la tribune libre

Quelques pistes de lectures pour appréhender les enjeux environnementaux et économiques en cours

"Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont le temps est venu" Victor Hugo

La « Tribune » est un espace éditorial d’expression libre à l’attention de celles et ceux qui souhaitent participer au débat essentiel à toute vraie démocratie participative. Les propos tenus dans les différents articles de cette rubrique n’engagent pas la responsabilité du groupe Europe Ecologie-Les VERTS de CASTRES et relèvent de l’entière et unique responsabilité de l’auteur(e).


Face à la menace d’une crise économique comparable à celle de 1929, vous n’êtes pas convaincus par les propositions des principaux candidats, basées sur la poursuite du démantèlement de l’état-providence pour réduire les déficits, et la croyance au retour -hypothétique- d’une croissance faisant des miracles ?

Pour aider à ’Penser le Changement’ au lieu de ’Changer le Pansement’, je vous relaye l’appel au sursaut salvateur http://www.roosevelt2012.fr/ , lancé à l’initiative de Pierre Larrouturou, et signé par un certain nombre de personnalités (Michel Rocard, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Lilian Thuram,..), afin que soient portées au débat des mesures vitales pour notre avenir à court et long terme. Celles-ci seront toujours à l’ordre du jour après le 6 Mai 2012.... Certaines peuvent sembler utopiques à première vue ; en particulier, faire enfin et vraiment l’Europe sociale... Mais entrevoyez-vous vraiment d’autres alternatives porteuses d’espoir, pour sortir de la spirale de la concurrence généralisée qui nous tire tous vers le bas ? Plus nous serons nombreux à signer cet appel et plus ces mesures paraitront réalisables. Une vraie dynamique constructive est en train de naitre, nous devons agir maintenant, il sera trop tard d’ici quelques mois si nous entrons dans le chaos. Pierre Larrouturou a participé le Dimanche 15 Avril a l’émission 3D sur France Inter que vous pouvez écouter à l’adresse suivante http://www.franceinter.fr/player/re...

Pour votre information, je fais partie d’une petite équipe qui relaie en langue française les idées et le travail de Lester Brown, un agro-économiste américain explicitement cité dans la proposition 11 : ’Déclarer la guerre au dérèglement climatique’ de l’appel Roosevelt2012. Dans l’idée de participer à la compréhension de la crise globale, et de faire connaitre quelques propositions imaginées pour en sortir, je me permets de vous adresser en complément un petite petite note contenant un certain nombre de références.

Les questions environnementales présentées il y a encore peu comme critiques, seraient elles devenues sans objet, si l’on s’en réfère au contenu essentiellement économique des discours politiques du moment ?

Seul un certain recul et une vision globale peuvent permettre d’appréhender notre situation réelle , de poser le bon diagnostic, afin, le cas échéant, d’identifier et de mettre en œuvre les solutions nécessaires pour nous sortir d’une situation critique.

Pris dans notre quotidien, réalisons nous vraiment que notre système économique est insensé -car basé sur une croissance perpétuelle incompatible d’une planète finie-, et mène à la destruction des écosystèmes sur lesquels repose notre survie –en premier lieu alimentaire- ?

Réalisons nous vraiment qu’avec nos émissions de carbone –que nous voulons poursuivre et augmenter par utilisation du charbon et d’autres sources fossiles non conventionnelles-, nous sommes en train de défaire, en quelques dizaines d’années, le résultat d’un très lent processus à l’œuvre depuis des centaines de millions d’années, qui retire du carbone de l’atmosphère par action de la végétation, ce qui conduira rapidement et sans échappatoire à un monde très différent de celui que nous connaissons, dans lequel une part importante du vivant pourrait ne pas avoir le temps de s’adapter ?

Nous ne percevons pas –ou nous ne voulons pas voir- que les surpressions que nous imposons à notre environnement, en terme de ponctions et de rejets, risquent de nous faire dépasser des points de non-retour. Les écosystèmes, systèmes complexes, sont résilients jusqu’à un certain point, et s’effondrent globalement quand leur fonctionnement ne peut plus être assuré. Sur le plan climatique, nous sommes proches du point où d’importants phénomènes (réduction de l’effet de réfléchissement du flux solaire quand la glace fond, relargage de méthane du fond des océans et dans le permafrost qui dégèle) peuvent amplifier brutalement l’augmentation initiale de température, et nous faire passer dans un autre état considéré comme définitif, même à l’échelle de la vie d’une civilisation, de par les inerties en jeu. La végétation elle même joue un rôle climatique important de par la captation de l’humidité et le stockage de carbone qu’elle permet. Par exemple, la destruction massive en cours des forêts tropicales humides (Amazonie en particulier) pourrait conduire, de par l’assèchement associé, à leur embrasement qui accentuerait encore le réchauffement.

