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Néosocialisme

« Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir, mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. » Jean JAURES, Discours à la jeunesse, Albi, 1903
« Aussi, plutôt que de feindre que nous sommes nécessairement à l’aube de temps nouveaux - ceux d’une grandiose révolution sociale et écologique -, le travail intellectuel aurait probablement autre chose à apporter. La perspective sera moins enthousiasmante mais peut-être plus utile : au prophétisme, on peut préférer l’examen sobre des "possibles", mais aussi la réflexion sur ce qui continue de bloquer l’émergence ou l’affirmation de tels "possibles. » Serge AUDIER, La société écologique et ses ennemis, page 11 (éditions la découverte)

L’effondrement des perspectives révolutionnaires, après le chaos du socialisme soi-disant « réel » incarné par la chute du Mur de Berlin en 1989, et le lent affaissement de la détermination réformiste de la social-démocratie sous les coups de boutoir idéologiques de la « troisième voie » social-libérale, imposent à l’ensemble des mouvements et formations politiques de l’archipel de la gauche, aussi bien au niveau national qu’européen, à s’interroger sur leur capacité à créer, collectivement, les nouvelles bases théoriques, à l’aune des temps présents, et les modalités pratiques permettant de dépasser l’état des choses actuel et surtout d’inscrire, à nouveau, pour l’avenir, la possibilité d’un état social l’emportant sur le néolibéralisme, surpassant le libéralisme et, voire, au-delà du capitalisme.

La globalisation économique, purement néolibérale, sous l’autorité et la conduite du FMI et de la Banque Mondiale, par la financiarisation de l’économie entraînant la marchandisation de tous les domaines de la vie et la compétition entre les nations, par son emprise sur les orientations politiques des puissances publiques, par sa propension à l’élargissement et au renforcement des inégalités, par ses restrictions des libertés fondamentales, le tout en imposant l’affaiblissement des états, a conduit, par les ravages sociaux induits – précarisation, paupérisation, déclassement -, les démocraties à connaître à nouveau le retour en force des idéologies réactionnaires. En Europe c’est le cas de la Hongrie, de la Pologne, et aussi dernièrement, lors de leurs élections législatives, de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche. Les nationalismes réactionnaires ne sont rien d’autre que les enfants du conservatisme libéral. Esprit de famille idéologique aidant ils se nourrissent mutuellement l’un de l’autre. Le devenir du néolibéralisme, au plan politique, n’est ni plus ni moins qu’une forme antidémocratique de bonapartisme autoritaire que l’on désigne du terme « démocrature ».

D’aucuns, lors de nos dernières élections nationales, profitant du désarroi civique, de la délégitimation de notre représentation politique et de la mise à mal des organisations politiques, ont entonné l’antienne d’un soi-disant « nouveau monde » ni de droite ni de gauche tout en étant de gauche et de droite. Force est de constater, peu de mois après, que les orientations politiques, à coup d’ordonnances faisant de l’Assemblée Nationale une simple chambre d’enregistrement, ne sont ni de gauche et ni de gauche. Mais bien de droite et de droite : renforcement de l’individualisme méthodologique du néolibéralisme remplaçant la loi par le contrat, individuation des rapports sociaux, culpabilisation des laissés-pour-compte de la société, politique sécuritaire en intégrant certaines dispositions administratives exceptionnelles de l’état d’urgence dans le droit commun faisant de chacune et chacun de nous une menace pour la sécurité publique, politique fiscale au seul bénéfice des rentiers et autres actionnaires, politique économique de l’offre au seul service des entreprises. En route vers la société de marché, sécuritaire et duale. Le grand retour d’une société de classes.

Face à ce sombre avenir plausible l’archipel de la gauche se doit de prendre ses responsabilités : porter collectivement une pensée socialiste et écologiste d’émancipation, aussi bien culturelle, sociale que politique, consciente des indignations et des attentes citoyennes de progrès, de solidarité et de justice. Le socialisme démocratique n’est ni une vieille lune, ni une grille de lecture dépassée, il est tout simplement l’autre manière de vivre, l’autre monde en devenir, l’autre monde à construire. L’espérance d’une société socialiste faite de liberté, d’égalité, de solidarité et de progrès social est toujours là.

Plus de deux siècles après la Révolution, la République est toujours inaboutie. Pire, ses fondements –Liberté, Egalité, Fraternité -, ne font que reculer depuis l’avènement, au cours des années soixante-dix, de la contre-offensive conservatrice Reagano-Thatchérienne du néolibéralisme. Celle-ci, pour faire simple, se résume en une seule phrase de Madame THATCHER, parangon du libertarianisme : « La société n’existe pas. ».

