hebdo de BENOIST

Pascal Bugis, ou « le livre d’un homme seul »

Je ne sais pas si Gao Xingjian, écrivain et peintre français d’origine chinoise, connaît Castres. Je ne sais pas non plus si Pascal Bugis connaît et apprécie l’œuvre du prix Nobel de littérature 2000. Peu importe : son formidable « Livre d’un homme seul » (éditions de l’Aube) offre une porte d’entrée éclairante pour ce qui va suivre.

Associer Pascal Bugis et la solitude, vous n’y pensez pas ? Isolé, cet homme qui a remporté une triangulaire avec près de 50% des votes exprimés ? Seul, cet homme qui, chaque année, lors de la présentation de ses vœux à la population, salue, avec Madame, dans un rituel digne de l’ancien régime, les centaines de personnes venues l’écouter prêcher la bonne parole ? Délaissé, cet homme qui vient régulièrement au contact de la population lors de réunions publiques ? Allons...

Mais ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la capacité certaine des équipes de communication de Pascal Bugis à nous vendre un maire porte-parole d’une très large majorité de ses administrés. Ça, il faut dire qu’ils savent très bien le faire, au prix d’un budget communication dont on serait assez curieux de connaître le montant réel, sachant qu’il faudrait pour cela introduire la totalité du coût de production et de diffusion de ce modèle de propagande moderne que constitue le « Castres magazine ». Non, il s’agit juste de constater la manière même dont le maire de Castres dirige sa ville : seul. Bien évidemment, on se doute que, tout soliste qu’il soit, un petit orchestre l’accompagne, on devine que dans son cabinet et à la tête des différents services municipaux, d’autres acteurs doivent le seconder. Mais qui, au sein de la population, est susceptible de les nommer ?

Et les adjoints ? Et les conseillers municipaux ? Il existe bien une majorité municipale ! Oui, sans doute. S’exprime-t-elle lors des conseils municipaux ? Si peu, cantonnée à la présentation de quelques délibérations, et à quelques courtes interventions sur des thèmes ciblés. S’exprime-t-elle dans la presse locale ? Qu’on me cite une seule prise de position publique d’un membre de la majorité municipale sur un sujet important pour la ville ! Le seul à s’exprimer, c’est Monsieur le Maire. Vous me direz : il est dans son rôle. Je vous réponds : que cache cette volonté de vouloir à ce point tout contrôler ? Que révèle cette affirmation sans cesse renouvelée, qu’il est le seul à décider de tout ? Que craint-il donc, pour réduire ainsi le conseil municipal à un simple décorum, où, quoiqu’il puisse en dire, rien n’est fait pour permettre le dialogue démocratique avec l’opposition, et même avec les membres de son équipe ? Se plaindre de conseils qui durent six heures n’est en rien une preuve de grandeur d’âme démocratique, si, durant ces six heures, tout est fait pour réduire à néant la contradiction, par des dispositifs techniques ou rhétoriques, qui n’ont pour but que de mettre en valeur son propre point de vue. Fidèle à l’autorité de la chose jugée (après tout, il n’est pas avocat pour rien), hermétique à toute idée de démocratie participative, Pascal Bugis réduit la vie municipale à un choix fait dans les urnes, sur un nom (de préférence le sien), une fois tous les six ans. L’absence de tout débat digne de ce nom sur l’installation de la vidéosurveillance, l’avenir de l’intercommunalité, ou encore les projets d’urbanisme de la ville est à ce titre significative de cette conception bonapartiste du pouvoir.

