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Nucléaire : ces chaînes qu’il faut tomber…

Il est des lundis matin réjouissants à l’écoute de France-Inter. Ce n’est pas l’annonce de la candidature d’Hervé Morin qui a égaillé ma journée, mais la chronique de Thomas Legrand sur le nucléaire. Ce n’est pas non plus son introduction sur « l’accord piteux » entre les Verts et le PS qui m’a fait sourire entre les tartines et le café : depuis un moment, c’est tous les jours que cet accord nous est rabâché avec le même acharnement, mais ça se calme. Non, c’est sa présentation de la question du nucléaire qui m’a semblé lumineuse.

Premier temps : 3 forces politiques sont présentes sur ce dossier qui est reconnu comme essentiel : Europe Ecologie les Verts, le PS et la droite. Et les autres ? Absents des écrans radars : pas de Mélenchon pour le Front de Gauche (sauf pour demander un débat « citoyen » qui est en train d’avoir lieu), pas de Le Pen bien que l’uranium proviennent de l’étranger (bonjour l’indépendance énergétique), pas de Modem (ça existe encore ?), et pas de Chevènement (no comment).

Deuxième temps : les arguments de la droite sont rétrogrades. L’histoire du retour à la bougie est en fait un recyclage de vieux dénigrements des années 70. L’absence de débat sur le nucléaire est criante. Les arguments du PS : on n’en parle même pas car la position médiane est tout simplement intenable.

Troisième temps : la sortie du nucléaire est comparée à l’abolition de l’esclavage (et c’est Sarkozy qui en a eu l’idée). Thomas Legrand pousse la comparaison et met en perspective les bouleversements économiques attendus à l’époque et les freins intellectuels liés à la supériorité supposée de l’homme blanc. On note que depuis un moment, Thomas Legrand ne parle plus des écologistes.

Conclusion : le retour des écologistes avec je cite : « on sait qu’il faut en finir avec nos vieilles centrales mais nous sommes encore drogués à la croissance débridée. » Ça se savoure.

Thomas Legrand, en recadrant ainsi le débat sur le nucléaire, montre à quel point l’exigence des écologistes n’est pas une simple lubie opportuniste. L’abandon, ou la poursuite du nucléaire, est un véritable enjeu de société voire même, de civilisation. Remettre en cause le nucléaire c’est toucher à un symbole fort d’un modèle en bout de course, c’est ouvrir une brèche qui nous permettra des changements profonds comme : utiliser l’énergie de manière plus sobre, réduire la facture énergétique des plus précaires, créer de nouveaux emplois locaux, rééquilibrer nos rapports avec les pays du sud, généraliser une agriculture paysanne respectueuse du vivant, imaginer des transports alternatifs à la route, …. Rien de moins ! Loin d’être une régression, cette façon de regarder l’avenir est un réel défi, que les choix du passé nous obligent quoiqu’il en soit à relever. Il est inutile, voire contre-productif, et pourquoi pas criminel de ne pas arrêter avec cette idée du toujours plus : vitesse, productivité, argent, rendement, puissance. Il s’agit bien là d’un esclavage, auquel nous consentons avec la bénédiction de dirigeants qui n’ont d’autre imagination que de se couler dans les idées de leurs prédécesseurs. Le nucléaire sûr n’existe pas (les « terroristes » de Greenpeace viennent de le montrer), pas plus que les autoroutes écologiques ou l’agriculture intensive raisonnable. La suprématie de la technoscience atteint les limites du supportable mais sa toute puissance est remise en cause. Il peut suffire d’un mensonge sur une faille, petite, au pied de la centrale de Fukushima, d’un mensonge de plus sur un nuage qui reste bloqué à la frontière parce qu’il n’avait pas ses papiers, pour qu’un printemps du nucléaire se déroule dans notre pays tout nucléarisé, un printemps arabe en quelque sorte, qui permettrait la décolonisation de nos esprits. Un champ s’ouvrirait alors devant nous, un champ de liberté.

Écouter la chronique : http://www.franceinter.fr/emission-l-edito-politique-pas-touche-au-nucleaire