IDEES

Libération du samedi 23 novembre 2013

« S’il y a droitisation, c’est d’abord du débat politique »

INTERVIEW Multiculturalisme, mariage pour tous, immigration… Les Français se montrent bien plus ouverts qu’autrefois. Le chercheur Vincent Tiberj a dépouillé trente ans d’enquêtes d’opinion.

La France est plus tolérante aujourd’hui qu’ hier et plus que jamais sensible à la parole politique. C’est la conclusion à contre-courant de l’ouvrage collectif Des voix et des votes : de Mitterrand à Hollande,fondée sur le dépouillement de trente ans d’enquêtes d’opinions. Les auteurs, des sociologues du politique, ont analysé l’évolution de la perception sur des questions clivantes comme la xénophobie, la place des genres, et la manière dont les lignes de fracture de la société se sont exprimées dans les urnes. Docteur en sciences politiques et chercheur au Centre d’études européennes, Vincent Tiberj, qui a dirigé ces travaux, décrypte un résultat à rebours du sentiment de repli sur soi de la société. Il s’inquiète des conséquences pour l’avenir de l’actuelle droitisation du débat politique.


Partagez-vous ce sentiment de plus en plus répandu que la société française s’est droitisée ?

Pas vraiment. Sur le long terme, c’est même l’inverse. Pour comprendre les évolutions de l’électorat, nous avons distingué deux catégories de valeurs : les valeurs socio-économiques (taille de l’Etat, nombre de fonctionnaires, impôts) ; et les valeurs culturelles (celles qui touchent à l’immigration, au multiculturalisme, à la sécurité, au rôle des femmes, à l’homosexualité…). Du point de vue des valeurs socio-économiques, il n’y a pas de droitisation, mais un phénomène plus complexe dit de loi thermostatique. On observe par exemple que les demandes de politique redistributive ou d’intervention de l’Etat dans l’économie étaient, au moment de la présidentielle de 2012, au même niveau qu’en 1981, avant l’élection de François Mitterrand. Plus significatif encore : en 2012, les électeurs de droite étaient plus ... [lire la suite ...]

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