Deux dossiers révèlent pourtant le caractère contre-productif de cette conception très solitaire de la prise de décisions. Il s’agit de la rénovation de la place de l’Albinque, et du devenir de l’ancien hôpital Gabarrou. Sur l’Albinque, de nombreuses voix, notamment chez les commerçants, se sont élevées pour dénoncer les limites de la concertation menée par Pascal Bugis. Ce dernier s’est élevé contre ces critiques, estimant avoir multiplié les rencontres et les informations. Ce que « la Dépêche » avait résumé par cette formule éclairante : « le maire a fini sa concertation » (souligné par nous). À qui donner raison ? On a ici affaire à des conceptions opposées de ce que doit être une concertation. Pour Bugis, concerter, c’est simplement expliquer des décisions qui ont déjà été prises en amont, et éventuellement les modifier, mais à la marge. Pour d’autres, dont nous faisons partie, concerter, c’est construire avec les habitants et les acteurs un projet évolutif qui sache tenir compte des aspirations et des contraintes, en intégrant le programme dans une vision globale du devenir du centre-ville. Ce qui aurait permis de déboucher sans doute sur des solutions nouvelles, plus efficaces, qui n’auraient pas hypothéqué lourdement l’avenir de ce quartier. Concernant l’hôpital Gabarrou, là, les choses sont encore plus simples : aucune concertation possible ! En laissant vendre les bâtiments à un entrepreneur privé, le maire a, quoiqu’il en dise, enlevé à la population tout droit de regard sur le devenir de cet espace. Et l’on se prend à rêver d’un déroulement autre des opérations. Conscient des enjeux énormes posé par cet espace pour l’avenir de la ville dans son ensemble, le maire décide de confier à son adjoint à l’urbanisme une vaste mission de réflexion et de concertation sur cet espace. Des réunions publiques sont organisées, un forum est ouvert sur le site internet de la ville, où les avis et propositions sont consultables par tous, et ouverts à la discussion : on invente, on exprime des souhaits, des regrets, on débat... L’idée d’un nouvel espace culturel apparaît, la volonté de voir construits des logements HLM s’impose, certains proposent même une maison de retraite municipale pour les plus faibles budgets, en ces temps où la question de la dépendance nous oblige à inventer des solutions nouvelles pour ne pas laisser les groupes financiers s’occuper seuls de ce « marché »... Pour information, la ville de Castres dispose d’un adjoint à l’urbanisme. Il s’appelle Xavier Bories. Si quelqu’un a connaissance de ses positions sur ses deux projets, il peut nous contacter.

Quoi qu’en pense Pascal Bugis, de telles démarches existent. Elles ont, dans de nombreuses villes, prouvé leur efficacité. Elle relève, tout simplement, d’une vraie vie municipale. À mille lieux des impasses où nous conduit sa conception solitaire du pouvoir. À gauche, nous avons donc une immense responsabilité : développer, ensemble, une autre façon de faire de la politique. Inventer les conditions de ces prises de décisions autres, porteuses tout à la fois de nouveauté et d’efficacité. Nous n’avons pas besoin d’un alter-ego de gauche au maire actuel, qui se révélerait au final aussi isolé. La réponse à la solitude de Pascal Bugis ne pourra être que collective. C’est en bonne voie. Il faut continuer à tracer ce sillon.

P.-S.

peu après l’écriture de ces lignes, je découvre dans ma boîte une lettre de Bernard Carayon, interminable et indigeste éloge de son action en tant que député du Tarn. Comme quoi, parfois, il vaut mieux être seul que mal accompagné...

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Commentaires

1 Message

  1. Pascal Bugis, ou « le livre d’un homme seul »

    Bonjour à tous les lecteurs,

    Je trouve extraordinaire cette faculté qu’on certaines personnes à parler des autres, alors qu’ils ne les connaissent pas et pour être complet, sur des sujets qu’ils ignorent ... c’est admirable !
    Pour information, je suis totalement disponible pour répondre à toutes les interrogations des Castraises et des Castrais, en matiere d’urbanisme, bien sûr.... Mais encore faut il avoir envie de poser des questions pour se faire un avis objectif et eclairé !

    Je vous adresse, chers lecteurs, mes sentiments les plus devoués.

    Xavier Bories, votre adjoint au maire délègué à l’urbanisme.

    | 28 mai 2011, 10:17

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