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SIVENS / En quoi le barrage du Testet n’est pas légitime ?

commission agriculture

Le Vrai-Faux agricole du Testet-Sivens « Légalité (encore que) ne vaut pas légitimité »

Document de la commission agriculture et ruralité EELV - le 14-11-2014 En réaction aux « contrevérités agricoles » soutenues par un certain nombre d’élus ou d’organisations, et en perspective des manifestations de samedi 15-11-2014

Que nous apprend le rapport du CGEDD ?

Suite à la contestation, le Ministère de l’écologie a commandé un rapport réalisé par Nicolas Forray et Pierre Rathouis, ingénieurs généraux des eaux, des ponts et des forêts au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). 3 apprentissages majeurs :

- Une surestimation des besoins en eau de près de 40% : Au final, le volume d’irrigation dans la retenue de Sivens ne devrait pas dépasser 560.000 m3 au lieu des 907.500 m3 prévus initialement. Les besoins en eau des agriculteurs du territoire ont été estimés selon des méthodes de calcul de 1997 et sur un schéma de 2004. Des retenues collinaires permettant de récolter de l’eau ont été développées par les agriculteurs entre 2004 et aujourd’hui : près de 200 sur le secteur, et ne sont pas optimisées.

- Une étude d’impact « de qualité très moyenne » L’organisme chargé de la « maîtrise d’ouvrage déléguée » et de la concession d’aménagement du barrage du Testet, la CACG (compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne) (dont la plupart des administrateurs sont des élus locaux « juge et partie » et des agriculteurs de la FNSEA), est le même qui a été chargé de l’étude d’impact.

L’impact de l’inversion du débit de la rivière sur la biodiversité n’a pas été prise en compte : Une rivière que l’on assèche en hiver et que l’on réalimente en été, le contraire de son profil hydrologique, c’est des dizaines d’ha en aval perturbés, et des biotopes détruits. Ces perturbations, modifications des milieux aval sur une grande distance, sont non évalué et non compensée par le projet

- Un financement fragile. A combien d’agriculteurs le barrage initial devait il bénéficier ?

Le conseil général du Tarn (maître d’ouvrage) l’évalue à 81 exploitations contre 19 seulement selon le Collectif du Testet. Le rapport d’expertise en a dénombré 30. Selon d’autres calculs d’agronomes, a raison d’une moyenne de 40ha par exploitation, et considérant que 1ha de mais a besoin de 2000m3 d’eau, ce projet ne pourrait concerner qu’une 20aine d’agriculteurs. La FNSEA s’acharne à parler de 80 agriculteurs.

A quel type d’agriculture devait-il bénéficier ? Contrairement à ce que dit le Ministre de l’agriculture, ce barrage bénéficiera principalement à des agriculteurs ayant développé un modèle d’exploitation basé sur le maïs irrigué. Ce sont généralement de gros agriculteurs bénéficiant largement des subventions de la PAC (PAC=80% des subventions à 20%des agriculteurs). En somme, il bénéficie à une agriculture productiviste et ayant de forts impacts sur l’environnement.

La FNSEA considère ce barrage indispensable au développement de l’agriculture française et à son autonomie alimentaire par rapport aux importations de soja américain.

Faux. La balance commerciale de la France est excédentaire en céréales. La même somme investie dans la conversion à l’agriculture biologique (riche en emplois) permettrait de faire vivre des centaines de fermes et de créer considérablement plus d’activité ! Le choix politique du barrage est par conséquent totalement contraire aux attentes exprimées par la société.

Un nouveau barrage redimensionné serait il une solution ? Non. Même redimensionné, l’étude d’impact du barrage a démontré de grandes faiblesses, notamment sur l’impact de la biodiversité. « Le choix d’un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles », tranchent les auteurs. "En concluant à la poursuite du chantier, mais en adaptant les usages de la retenue, la mission souhaite que Sivens soit considéré comme un tournant dans la gestion de l’eau en Adour-Garonne, dernier projet d’une époque, première étape d’une évolution majeure."

