hebdo de BENOIST

Pourquoi tirer à boulets rouges sur l’écologie politique ? (1)

Penchons-nous un instant sur la visite récente de Nicolas Sarkozy à la centrale de Fessenheim en Alsace. C’est peu dire qu’il n’y est pas allé avec le dos de la main morte pour dénoncer les écologistes, se présentant en sauveur des emplois que les dangereux extrémistes verts (et roses) menaceraient de faire indûment disparaître. Au hasard, voici quelques extraits de son intervention : « Je n’accepterai jamais que l’on ferme les deux réacteurs de cette centrale au détriment de l’emploi industriel, pour des raisons politiciennes et pour glaner quelques voix sur le tapis vert ». En aparté, les caméras ont pu opportunément saisir le président sortant, assénant aux ouvriers de la centrale : « fermer Fessenheim , c’est une folie. Et tout ça pour quoi ? Pour faire plaisir à de la politicaille... Ils n’ont pas réfléchi... Elle marche, ça donne du boulot, pourquoi on irait fermer ça ? ». Tout est dans cette dernière phrase : la centrale n’est pas en panne, elle donne du travail, pourquoi on irait réfléchir plus loin ? Peut-être, comme l’exprime bien Jean-Marie Brom, chercheur au CNRS et porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire », parce qu’ « en France, les centrales nucléaires sont aptes à fonctionner pendant une quarantaine d’années. Fessenheim a été construite en 1977, ce qui nous amène jusqu’en 2017. Nous sommes en 2012. Est-ce que ça vaut le coup d’investir les 600 millions d’euros nécessaires à la modernisation de la centrale pour les quelques années à venir ? Quand on regarde la vérité, on se rend compte que maintenir Fessenheim est une décision politique. C’est la preuve que la France ne veut pas se lancer dans une autre politique énergétique. A l’inverse, fermer la centrale constituerait un symbole fort. Le jour où on aura une catastrophe d’ampleur ou quand le prix de l’uranium augmentera, ce qui ne devrait pas tarder, on sera bien attrapé ! ». Lors de sa visite dans la centrale alsacienne, Nicolas Sarkozy a passé sous silence le vrai débat qui se joue autour de l’avenir des centrales françaises : quelle politique énergétique souhaitons-nous mettre en œuvre pour les décennies à venir ? Garder Fessenheim et derrière elle l’ensemble des centrales bientôt atteintes par la limite d’âge, pose indéniablement un problème de sécurité, mais aussi un problème financier : est-il vraiment raisonnable de s’accrocher ainsi au tout nucléaire ? Est-il si légitime de concentrer encore les investissements sur l’atome, pour maintenir artificiellement en vie une filière, dont on sait déjà qu’elle va coûter de plus en plus cher, et cela au détriment d’une vraie recherche-développement dans les énergies renouvelables ? Nous aurons certainement l’occasion d’en débattre le 14 mars, à Castres, à l’occasion de la réunion publique que nous organisons sur le thème : « quelles énergies pour quelle société ? ».

Ce qui pose problème dans l’attitude de Nicolas Sarkozy à Fessenheim, c’est qu’il ment – au moins par omission – sur un point essentiel : il ne s’agit pas, par l’arrêt des réacteurs, de réduire au chômage les 660 salariés qui y travaillent actuellement. Rien que pour la réhabilitation du site, il faut bien comprendre qu’il y aura du travail pour tous, et pour longtemps, tant l’expérience nous montre la difficulté et la longue durée de cette opération. L’écologie politique n’est pas contre les ouvriers, bien au contraire : elle s’efforce d’inventer et de porter les solutions efficaces, qui leur garantiront leur activité. Alors rien ne sert d’hurler au loup, ou d’agiter le chiffon vert des dangers supposés de l’écologie. La « politicaille » n’est sans doute pas là où la montre trop facilement du doigt.

La semaine dernière, le désormais candidat à l’élection présidentielle a décidé d’utiliser la même tactique lors de sa visite au salon de l’agriculture, en jouant cette fois-ci la partition de l’écologie contre l’agriculture. Interrogé pour savoir pourquoi il allait passer moins de temps que son adversaire socialiste dans les allées de la porte de Versailles, Nicolas Sarkozy a répondu : « il doit avoir des choses à se faire pardonner. Il va leur expliquer pourquoi il veut travailler avec Mme Joly et à mon avis, il lui faudra plus que dix heures ». Là aussi, il convient de rappeler que les écologistes ne sont pas les ennemis des agriculteurs, bien au contraire : le nouveau pacte agricole que nous proposons est là pour permettre l’accès à une alimentation saine et de de qualité, produite par des paysans plus nombreux, bien rémunérés, et qui travaillent dans un environnement préservé. Qui peut en vouloir aux écologistes de lutter contre les désastres produits sur l’environnement, ainsi que sur la santé des producteurs et des consommateurs, par le recours massif aux produits phytosanitaires ? Qui peut leur en vouloir de combattre la volatilité des prix et la faiblesse des revenus d’une majorité de paysans, du fait de l’attitude agressive et irresponsable de la grande distribution ? Qui peut leur reprocher de vouloir développer l’agriculture biologique et de soutenir l’installation des jeunes par la mise à disposition de terres ? Sans doute pas les agriculteurs ! Sauf à vouloir les tromper encore et toujours sur la pérennité d’un modèle productiviste déjà archaïque, comme l’est d’ailleurs notre modèle énergétique fondé sur le tout-nucléaire.

De cette entrée en campagne du président sortant, je tire au moins une conclusion. Non, l’écologie n’est pas absente de cette campagne. Simplement, on cherche à en faire un repoussoir, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Bientôt, nous aurons peut-être droit à « l’écologie contre les enseignants », « l’écologie contre la police », « l’écologie contre la justice », et qui sait, même, « l’écologie contre l’écologie ». En un sens, Nicolas Sarkozy ne fait que tirer le fil de sa fameuse sentence, prononcée, déjà, au salon de l’agriculture en 2010 : « l’écologie, ça commence à bien faire ». Ce qui n’avait pas manqué d’interroger, venant du promoteur du Grenelle de l’environnement, qu’il présentait pourtant, souvenez-vous, comme un événement politique majeur, digne de l’abolition de la peine de mort. On sait ce qu’il en est advenu. Avec d’autres, Nicolas Sarkozy peut bien continuer à présenter l’écologie politique comme un danger pour notre pays : l’urgence écologique ne disparaît pas d’un coup de baguette magique. Et le projet alternatif que nous défendons ne perd rien de sa pertinence. Dans la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy, « l’écologie ça commence à bien faire », il y a bien une part de vérité qui surgit : oui, l’écologie, ça commence, et ça commence maintenant, au cœur des campagnes présidentielle et législative.