Pour avoir une synthèse des phénomènes physiques en jeu et de leurs implications, vous pouvez lire la note suivante http://www.alternativeplanetaire.co... et, pour ceux qui veulent aller plus dans le détail, consulter le site http://www.manicore.com/

Sur le plan économique, comment un système en demande toujours croissante pourrait-il ne pas s’effondrer avec la raréfaction annoncée avant 20 ans des ressources minières et du pétrole, et les impacts négatifs prévue sur la production alimentaire du changement climatique : notre agriculture a été optimisée pendant des millénaires pour un climat stable mais supportera mal les conditions extrêmes à venir, en particulier les canicules (Russie 2010, -40% sur la production de blé, à l’origine de l’augmentation actuelle des prix des céréales). Les fontes des glaciers de montagne et des calottes glaciaires vont aussi limiter fortement les capacités de production. Les OGMs opposés comme solution ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ce ne sont qu’un bricolage en regard de ce que l’évolution a pu produire avec le temps.

Nous oublions que le défaut d’alimentation, en général d’origine environnementale mais aussi climatique, fut la cause essentielle d’effondrement de très nombreuses sociétés du passé, dont les Sumériens, les Mayas, les Pascuans, etc…sans oublier pour la France 1789 qui fit suite à des récoltes catastrophiques.

Nous avons du mal à imaginer la perspective d’un effondrement sociétal sans l’avoir jamais vécu auparavant, mais pourquoi en serait-il aujourd’hui autrement pour notre civilisation globale ? Il est difficile d’en parler car cela ne concerne pas seulement l’avenir de l’humanité de manière abstraite, mais aussi celui de nos familles et de nos amis.

Avons-nous d’autres issues, pour pouvoir envisager un futur acceptable, que d’affronter la réalité, dans déni ni abandon, et de prendre les décisions qui s’imposent, avant que la physique incontournable n’impose bien plus brutalement ses limites et engendre la barbarie ? Nous pouvons collectivement sortir de l’impasse, mais encore faut-il que nous arrivions, avant qu’il ne soit trop tard, à prendre conscience du problème et à réagir.

Lester Brown, agro-économiste américain, analyse depuis plus de trente ans la montée de la crise écologique, et en premier lieu ses aspects alimentaires. Il a conçu en réponse un "Plan B" à appliquer très rapidement, pour nous dévier de la trajectoire actuelle. Pour découvrir Lester Brown, figure historique du développement durable, peu médiatisé en France mais auteur d’un quarantaine de livres traduits dans plus de 20 langues : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lester... http://www.earth-policy.org, le site de son think tank transdisciplinaire Earth Policy Institute (EPI), ou peuvent être téléchargés gratuitement tous ses ouvrages récents.

J’ai participé au sein de l’association Alternative Planétaire à la traduction de son dernier livre ’World on the edge’ aujourd’hui publié sous le titre ’Basculement’, qui constitue un appel éloquent à la prise de conscience et à la mobilisation générale en urgence, à la hauteur des défis que nous avons à relever.

Il fait le constat des grandes menaces globales actuelles et de leurs enjeux géopolitiques : changement climatique, croissance démographique, pénuries d’eau, pauvreté, augmentation des prix alimentaires et défaillance d’états.

Il présente ensuite les solutions ’physiques’ connues et qui ont fait leur preuves, à mettre en place à grande échelle pour les combattre : amélioration de l’efficacité énergétique, généralisation du recyclage et des énergies renouvelables, restauration des écosystèmes qui sont le fondement de notre économie, éradication de la pauvreté, stabilisation de la population et transformation des modes de production alimentaire pour arriver à nourrir prochainement 8 milliards d’habitants.

En France, le scénario Négawatt http://www.negawatt.org peut-être vu comme une déclinaison très détaillée du Plan B à l’échelle d’un pays, sur les aspects énergétiques. Sur les questions agricoles et alimentaires, le rapport « Agroécologie et droit à l’alimentation » présenté par l’ONU en 2011 est proche de l’esprit du Plan B http://www.srfood.org/index.php/fr/...

