégénérer en violence physique,en "pétage de plomb",s’il n’y avait eu une intervention de type" communication non violente".
    Mon constat c’est que meme des attitudes et comportements simples qui permettent de montrer du respect de l’autre,de l’écoute,etc tout en demandant la mème chose envers soi mème,ne sont pas utilisés par les gens(mème pas par ceux qui ont le désir réel de relations apaisées).
    A Sivens,il n’y a pas qu’un simple conflit d’opinion.Il y a, de part et d’autre, la volonté de créer un rapport de force favorable à une décision qui est contraire à celle de l’autre partie.C’est devenu un combat où le risque est qu’il aboutisse à la victoire de l’un contre l’autre ;ce qui, dans cet enjeu du développement durable et de l’avenir d’un territoire et des hommes qui y vivent,,serait catastrophique.
    Dans ce contexte,on voit bien qu’il est difficile d’avoir une attitude juste,"vraie".Que l’on soit pour,contre,policier,élu...le problème se pose.
    Alors,si on veut donner une chance à un projet de territoire apaisé et apaisant,où les besoins des uns seraient suffisamment reconnus pour qu’ils reconnaissent également les besoins légitimes des autres,tout le monde doit s’interroger sur la façon dont il se forge une opinion et surtout sur la manière qu’il a de l’exprimer,de la soutenir mais aussi de la confronter aux autres points de vue.
    La capacité à vivre une situation conflictuelle dans la non violence comme celle à etre dans la communication non violente avec autrui ne sont pas à l’évidence acquises par la majorité des personnes.Les évènements autour de Sivens,les témoignages comme ceux de Patrick Rossignol,le mien et plein d’autres,montrent qu’il serait important et urgent de développer ,d’apprendre la résolution non violente des conflits,ainsi que de se former(notamment dans les écoles et depuis le plus jeune âge)à la communication non violente.
    C’est plus clair ,me semble t’il,de préciser que je suis militant au MAN(mouvement pour une alternative non violente) à Abi et que nous organisons des animations et des formations à la résolution non violente des conflits.Pour ceux qui seraient interressés,vous pouvez appeller au 05 63 54 90 74

    par Durand François | 3 février 2015, 13:04

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  3. SIVENS / La violence en liberté ?

    Patrick, je comprends tout à fait ton ressenti et je le partage. Le Conseil Général du Tarn porte dans toute cette affaire et depuis le début une responsabilité écrasante : passage en force du dossier malgré des lacunes évidentes, nonobstant l’avis négatif de spécialistes, refus entêté d’écouter d’autres voix de la société civile, profond mépris vis-à-vis des premières actions non-violentes (grèves de la faim ), propos obscènes à la mort de Rémi Fraisse ("mourir pour des idées, c’est relativment stupide..."), jusqu’au-boutisme insensé malgré les signaux d’apaisement envoyés depuis le sommet de l’Etat, refus de tout dialogue, pourrissement délibéré de la situation...Comment s’étonner de la défiance de plus en plus de citoyens face à cette médiocratie d’élus (non, non, pas tous ) qui sont censés incarner par les mandats que nous leur avons voté les valeurs de la République ? Comment dès lors s’étonner que quelques bas-de-plafond, gavés d’images de séparatistes ukrainiens qu’ils tètent à la télé et encouragés par l’incurie de nos responsables politiques, se découvrent soudain une âme de miliciens et se livrent à des ratonnades d’un autre âge ? Je suis infiniment triste et j’ai mal mal à mon Tarn, mal à ma France. Les zones humides, je les porte en ce moment autour des yeux. Juste un petit conseil : quand je me rends à Sivens, je gare la voiture et assez loin et je finis à vélo. Pourront juste me crever les pneus et casser ma sonnette. Mais bon sang, quelques bicyclettes contre des quatre-quatre et des quadeurs en treillis, si ça c’est pas un choc de civilisation...

    par GERBAS | 4 février 2015, 08:37

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