hebdo de BENOIST

« On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans… »

Et on ne doit pas mourir sous les coups de fascistes quand on a 19 ans. Quand j’ai appris la mort de Clément Méric la semaine dernière, j’ai, sans savoir pourquoi, immédiatement pensé au poème de Rimbaud, « Roman ». Et notamment à ce passage :

« Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser. La sève est du champagne et vous monte à la tête... On divague ; on se sent aux lèvres un baiser. Qui palpite là, comme une petite bête... ».

Ce poème, une amie m’en avait offert un exemplaire le jour de mes 17 ans. J’étais alors lycéen, en Bretagne, la région dont était également originaire Clément. Lui aussi, féru d’histoire. Par associations d’idées, d’autres images me sont alors venues à l’esprit, comme celles des grandes grèves de 1995. Je venais de rentrer à la fac, à Rennes. Je découvrais les AG bondées, les discussions passionnées, animées notamment par les militants anarchistes… Comme Clément. Une manif géante pour protester contre la venue de Bruno Mégret. La rencontre des militants antifascistes. Comme Clément… On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Mais on ne doit pas mourir deux ans plus tard sous les coups des nervis d’extrême-droite. Pas quand on est au printemps. Car « Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ; Le vent chargé de bruits - la ville n’est pas loin - A des parfums de vigne et des parfums de bière... ».

Le rassemblement de samedi midi devant le musée Jean Jaurès était une nécessité. Je remercie ceux qui l’ont initié. Nous avons tous pu exprimer ainsi notre tristesse, notre compassion pour la famille, notre colère devant cet acte insupportable. Je partage nombre d’analyses et de remarques développées par les différents intervenants.

Comme la nécessité de toujours nous tourner vers notre passé pour ne pas en être prisonniers. Il y a peu de temps, un groupe d’élèves d’une classe de troisième était resté discuter à la fin d’un cours. Ils souhaitaient me demander si je croyais que des idées telles que celles des nazies pourraient un jour revenir au pouvoir. Quand je leur ai dit qu’il existait des néo-nazis, qui admiraient profondément Hitler et ce qu’il avait accompli, ils n’en revenaient pas. L’un d’entre eux a alors spontanément fait le lien entre la crise économique des années 30 et ce que nous vivons actuellement. Le travail d’histoire, soyons-en persuadés, se fait avec nos élèves. Il faut le poursuivre et l’intensifier encore. Que ce soit Josué, un élève passé par Brassac et la Borde-Basse, qui ait initié les prises de parole et mobilisés de nombreux jeunes pour ce rassemblement, avait d’ailleurs quelque chose de réconfortant.

Il n’y a pas de signe "=" entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Car ils ne défendent pas les mêmes valeurs. Il ne peut pas y avoir de discussion sur ce point. Le racisme n’est pas une opinion comme les autres. Pour le MRAP, Suzanne a rappelé avec raison que le racisme est un délit.

Lutter contre l’extrême-droite, c’est encore et toujours lutter contre ce qui la fait prospérer. Donc, construire ensemble les alternatives aux politiques qui produisent le désespoir, qui lui fait atteindre un tel niveau. Oui, le climat est délétère. Oui, une lepénisation des esprits s’est peu à peu imposée. Oui les dérives de la droite dite « républicaine » sont de plus en plus manifestes. Autant de raisons pour nous pousser à inventer les moyens de reconquérir de nouveaux droits et du progrès social, qui sont les plus efficaces pour lutter contre l’extrême-droite dans le contexte actuel.

L’extrême-droite s’ancre toujours sur un passé mythique. Nous devons absolument, à gauche, répondre par l’avenir, par la croyance en l’avenir, en notre capacité à la rendre meilleur qu’aujourd’hui. En ce sens, la gauche ne doit jamais oublié qu’elle a eu 17 ans. Mieux : elle doit toujours avoir 17 ans.