Je suis aussi impliqué depuis 2008 dans celle des articles régulièrement mis en ligne par l’EPI touchant divers domaines (climat, énergie, agriculture, environnement), un bon moyen de disposer d’informations récentes et synthétiques sur ces sujets.

Je vous invite à consulter les quelques liens en bas de cette note, et à vous abonner à cette newsletter gratuite.

La réalisation des mesures universelles décrites par Lester Brown ne se décrète cependant pas, et nécessite un changement profond de paradigme économique pour nous remettre sur une voie soutenable ; le libéralisme ne vise qu’à l’optimum du moment, n’intégrant pas la notion de durabilité. Même si nous avons du mal à voir comment sortir de la logique destructrice à l’œuvre aujourd’hui, de sérieuses raisons d’espérer existent.

Pour mieux appréhender la crise globale et les possibilités d’en sortir, je vous propose un parcours simplifié de références de lecture de vulgarisation :

Commencez par C’est maintenant de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, disponible en livre de poche. Très didactique et pragmatique, il vous donnera un aperçu de ce que pourrait être notre vie d’ici quelques années, des aberrations du fonctionnement économique actuel, et de premières pistes de solutions pour tenter de sortir de la crise par le haut, via l’Europe.

Point de détail : je ne suis néanmoins pas d’accord avec la position fortement pro-nucléaire des auteurs. Si vous souhaitez confronter les points de vue sur ce sujet, je vous recommande La vérité sur le nucléaire de Corinne Lepage, bien fait et très accessible, qui met en avant les problèmes sociétaux (culture du secret, sécurité) engendrés par l’industrie nucléaire. De par l’incontournable facteur humain (erreurs, et incapacité à tout prévoir), les risques d’accident par emballement et la génération de déchets à longue vie sont deux raisons majeures pour abandonner la filière uranium/plutonium choisie il y a 50 ans pour des motifs essentiellement militaires. Même dans notre pays le plus nucléarisé au monde, l’atome ne représente que 16% de notre consommation finale d’énergie, et ne permettra jamais de compenser la baisse des fossiles. La mise en œuvre d’un programme basé sur la sobriété, l’efficacité et le développement des renouvelables doit permettre une transition progressive vers une société ‘décarbonée’ offrant de bonnes prestations énergétiques, loin du retour à la bougie. Il y a 50 ans, on vivait correctement en France avec deux fois moins d’énergie par personne qu’aujourd’hui, et notre intensité énergétique (quantité d’énergie nécessaire pour produire un bien donné) s’est depuis bien améliorée –et progressera encore beaucoup.

Poursuivez avec Basculement, factuel et étayé ; pour ceux qui sont sur Toulouse, n’hésitez pas à me contacter si vous voulez vous le procurer au tarif éditeur dont je bénéficie (12 euros).

Terminez avec l’étonnant ’Prospérité sans croissance’ de Tim Jackson, qui redéfinit la prospérité en tant que bien-être et confiance commune dans l’avenir, et non comme accumulation de bien matériels, concept fondateur de l’économie classique.

Le système actuel n’est stable qu’en condition de croissance suffisante, de par la rémunération exponentielle demandée par le capital, assurée par les gains de productivité ; il s’effondre (chômage) en cas de décroissance. Jackson décrypte les mécanismes de stimulation (par la nouveauté) et d’entretien (par la création de dettes) de cette croissance et ceux de notre attachement à la consommation sans fin d’objets, promus comme éléments essentiels de communication et de positionnement social. D’un point de vue purement matériel, il existe un seuil de consommation -largement dépassé dans les pays développés- au delà duquel le bien-être global ne croit plus et régresse même en particulier de par les inégalités générées.

Le discours qui postule que l’on peut découpler la croissance de l’environnement ne fonctionne pas dans les faits : les gains relatifs en intensité énergétique ne permettent pas de compenser la croissance globale de l’économie, particulièrement en terme d’émissions de gaz à effet de serre. Si la croissance verte peut être vue comme une solution de relance temporaire, elle ne résout en rien le problème de fond d’une croissance perpétuelle en milieu borné.

Le changement de paradigme proposé est celui d’une économie écologique, basée sur la gestion des stocks de ressources plutôt que sur la croissance des flux aujourd’hui mesurés par le PIB. Cela passe en particulier, outre la refonte de la fiscalité, par la sortie de la logique consumériste, le partage du travail, le développement de l’économie sociale et solidaire. Celle-ci est fortement génératrice d’emplois, car l’amélioration de la productivité n’y a aucun sens, la plus value résidant dans ce type d’activité dans le temps de relation à l’autre.

