la tribune libre

Néosocialisme (2) : l’écologisme

« Connais-toi toi-même et, t’adaptant aux faits, prends des façons nouvelles. » ESCHYLE, Prométhée enchaîné
« Là où est le danger, croît aussi ce qui sauve. » Friedrich HÔLDERLIN

2017, année soi-disant « disruptive ». Les dernières élections nationales – présidentielle et législatives – marqueraient, selon la plupart des commentateurs, une rupture au sein de la vie politique de notre pays. Un Nouveau Monde viendrait de naître. Au cours de ces quarante dernières années, insidieusement mais sûrement, les « experts », les manageurs et autres technocrates, main dans la main avec quelques oligarques, ont capté les responsabilités institutionnelles, politiques et culturelles de la société. Se mettant au seul service d’une idéologie : le néolibéralisme. Individualisme et opportunisme sont devenus les lignes de conduite forcées, imposées et obligées de notre société. La République, un projet toujours inabouti : la Liberté n’étant plus que celle que l’on concède au « renard dans un poulailler » ; l’Egalité, celle que l’on veut bien laisser aux poules face au renard ; quant à la Fraternité, « troisième marche du perron suprême » chère à Victor HUGO, « un labeur quotidien », dixit Régis DEBRAY, sans réalisation concrète n’est rien de plus qu’une espérance perdue. « Il faut que tout change pour que rien ne change. » nous avait averti Lampedusa dans son unique roman, Le Guépard. Le Nouveau Monde annoncé n’est rien d’autre qu’un ripolinage du précédent : mainmise techno-oligarchique sur la société. Ainsi que sur le monde.

Ce qu’il nous faut définitivement admettre est que le monde doit vraiment changer. Changer d’ère : impératif catégorique parce que l’Anthropocène est le réel des temps présents. Notre monde n’est pas seulement le nôtre parce que nous y vivons, il est surtout le nôtre parce qu’il est celui que nous avons élaboré, façonné, construit, édifié, organisé. L’Anthropocène est œuvre humaine. Et cette œuvre humaine, notre monde, n’en finit pas d’agoniser. Sur tous les plans : environnementaux, politiques, sociaux, culturels et civilisationnels. Les libertés, la démocratie, la justice en étant les premières victimes.

Les défis que nous impose l’Anthropocène ne sont pas seulement environnementalistes et écologiques, ils sont aussi politiques et idéologiques. Les défis environnementalistes et écologiques relèvent essentiellement de la science et de la technique mais pas seulement. Ils sont d’ordre aussi éthique car ils appellent un changement de mode de vie au sein duquel le concept de progrès se doit d’être réexaminé, réétudié, réanalysé, reconsidéré. Un nouveau Prométhée est à repenser, à refonder. Et cela demande et impose, au-delà de la seule responsabilité des états et autres collectivités institutionnelles, une mobilisation citoyenne sans laquelle nous ne ferons qu’échouer. Quant aux défis politiques c’est tout simplement le vaste chantier d’une nouvelle organisation de la société et de ses finalités ultimes qui est posé. Quel libre-ensemble pour un vivre-ensemble ? Le troisième défi, l’idéologique, demande et exige, un changement radical de nos comportements, de nos pratiques, de nos conduites et de nos choix au niveau individuel, certes, mais aussi et surtout au niveau collectif.

L’Anthropocène, en nous imposant de penser le monde autrement, en nous obligeant d’agir différemment, exige cependant une urgente transformation radicale : une métamorphose. L’écologie politique est au fondement même de ce changement fondamental. A l’encontre du néolibéralisme et du nationalisme réactionnaire l’écologisme est un projet qui, appréhendant le monde dans sa totalité, dépasse et remet en cause l’économisme libéral et son individualisme méthodologique, et par son approche systémique privilégie et renforce les solidarités en favorisant les actions de coopérations et de régulations. S’inscrivant dans un internationalisme au sein duquel chaque nation acte son action politique au bénéfice de toutes, l’écologisme n’est ni plus ni moins qu’un socialisme démocratique des temps présents et futurs. Un néosocialisme à l’aune des défis du XXIième siècle.

CAZOTTES Jean-Marc, le vendredi 9 février 2017

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P.-S.

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