la tribune libre

MUNICIPALE 2020

Mon analyse suite aux résultats des élections municipales à Castres

La période de confinement est propice à la lecture, la réflexion et au débat.
Je voudrais tout d’abord féliciter André Martinez pour la campagne électorale qu’il a menée. En d’autres temps elle aurait assurément eu un autre sort. Il a tenu bon dans les moments difficiles, ses prises de paroles publiques notamment lors des débats, ont été à la hauteur de l’événement. Il a su dynamiser une équipe compliquée.

Ces élections, leurs résultats, appellent à une première analyse. Pour ma part, elle sera sans concession, rugueuse mais lucide, l’avenir de la gauche à Castres nécessite courage et lucidité.

Tout d’abord, l’abstention dûe au contexte sanitaire a profité à Pascal Bugis. Comme on peut le constater au niveau national, les sortants sont réélus ou en ballottage favorable. Mais, au regard des chiffres Pascal Bugis a tort de s’enorgueillir en déclarant au sujet de ses différents scores : « on ne fait que monter ! » (La Dépêche 16.03.20). Au premier tour en 2008 il avait obtenu 8975 voix, en 2014 : 9111 voix et en 2020 : 6554 voix ! Ce n’est pas le Tourmalet !
Il va être élu Maire d’une ville de 41000 habitants, avec 6500 voix, soit 21,88 % des inscrits. Pas de quoi pavoiser.

Guillaume Arcèse, ne se faisait probablement pas d’illusion, il n’est pas déçu. Il est jeune, il prend date et promet « 6 années compliquées » à Pascal Bugis (La Dépêche 16.03.20). Il va donc se positionner dans la durée comme successeur possible de Pascal Bugis. Son positionnement politique à l’avenir est à surveiller, gauche ou droite il faut choisir. Actuellement c’est loin d’être clair.

Le score du RN, en forte baisse, 2471 voix au premier tour de 2014 et 877 en 2020 est particulièrement bizarre. Manifestement l’électorat du RN a voté pour Pascal Bugis. Y a-t-il eu des consignes de vote ? Des accords préalables ? On est en droit de s’interroger, d’autant qu’ils n’ont pas mené une campagne frénétique. A Castres ils nous avaient habitués à une autre présence. Pourquoi remplacer la tête de liste Jean-Paul Piloz, élu sortant et figure du RN local, par Jean-Jacques Gros parfait inconnu sur la ville ? Une stratégie perdante qui objectivement a profité à Pascal Bugis.

Le score de la gauche avec « Castres Ecologique et Solidaire » est évidemment décevant comparé aux élections passées. Le total gauche au premier tour en 2001 : 8736 voix, en 2008 : 6622, en 2014 : 5570 et en 2020 : 1957.
Force est de constater que la gauche castraise est arrivée à une fin de cycle.
Cette liste de gauche, héritière directe de « Castres à Gauche Vraiment » s’est satisfaite d’une candidature de témoignage. Outre les divisions, séquelles du passé (dont la responsabilité n’échappe à personne, y compris la mienne), l’équipe de campagne était partagée en deux. D’un côté les personnalités dites de « la société civile », novices en politique mais à mon sens porteuses d’avenir, et des militants(e)s madré(e)s issu(e)s des différents partis politiques.
Forts de pratiques politiques éculées, certain(e)s n’avaient qu’une ambition, survivre, en étant élu(e)s d’opposition. Je suis Socialiste, mais j’ai parfois eu honte de certains comportements de camarades. J’ai également en mémoire le vote pour la désignation de notre tête de liste à la bourse du Travail, une caricature de pratiques politiques dont plus personne ne veut.
D’autres qui n’avaient de cesse de critiquer les socialistes, François Hollande et ses gouvernements, ont été bien muets lorsqu’il s’est agi d’aller chercher le soutien public de Carole Delga, Présidente Socialiste de la Région.
EELV, on le vérifie dans leurs bons résultats au niveau national, aurait dû être mis en avant, valorisé, promu sur le fond et sur la forme. Un discours très à gauche, mais décalé, a prévalu. La lutte contre le projet de réforme des retraites, sans nuance, a même été la vedette lors de certaines réunions y compris publiques.
Eu égard certains débats en début de campagne, pour être acceptable, il fallait sans discussion possible être, contre l’autoroute, contre tout projet de réforme des retraites, contre les caméras de surveillance, contre les gouvernements socialistes passés, etc... Quelle dynamique électorale
escompter avec pareil cahier des charges ? Cela peut réunir un cercle de militants convaincus, certes confortable, où tout le monde pense à peu près pareil, mais un cercle voué à être minoritaire.
Il faut aussi s’interroger sur les raisons qui ont poussé une partie de l’électorat de gauche à voter Guillaume Arcese. Au niveau politique, était-ce vraiment une liste d’union de la gauche, de toute la gauche ? Outre le PC où étaient le PRG et le centre gauche ? Au niveau de la société civile, où étaient les commerçants, artisans et chefs d’entreprises ? A regarder de près notre liste, le poids des retraités, enseignants et fonctionnaires était prépondérant avec un net penchant pour la gauche de la gauche. Heureusement qu’André Martinez, par ses interventions publiques a pu corriger quelque peu cette image.

Pour revenir à l’élection de Pascal Bugis, le syndrome Balkany à Levallois voire celui de Ménard à Béziers joue pleinement sur la ville de Castres. Malgré un exercice municipal autoritariste, une politique clientéliste, la multiplication de recrutements familiaux et amis, le bétonnage de la ville, la déshumanisation des quartiers, l’échec en matière de lutte contre l’insécurité ... les castraises et les castrais plébiscitent une fois de plus Pascal Bugis.
Le poids idéologique et l’influence de différents réseaux castrais forment autant de relais d’opinions (laboratoires Pierre Fabre, 8ème RPIMA, enseignement privé, Castres Olympique ). Ces réseaux conditionnent fortement l’électorat castrais, avec de surcroît une omerta propice à Pascal Bugis.

Ce n’est pourtant pas une fatalité. Si Castres est une ville vieillissante et sociologiquement de droite ou de centre droit, l’Histoire locale nous dit que la gauche peut y gagner.
J’y mets 4 conditions :
– un contexte national porteur pour la gauche (droite en difficultés, mouvement social …),
– une tête de liste connue et reconnue qui fasse autorité,
– une équipe véritablement ancrée dans la population dans sa diversité, unie sur des valeurs de gauche, mais ouverte et idéologiquement modérée,
– une réflexion, un travail de fond et une occupation du terrain qui commence six ans avant l’échéance.

Pascal Bugis a annoncé que c’était son dernier mandat. Il y a donc une opportunité pour la suite, mais peut être faut-il changer notre logiciel pour envisager d’autres lendemains. Il est quelques personnalités de la société civile, investies dans cette campagne qui sont porteuses d’avenir. La pire des choses pour la gauche serait de retourner à ses affaires, sa bonne conscience bien serrée sous le bras, perpétuant la « lutte des places » dans la perspective des prochaines échéances. Quand mon jardin ne me donne plus de légumes, il est temps de labourer profondément, semer et veiller au grain. Il faut penser et agir autrement, se ressourcer. La gauche a six années devant elle pour ce faire. D’ailleurs la crise actuelle va nous conduire à des changements profonds à tous les niveaux. Agissons et prenons toute notre place dans la construction d’un « Ecosocialisme » qui allie le global et le local. Du pain sur la planche. « Je suis de ceux qui espèrent » disait Hugo.
Hasta la victoria siempre !

Jean-François GILMER, le 17 mars 2020

P.-S.

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