La "compensation" via la recréation de zones humides est elle satisfaisante ? Non. La FNSEA soutient que ce projet n’a pas d’impact sur la biodiversité, puisqu’il y a compensation. Et pourtant… 13 hectares de zones humides vont être détruits par ennoiement alors qu’ils abritaient 94 espèces animales protégées. « Compenser la perte d’une grande surface en une dizaine de parcelles affaiblit la valeur de la compensation, notent les membres du CGDD, qui recommandent au contraire d’y adjoindre une espace de grande taille (au moins 5 ha) ».

Pourquoi EELV est contre ce projet ? Contre le projet : Beaucoup d’approximations, pour un projet néfaste pour la biodiversité – même reconstituée-, ne profitant qu’à une 30aine d’agriculteurs productivistes, et au coût d’investissement exclusivement financé par l’argent public est élevé : 8,441 M€ selon leComité d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG),(Il doit être financé par l’agence de l’eau (4,461 M€), le FEADER (2,032 M€), les conseils généraux du Tarn et du Tarn-et-Garonne (1,855 M€) et la région Midi-Pyrénées (0,082 M€).) La justification agronomique du Testet s’inscrit exactement dans la course en avant qui est en train de détruire l’agriculture française, et démontre une méconnaissance inquiétante des alternatives techniques qui permettraient sans problème aux agriculteurs de la région d’éviter le recours massif à l’irrigation.

Le projet de barrage du Testet est la copie conforme d’un barrage déjà réalisé dans la même région à Fourogue. Or, le coûteux et surdimensionné barrage de Fourogue est aujourd’hui un gouffre financier, et se voit relégué dans l’illégalité suite à l’annulation de sa déclaration d’intérêt général.

Contre le modèle d’agriculture soutenu par les pouvoirs publics :

- Une agriculture capitalistique sur-subventionnée : si l’on considère que 20 exploitations seraient concernées, parmi les mieux dotées d’aides publiques de la PAC, ces dernières se voient attribuer une nouvelle « aide publique indirecte » d’un peu plus de 400 000 euros chacune ! La FNSEA ne défend que quelques agriculteurs : Agrobusiness. De plus, les investissements considérables que doivent faire un agriculteur produisant du mais irrigué, entraîne la capitalisation, la recherche de rendements supplémentaires, d’agrandissement, et de spécialisation des productions.. spirale infernale, et difficulté à transmettre la ferme..

- le type d’agriculture ayant le plus fort impact sur le changement climatique, la santé, la biodiversité : L’agriculture est émettrice, en moyenne, de 20 % des gaz à effet de serre. La contribution majeure de l’agriculture à la fourniture de gaz à effet de serre est liée à sa dépendance aux substances chimiques de synthèse, dérivées du pétrole, que sont pesticides et engrais azotés, dont on connait par ailleurs, les dégâts considérables dont ils sont responsables, sur cette même ressource en eau, mais aussi sur les équilibres, la biodiversité, et la santé. Sur un hectare de maïs, de blé ou de colza, le modèle agricole dominant apporte environ 200 à 250 kilos de cette azote de synthèse, induisant une dépendance au pétrole (et donc alimentant la fourniture de gaz à effet de serre) de 300 à presque 400 litres de pétrole par hectare, avant même d’avoir tourné la clef du tracteur !

Ainsi l’impact de ce type d’agriculture : semences de maïs hybride et irrigués, sur le climat est extrêmement élevé. De plus, l’impact sur la santé est important : plus on arrose, irrigue, plus on doit traiter aux phytosanitaires de façon préventive pour conserver un bon état sanitaire des cultures. Utilisation abusive des fongicides et d’herbicides. Impact sur les sols détruits et de mauvaise qualité. Au-delà de la légitimité, la question du CHOIX se pose : Dans quel type d’agriculture les pouvoirs publics souhaitent ils investir ?

Si le Gouvernement veut faire de la France le leader de l’agro écologie en 2025 (loi d’avenir agricole) les pouvoirs publics doivent se donner les moyens d’investir dans des projets en faveur de cette agriculture.

Que propose EELV ?