Les néolibéraux ont oublié que le socialisme est enfant de la Révolution et de la République. Refaire société, telle doit être la priorité du socialisme démocratique du XXIième siècle. Convaincre qu’un autre monde est possible est un impératif catégorique. Pour cela toutes les composantes et mouvements de l’archipel de la gauche, socialistes et écologistes, se doivent de trouver les conditions communes d’un sursaut collectif antilibéral. En se retirant de la candidature à la présidentielle les écologistes ont pris leur responsabilité et ont montré la voie de ce possible sursaut. Ne reste plus qu’à prouver que celui-ci devienne réalité. A nous, les uns et les autres, socialistes et écologistes, ensemble, de créer les conditions de l’émergence d’un néosocialisme, les pieds « tanqués » dans le réel, l’esprit nourri de l’idéal.

CAZOTTES Jean-Marc, le vendredi 27 octobre 2017

Tribune libre / article précédent :"Socialisme, les temps nouveaux" par Jean-Marc CAZOTTES

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Commentaires

5 Messages de forum

  1. Néosocialisme

    Il m’apparaît, ici, une incapacité à pouvoir conjuguer le temps politique avec le temps écologique. Je veux dire qu’il y a bien une domination néolibérale planétaire multiforme, boostée par l’illimitation prométhéenne, alors que nous nous engageons dans l’irréversible climatique. Nous sommes parvenus à l’extrême limite climatique quand notre espèce est devenue une force de la nature, une force incontrôlable. Mais encore nous approchons des effondrements, à partir de 2020-2025, selon le rapport Meadows renouvelé.

    Jean-Marc Cazottes monte à l’assaut du ciel quand il suppose un avenir -toujours possible- dans notre contexte de "fin du monde" : un avenir rendu seulement crédible par le déni de la finitude. Or il ne reste plus que trois ans avant d’entrer dans l’irréversible climatique.

    Il se fait que je lis également Serge Audier qui n’aura pas pu, forcément, prendre en compte le message de Jean Jouzel.
    MK

    Réchauffement climatique. Jean Jouzel, climatologue ...
    www.lejdd.fr/societe/rechauf....
    Le climatologue Jean Jouzel tire la sonnette d’alarme au JDD sur les risques du réchauffement climatique. Selon lui, la planète subira des conséquences dramatiques ...

    DONT EXTRAIT :
    "Pas besoin de faire de catastrophisme : la situation est catastrophique." L’avertissement fait froid dans le dos. Le climatologue et ancien vice-président du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) Jean Jouzel, dresse un bilan bien sombre sur l’évolution du réchauffement climatique. "Pour espérer rester en deçà de 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que le pic d’émissions de gaz à effet de serre survienne au plus tard en 2020", souligne le climatologue. Nous n’avons que trois ans devant nous." Face au réchauffement climatique, il prévoit notamment des étés de plus en plus chauds, jusqu’à 6 à 8°C de plus dans les années à venir. "On n’est plus dans le futur : ce sont les enfants d’aujourd’hui, ceux des cours d’école, qui pourraient subir ces étés à 50°C", s’inquiète Jean Jouzel."

    par Michel Kloboukoff | 31 octobre 2017, 12:13

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    1. Néosocialisme

      Salut Michel,
      On attend donc la finitude.
      Fatalisme et résignation : le salut dans l’au-delà.
      Lequel de nous deux monte à l’assaut du ciel ?

      Bien à toi.
      Jean-Marc

      par CAZOTTES Jean-Marc | 31 octobre 2017, 12:49

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  2. Néosocialisme

    . Comment tout peut s’effondrer

    , Pablo Servigne, Sciences ...
    www.seuil.com › … › Comment tout peut s’effondrer
    Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Yves Cochet : Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de ...

    LA NOUVELLE RAISON DU MONDE NEOLIBERALE PILOTE L’ECOCIDE

    Bien sûr que j’aurais dû féliciter -très cordialement- Jean-Marc Cazottes de mettre en scène le néolibéralisme, ce qui est rarissime sur nos listes EELV étant donné le négationnisme du temps politique qui y prévaut. Dans ce passé récent il n’était question que de social-démocratie*, pourtant déjà de l’époque de Marx, puis de Lénine et des démocraties du Nord de l’Europe. Une fois encore, c’est ce qui aura fait le fond de commerce d’EELV pour une "écologie" résolument apolitique, jusqu’à rejoindre le PS pourtant voué au néolibéralisme à partir de 1982.

    Voyez-vous, il suffit de développer sa thèse en "oubliant" l’un des deux termes (temps politique ou temps écologique) pour donner corps à un avenir toujours possible. Ce fut tout le sens du fond de commerce qui conduisit EELV à se perdre en allant créditer le gouvernement PS. EELV a été la caution du gouvernement socialiste, son label écolo.
    Il est clair qu’à l’aune de la déclaration de Jean Jouzel la "transition écologique" maintenue vaut trahison car seule la mobilisation planétaire des populations permettrait seulement différer la survenue du pire, voire nous servir à exploiter la moindre chance d’avoir encore une avenir.

