le blog-notes

Que faire ? (4)

" Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. " George ORWELL

Pour le coup c’est enfin le grand départ du Barnum de la Présidentielle 2017. L’affiche, certainement définitive, du premier tour vient de sortir : Le Pen pour l’extrême droite, Fillon pour la droite hyper-décomplexée, Macron pour on-ne-sait-quoi, Hamon pour le socialisme-écolo, Mélenchon pour l’éco-socialisme, plus quelques figurants en guise de majorettes.

Un premier tour dont déjà le second imposerait le ton, le rythme et la mélodie. Pour les uns, Le Pen vs Fillon ; pour d’autres, Le Pen vs Macron ; et pour quelques irréductibles optimistes Le Pen vs Hamon voire Le Pen vs Mélenchon. Dans tous les cas, une quasi certitude, Le Pen est, à ce jour, sondages indiquent, la seule sûre d’y être, au second tour. L’aveu même de l’échec de trois décennies de guéguerre anti-frontiste à travers sa seule diabolisation. Autant la qualification pour le second tour de la présidentielle de 2002 de Le Pen-père a été une imprévisible consternation autant celle de Le Pen-fille en 2017 relève d’une banalité attendue. Tout le tropisme de cette élection présidentielle est là : la présence au second tour de la candidate du Front National. De fait, à ce jour, nous serions donc confrontés dès le premier tour à répondre, par anticipation, au second.

Tous les ralliements ou presque tous - les opportunistes de tous bords se reconnaîtront, aussi bien de droite que de gauche - de ces derniers jours à la candidature Macron trouvent leurs ressorts dans cette passion triste : la peur. Macron soi-disant antisystème - bien que soutenu par tout ce que produit le système, des hauts fonctionnaires des Gracques d’une gauche dite moderne aux possédants des grands médias, en passant par l’ex-portefaix humanitaire Kouchner et l’inénarrable expert autoproclamé Alain Minc, ainsi que le libéralo-libertaire DCB, sans oublier pour autant la plupart des grands patrons du CAC 40 - ne propose rien et ne proposera rien. Il parle beaucoup mais ne dit rien. La peur travaille pour lui. Toute la force de la télévangélisation de sa campagne : sa seule présence suffit. La peur au service de celles et ceux qui ne veulent que rien ne change en laissant croire que tout va changer. Car bien évidemment derrière cette peur voulue, organisée, délibérée, entretenue, il s’agit d’abord et avant tout d’empêcher la remise en cause du néolibéralisme conservateur. Il s’agit d’abord et avant tout d’empêcher le seul vrai débat démocratique, celui d’une possible alternative. Bayrou, fidèle Juppéiste anti-Fillon, vient de le rejoindre. Et d’aucuns voyant là, enfin, l’émergence d’un courant politique centriste qui renverserait la table de la bipolarisation droite/gauche de la vie politique française : un Parti Démocrate ni droite-ni gauche mais surtout libéral. Bref, de droite.

A gauche, du moins dans le cadre de la primaire de la Belle Alliance Populaire, l’investiture de Benoît HAMON a révélé un sursaut, inattendu, des socialistes, toutes origines confondues, et des sympathisants socialistes. Certains bougons, abasourdis, consternés, stupéfiés, y ont décelé une victoire illégitime d’un soi-disant frondeur, alors que cette étonnante victoire imprévue, inimaginable, inconcevable voire impossible n’est rien d’autre que l’émergence de ce mouvement profond, sourd, insondable parce que caché, souterrain, de cette lente impatience d’un renouveau politique afin de sortir de la longue, très longue, trop longue impasse des Quarante Piteuses de domination idéologique du néolibéralisme conservateur thatchéro-reaganien. Sortir de la pensée unique. Refaire société par l’invention du possible. Celles et ceux qui, après la chute du mur de Berlin, entonnaient la fin de l’histoire croyant enterrer définitivement le socialisme ne faisaient que brailler derrière le corbillard d’un totalitarisme. Car ce qui se joue aujourd’hui, derrière cette élection présidentielle n’est rien d’autre, au-delà de celle-ci, que la reviviscence du socialisme démocratique. Celui que tous les socialistes, les réformistes, les progressistes, les radicaux, les écologistes se doivent de construire, de reconstruire, de rénover, d’adapter au Nouveau Monde.

Les écologistes, du moins celles et ceux d’EELV, ont pris acte de ce renouveau possible et ont donc entamé des discussions avec Benoit Hamon sur un possible rassemblement s’appuyant sur « des bases politiques et programmatiques les plus proches des valeurs et des combats communs » à l’ensemble de l’archipel socialiste et écologiste.