Sur la procédure du projet :
- Annulation de la déclaration d’utilité publique.
- Dialogue dans la concertation.
- Abandon du projet, et concertation locale pour la suite.
- Demande des élus EELV d’une révision des procédures d’enquête publique.
- Demande des élus EELV d’une commission d’enquête sur la gestion des manifestations.
- Clarifier les éventuels conflits d’intérêts qui sont apparus autour du financement du projet.

Nos propositions sur le fond du projet Testet :
- EELV demande que des solutions alternatives d’optimisation des retenues d’eau existantes soient étudiées, mais sans destruction de zones humides.
- Passage d’une agriculture intensive à une agriculture bio, durable, moins consommatrice en intrants (eau, pesticides, etc.), agroforesterie, plus attractive pour les jeunes installés, et meilleure pour la santé. Pour lutter contre le changement climatique : conserver les zones humides. Les prairies humides du Testet sont unanimement reconnues comme de remarquables puits de carbone, contrairement à la pratique du maïs, qui elle, émet du carbone. La seule démarche réaliste et scientifique consiste à réadapter l’agriculture au milieu : Cela implique à la fois de recréer une capacité des sols à retenir l’eau et à utiliser des variétés de mais locales, adaptées au climat et résiliantes. Les maïsiculteurs d’AgroBioPérigord en ont fait la preuve depuis plusieurs années, avec leurs variétés « populations » de maïs, qui obtiennent sans irrigation des rendements et des résultats techniques extrêmement satisfaisants. Les agri conventionnels ont même baissé leur maïs irrigué entre 2000 et 2010 de 5%. C’est en ce sens qu’il faut les accompagner. Réorientation de tous les financements et projets publics vers l’agro-écologie, une agriculture résiliante au changement climatique, biologique, durable.

Ce que proposent les experts du rapport :

- Financement : Si les collectivités ont choisi de supporter à elles seules la totalité de la part non subventionnée, il serait souhaitable de demander une participation des irriguants bénéficiaires de l’ouvrage via le paiement d’une redevance.
- Scénario de sortie préconisée par les auteurs : définir une nouvelle allocation des volumes stockés. Le volume de substitution étant revu à la baisse, l’enveloppe dégagée permettrait d’améliorer le bilan environnemental du projet, d’en réduire l’impact, d’augmenter la réserve inter-annuelle de sécurité et d’en faire bénéficier des exploitations en maraîchage et des cultures à forte valeur ajoutée.

Eléments de positionnement de la Commission agriculture EELV aux manifestations de samedi 15-11

L’association des maires et élus du Tarn, la FDSEA, la coordination rurale appellent à la mobilisation samedi à Sivens pour le maintien du Barrage. En réaction, une manifestation contre le barrage est également prévue.

Les élus écologistes du Tarn ont rédigé une lettre ouverte. « En engageant l’association des Maires et des Élus du Tarn auprès de la FNSEA et en appelant à une manifestation pour le barrage de Sivens sous couvert du « rétablissement de l’ordre républicain », vous outrepassez les missions de l’association, »

« Si vous voulez vous engager sur le « rétablissement de l’ordre républicain », Monsieur le Président, mettez en place un véritable débat contradictoire autour du barrage de Sivens et de la politique agricole menée par le département, afin d’éclairer vos édiles et concitoyens. »

La FNSEA se positionne en contradiction avec l’écologie et les écologistes. . Elle enferme dans une agriculture sans issue. Caricature leurs positions. Pourtant, l’agriculture défendue par la FNSEA ne profite qu’à quelques-uns. C’est son modèle agro productiviste qui mène a la disparition des agriculteurs.

Leurs positions et leur représentation appartiennent au passé. Beaucoup d’agriculteurs ne se reconnaissent pas dans les actions et mots de la FNSEA. Ils sont en train de se décrédibiliser auprès de la société (épisode des ragondins en est l’illustration). Différencier les agriculteurs et la FNSEA.

Les écologistes soutiennent les agriculteurs. Nombreux, bien rémunérés, produisant une alimentation de qualité pour les citoyens.

Demandes formulées ci-dessus.

Demande la réorientation de tous les projets publics vers l’agro-écologie, une agriculture résiliante au changement climatique, biologique, durable.

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