    Il se fait que c’est bien avant Pablo Servigne que j’aurais alerté au long cours et à temps complet, mettant en scène la nouvelle raison du monde néolibérale. Partant de ces constatations, quoi de plus horrible que d’avoir à vivre en conscience ce qui va advenir de la vie sur cette planète ?
    Je n’aurais donc jamais cherché à me donner le change et ainsi que bien d’autres nous aurons fait face. Nous aurons alerté ensemble, en partageant, car c’était la seule façon, pour nous, de pouvoir rester debout.

    Il n’est décidemment plus temps de chercher à avoir le dernier mot quand notre espèce est devenue une force de la nature.
    MK

    * Parfois même de l’"ultralibéralisme" pour noyer le poisson néolibéral !

    par Michel Kloboukoff | 3 novembre 2017, 11:15

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    1. Néosocialisme

      Bonjour Michel,

      Le temps « écologique » est partie intégrante du temps historique d’où la terminologie de plus en plus courante, bien que discutée dans les milieux scientifiques, d’ « Anthropocène » : le temps de l’emprise des activités humaines sur l’écosystème de la Terre. Le temps « écologique » est donc partie intégrante du temps politique.
      L’écologie politique, depuis la candidature à l’élection présidentielle de 1974 de René DUMONT, a eu le mérite de politiser l’écologie. Avec le néosocialisme, il s’agit d’écologiser la politique. Le néolibéralisme, par sa marchandisation idéologique de la société, ne donnera que des réponses techniques et scientifiques ancrées dans cette marchandisation de la vie en amendant les désastres mais en ne luttant pas contre l’origine des activités humaines de ces derniers. Le néosocialisme, contrairement au néolibéralisme, se doit d’avoir une approche éthique de responsabilité qui doit servir de socle aux potentialités techniques et scientifiques afin s’attaquer aux racines de ces désastres. Sortir de l’individualisme méthodologique du néolibéralisme est une priorité : refaire société. Désacraliser le capitalisme en est sa première étape.

      Bien à toi.
      Jean-Marc

      par CAZOTTES Jean-Marc | 3 novembre 2017, 11:35

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      1. Néosocialisme

        Ecologie politique
        Il ne faut pas confondre l’écologie qui est une science avec l’écologie politique.

        "l’écologie devient politique lorsque la défense d’une culture du quotidien converge avec la question de la survie de l’espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie[1]."

        TEMPS POLITIQUE ET TEMPS ECOLOGIQUE : LA DISJONCTION

        En écologie politique nous considérons qu’il y a deux forces en présence, l’une au sein de l’écosphère représentée par les activités humaines (comme force de la nature), l’autre étant celle de la réaction de l’écosphère, la réaction climatique.
        Temps politique : c’est celui de l’époque de la domination planétaire du néolibéralisme qui se caractérise différemment selon les régions du monde. Le temps politique où nous sommes est celui de la mondialisation des économies sur une lancée prométhéenne exponentielle (extrême).
        Temps écologique : c’est celui du bilan à l’instant t des effets des activités humaines quand notre espèce* agit sur l’écosphère provoquant la réaction climatique que cela suppose (effets différés et rétroactifs).

        * - qui est devenue une force de la nature-

        Il ne faut pas confondre les activités humaines au sein de l’écosphère (le temps politique)avec les effets qui résultent des activités humaines sur l’écosphère (le temps écologique = le référentiel).

        Ce qui est fait sur terre a des implications climatique planétaires qui sont devenues globales. Les effets de son action en tant que force de la nature sont sans rapport avec le temps politique qui relève de l’activité humaine tournée vers elle-même et délibérément sans rapport avec l’écosphère. L’espèce humaine ne domine pas les effets de ses actions sur l’écosphère elle est une force aveugle. Il y a césure entre ce qui est fait -sur terre- par notre espèce et ce qui en résulte au niveau de l’écosphère.

        C’est ce hiatus qui permet de réaliser que le temps politique est foncièrement distinct du temps écologique qui est celui de l’ultime réalité.

        L’entrée dans l’irréversible climatique permet de réaliser à quel point le temps politique n’a pas de rapport avec le temps écologique. En conclusion, le temps historique, celui de la politique, devrait s’inscrire dans le temps écologique, donc les activités humaines au sein de la Nature et non le contraire (celui de la « nature » au sens le plus large). Trois fois hélas parce que justement l’espèce humaine ne maîtrise rien !!
        MK

        Accessoirement : L’écologie devint politique dans la foulée du grand mouvement politique de Mai 68 qui s’est conclu par l’immobilisation de la France avec les occupations d’usines. Ainsi, ce fut à cette époque que fut entreprise l’écologisation de la politique, mais encore celle de l’ensemble de la vie sociale. Politiser l’écologie ne se pouvait sans avoir écologisé le politique condition sine qua non. Ecologiser le politique était le résultat d’une mutation, il y a eu un saut qualitatif dans la prise de conscience révolutionnaire du moment.

        par Michel KLOBOUKOFF | 23 décembre 2017, 14:38

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