hebdo de BENOIST

Renouvellement ? A propos du second tour des cantonales dans le Tarn

Il y aurait beaucoup à dire sur les résultats des dernières élections cantonales, tant à l’échelle de notre département qu’au niveau national. Il faut bien sûr saluer la victoire de la gauche, les progrès sensibles enregistrés par Europe Écologie, le maintien du Front de gauche, deux éléments qui montrent bien que la gauche est diverse, et qu’elle ne sera forte que de sa diversité. Mais dans le même temps, on ne peut que déplorer la forte abstention et les scores désespérément élevés du FN. On peut aussi apprécier la défaite de la majorité présidentielle, et observer, mais sans pouvoir s’en réjouir totalement, les déchirements de la droite, entre les soutiens d’un front républicain contre l’extrême-droite, et les adeptes, tel Bernard Carayon, d’un flirt poussé avec les frontistes. Oui, il y aurait beaucoup à dire, notamment pour analyser en profondeur l’impossibilité de se féliciter totalement du déroulement de cette dernière élection avant les échéances de 2012.

Mais parfois, une bonne photo vaut mieux qu’un long discours. Lundi dernier, en page 13, "la Dépêche" nous offrait les visages des 23 conseillers généraux tarnais élus en ce mois de mars. Et quelque soit l’angle selon lequel on le regarde, ce tableau de figures souriantes pose problème. Pourquoi ? Est-ce l’impression de déjà-vu qu’il renvoie ? Après tout, les électeurs avaient sans doute d’excellentes raisons de reconduire les 23 sortants. La reconnaissance du travail réalisé, l’ancrage local, le fait que leur mandat se limiterait aux trois prochaines années... Ce ne sont pas non plus les commentaires qui accompagnent ces photographies qui auraient de quoi nous interroger. Certes, découvrir que sur Albi-Sud, Michel Albarède célèbre sa victoire comme « le fruit de la réunion de toutes les familles de la gauche » et affirme, sans rire, que « unis, on est meilleurs, on s’enrichit de nos différences » peut faire légèrement tousser, quand on connaît son parcours politique et les manières pour le moins cavalières avec lesquelles il a pu construire cette « union ». Certes, lire dans l’interview de Thierry Carcenac que « nous sommes bien représentés dans notre diversité à gauche », du fait de l’élection de Roland Foissac (PCF) et de Michel Albarède (PRG), peut nous faire lever un sourcil interrogateur : il ne manque pas quelqu’un, là ? Non, ce ne sont pas les légendes accompagnant les images qui nous posent problème. Ces dernières parlent très bien toutes seules. Et ce qu’elles nous disent, c’est que, pour entrer au conseil général, il vaut mieux être un homme, et d’un certain âge. Détaillons ensemble ces photos : une seule femme, 21 têtes chenues, et le président Carcenac qui sortait de chez le coiffeur lorsqu’il a été saisi par l’objectif. Bien entendu, je ne souhaite pas ici polémiquer, ou faire un excès de jeunisme mal-placé. Après tout, moi aussi j’aime chanter avec Brassens que « le temps ne fait rien à l’affaire ». Mais quand-même... Une femme... Pas un représentant de la diversité de la population française... Pas un jeune... Thierry Carcenac a bien un mot pour la jeune candidate socialiste Julie Martinez, battue sur Lautrec mais, souligne-t-il, « avec le très bon résultat de 40% ». Je ne connais absolument pas Julie Martinez : mais plutôt que de louer sa défaite somme doute honorable, ne pouvait-on pas lui proposer de se présenter dans un canton moins à droite que celui de Lautrec ? C’est bien beau jeune homme, mais pour lui faire une place, il fallait prendre des risques (et oui !), et en plus priver un élu de son mandat : vous trouvez ça normal vous ? Il y a quelques mois, une interview de Jacques Valax dans la presse locale m’avait beaucoup marqué. Le député socialiste annonçait alors sa candidature aux cantonales sur Albi ouest. Et ne masquait pas ses ambitions pour les prochaines municipales à Albi. Je ne connais pas plus Jacques Valax. Mais tant que le cumul des mandats sera ainsi la règle, on pourra toujours saluer les défaites honorables des jeunes militants. On pourra toujours promettre de s’interroger sur les causes de l’abstention. On pourra, dans toutes les formations politiques, déplorer le manque d’investissement politique des plus jeunes. On pourra toujours pleurer des larmes de crocodiles sur notre incapacité à renouveler notre vie publique... Renouvellement, vous avez dit ? Quelques soient les qualités des personnalités élues ce dimanche, on est très loin du compte. Avec des conséquences funestes, n’en doutons pas. Comme l’indique "Marianne" cette semaine, dans un article intitulé « La politique sans le peuple », une enquête de l’IFOP, réalisée juste avant le 1er tour des cantonales, est passée quasiment inaperçue. Elle porte sur le profil des candidats. Elle montre bien que les ouvriers ont quasiment disparu de la carte des futurs élus. La part des employés continuent de baisser. Celle des femmes reste très faible, la loi sur la parité les faisant essentiellement s’asseoir sur le strapontin des « remplaçantes ». Qui sont nos élus alors ? « Pour l’essentiel des notables, hommes et blancs, souvent issus de milieux sociaux favorisés ». Et le journaliste de conclure : « Ainsi se retrouve-t-on avec un personnage politique qui est l’image inversée de la nation réelle ». Qui saura se donner les moyens de remettre l’image à l’endroit ?

Benoist Couliou, le 30 mars 2011