Le retour à une agriculture durable sera aussi potentiellement fortement générateur d’emplois. D’autres pistes originales de réforme ont aussi été formulées, voir l’Oikos du Centre des Jeunes Dirigeants.

Accessoirement, sur la question de la dette, vous pouvez visionner l’instructive vidéo http://nous-les-dieux.org/L’Argent_Dette et lire le court Manifeste d’économistes atterrés, au cœur de l’actualité.

Nous n’échapperons pas de toute façon à un changement de système de valeurs, déjà amorcé.

La suite de la démarche passe par la mobilisation de chacun d’entre nous : la vie va bien sûr continuer, mais il s’agit d’œuvrer individuellement -et collectivement- pour ne pas hypothéquer l’avenir.
- Vous pouvez commencer par réaliser votre bilan carbone personnel http://www.fge-carbone.com/particul... et calculer votre empreinte écologique http://archives.universcience.fr/fr... pour mesurer ce qu’il vous reste pour tendre vers un mode de vie soutenable en regard des capacités de notre planète. Nous avons tous des incohérences et l’important c’est de s’améliorer. –Il est essentiel de sensibiliser à ces enjeux primordiaux votre entourage et vos élus, et donc de relayer le message. Le processus de transformation à venir réussira avec une prise de conscience et un engagement populaires, pressant la volonté et le courage de nos décideurs.
- Engagez-vous sur un thème qui vous tient en coeur. Par exemple, au plan local, Amaps, territoires et villes en transition, Colibris, etc..., les initiatives foisonnent pour tenter d’adapter et rendre plus résilientes nos communautés aux crises de demain. Du côté des entreprises, ça bouge aussi http://www.basculement-rebond.com/site/

Et en cas de baisse de moral n’oubliez pas de visionner cette vidéo d’un indien qui fait des merveilles http://www.ted.com/talks/lang/pt/bu...

P.-S.

Comment être sûrs que le changement annoncé sera à la hauteur des enjeux ?

A peine nos dirigeants avaient-ils affirmé que la zone euro était sauvée, que 4 nouveaux pays annonçaient qu’ils retombaient en récession. Les manifestations se multiplient en Espagne et en Grèce, et la situation devient totalement dramatique pour des centaines de milliers de familles.

"/Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine/" expliquait Ken Rogoff, ancien Chef économiste du FMI dans /Le Monde/ du 1er mars.

En France, il y a déjà 5 millions d’inscrits à Pôle Emploi, des millions de précaires et nul doute, hélas, que nous allons bientôt replonger en récession.

La crise des subprimes est née aux Etats-Unis et une nouvelle tempête s’y prépare : la dette totale des Etats-Unis atteint 358 % du PIB. Des coupes budgétaires colossales sont prévues à partir de 2013 qui risquent de faire plonger les USA et le monde entier dans une récession historique.

En Chine, une énorme bulle immobilière commence à exploser et les révoltes d’ouvriers se multiplient.

Face à de telles menaces, peut-on accepter de rester sans rien faire, de continuer comme avant ?

En France, le Président élu en mai prochain va-t-il se contenter d’appliquer les mêmes politiques d’austérité que les dirigeants des pays voisins ou aura-t-il le courage de mettre en œuvre une politique radicalement différente ?

*Pour le pousser à l’audace, nous venons de créer le collectif Roosevelt 2012*. Avec Stéphane Hessel et Edgar Morin, avec Susan George et Michel Rocard, avec Lilian Thuram et Bruno Gaccio, Cynthia Fleury et Dominique Méda, Patrick Doutreligne de la Fondation Abbé Pierre et Gilbert Mitterrand de la fondation Danielle Mitterrand, avec Curtis Roosevelt (le petit-fils de Franklin Roosevelt) et beaucoup d’autres, nous voulons mettre dans le débat public 15 solutions radicales pour sortir de la crise et éviter le pire.

Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids dans les prochains débats.

Si vous souhaitez des solutions à la hauteur des enjeux, faites entendre votre voix : rejoignez-nous sur www.roosevelt2012.fr

Bien cordialement

/pour le Collectif Roosevelt 2012,/

Pierre Larrouturou

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N’hésitez pas à nous contacter : contact@roosevelt2012.fr