Cette première étape, la plus facile, étant franchie, reste à chacune et chacun, à toutes et à tous, d’œuvrer pour que l’espérance d’une seule candidature à gauche devienne réalité.

P.-S.

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Commentaires

2 Messages de forum

  1. Que faire ? (4)

    Tout ça pour ça ?
    Voir en Hamon celui par qui va arriver "la reviviscence du socialisme démocratique ... que tous les socialistes, les réformistes, les progressistes, les radicaux, les écologistes se doivent de construire, de reconstruire, de rénover, d’adapter au Nouveau Monde" est peut être faire preuve d’un optimisme démesuré.
    On peut, on doit, avec un peu d’objectivité, noter que les premiers gestes de celui que la primaire de la Belle Alliance (un nom pour faire rêver mais qui n’est en fait qu’un habillage pour le Parti dit Socialiste) n’ont pas été pour se rapprocher des autres candidats comme Yves Jadot et Jean-Luc Mélenchon mais d’aller voir (prêter allégeance ?) à Hollande et Cazeneuve (qui ne l’oublions jamais porte la responsabilité de la mort de Rémi Fraisse). Les gestes symboliques ne sont pas anodins.
    Mais bon, forçons nous à être optimistes. Hamon a gagner la primaire d’abord sur le rejet de l’existant, Valls, en habillant son discours de nos propositions écologiques. Nous ne pouvons que nous en satisfaire, c’est déjà une part du travail faite. Mais, à ce stade, est-ce faire preuve d’une méfiance excessive que de se souvenir que Hamon a été ministre de gouvernements qui auraient dû arrêter Fessenheim, Notre-Dame des Landes et ne pas soutenir le projet d’autoroute Castres-Toulouse (entre autres) et qu’ils ne l’ont pas fait ? Est-ce faire preuve d’une méfiance excessive que de se demander comment les mêmes députés, ceux dont l’ennemi était la finance en 2012, qui n’ont pas voté la proportionnelle, qui ont voté la loi Macron, la loi El Kohmri, se sont abstenus sur le CETA et j’en passe ... touchés par la grâce en 2017 changeraient du tout au tout ? C’est avoir un grand mépris pour ces femmes et ces hommes que de penser qu’ils seraient de telles girouettes.
    Alors oui, il faut être disponible et ouvert pour des discussions sur un possible rassemblement. Mais il faut le faire sur des bases claires et c’est la raison pour laquelle Jean-Luc Mélenchon a écrit à Benoit Hamon en posant un certain nombre de point sur lesquels il est nécessaire d’avoir des garanties (voir le lien ci-dessous). Depuis plus d’une semaine, la réponse est toujours attendue.

    Voir en ligne : Lettre de JLM à B. Hamon

    par BernardCC | 25 février 2017, 20:12

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    1. Que faire ? (4)

      Mon cher Bernard,
      J’ai écrit : " ... cette étonnante victoire imprévue, inimaginable, inconcevable voire impossible n’est rien d’autre que l’émergence de ce mouvement profond, sourd, insondable parce que caché, souterrain, de cette lente impatience d’un renouveau politique afin de sortir de la longue, très longue, trop longue impasse des Quarante Piteuses de domination idéologique du néolibéralisme conservateur thatchéro-reaganien. " C’est dans ce "mouvement profond" que, personnellement, je vois "la reviviscence du socialisme démocratique". Et j’ai toujours pensé que "les insoumis" en étaient une composante, certainement la plus visible depuis de nombreux mois, de ce "mouvement profond", mais pour autant l’investiture d’Hamon nous révèle, avec étonnement certes, qu’elle n’est pas la seule.
      Tu me connais assez pour savoir que je n’attache aucune importance aux personnes mais seulement aux idées et aux projets. Mon modeste combat aujourd’hui est des plus simple : participer à ce que j’ai nommé la "reviviscence du socialisme démocratique" qui dépasse largement cette élection présidentielle. Et il est clair pour moi que la candidature unique de MélencHamon favoriserait cette dernière. C’est ce que j’ai simplement voulu dire dans ma conclusion : " Cette première étape, la plus facile, étant franchie, reste à chacune et chacun, à toutes et à tous, d’œuvrer pour que l’espérance d’une seule candidature à gauche devienne réalité."
      Bien à toi. Amitiés socialistes et écologiques.

      par CAZOTTES Jean-Marc | 25 février 2017, 21:11

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