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Louis CLUZEL nous a quittés

Salut camarade

Louis Cluzel, militant "historique" de l’écologie politique, est mort ce samedi 4 juin 2011, il aurait eu 91 ans en octobre.

Pour celles et ceux qui l’ont connu, Louis restera le "fort en gueule", l’humaniste, le militant profondément attaché à la démocratie et convaincu de la pertinence de l’écologie politique (voir ci-dessous : l’essai qu’il écrivit en 1993 "L’écologie politique des Verts" dont l’actualité reste entière 18 ans après).

Louis fut l’un des principaux artisans de la constitution de la liste Albi autrement - Les Verts pour les municipales de 1995. Il représenta l’écologie politique aux cantonales de 1998 (Albi-centre). Il assumait à cette époque la fonction de porte parole des Verts du Tarn.

L’implantation de l’écologie politique dans le Tarn lui doit beaucoup. Nous ne l’oublierons pas.

Jean-Pierre MERLO


Premier essai pour cerner et approfondir notre conception de l’Écologie Politique / Louis Cluzel – automne 1993

L’ÉCOLOGIE POLITIQUE DES VERTS

Nous sommes porteurs d’une pensée nouvelle : l’écologie politique.

Cette pensée ne pouvait pas naître dans le passé. Les conditions historiques et scientifiques n’étaient pas réunies pour son éclosion. L’écologie comme science ne s’est développée qu’à partir de 1930. L’écologie comme pensée politique ne s’est affirmée qu’avec la candidature de René Dumont à la présidence de la République en 1974. La création du parti des Verts date du 29 janvier 1984, tout juste 10 ans.

Pour beaucoup d’entre nous l’adhésion aux Verts est l’aboutissement d’une lutte locale contre une centrale nucléaire, un barrage, une décharge, une pollution locale évidente ; elle peut être la suite du travail dans une O.N.G. Elle vient toujours d’un élan du coeur souvent passionné, bien plus que d’une réflexion théorique. Que répondre à ceux qui pour dénigrer notre pensée prétendent qu’elle n’a aucun fondement rationnel ?

Notre pensée a un fondement scientifique : la science de l’écologie. L’écologie comme science, c’est l’économie domestique de la maison Terre.

C’est une science qui mobilise toutes les recherches de la biologie, de la géographie et de la sociologie. Elle concerne des savants de tout bord (géologues et chimistes, médecins et biologistes entre autres). Synthèse de toutes les sciences de la vie, elle étudie tous les phénomènes qui influencent toute forme de vie partout où elle se trouve : dans les micro-organismes qui peuplent l’humus du sol, dans le plancton de la mer, dans les plantes, les animaux et bien entendu dans le corps humain. Elle s’intéresse par dessus tout aux échanges incessants qui se produisent à la surface de la Terre indispensables à la vie de tous les êtres vivants. Elle étudie donc le LIEN entre la matière, l’énergie et la vie. Elle aboutit à un certain nombre de constatations fondamentales et à une question.

1) La Terre est unique et il n’y a pas de planète de rechange.

2) Toute vie sur Terre, y compris celle des hommes, dépend totalement de l’environnement matériel et vivant et des échanges avec le milieu (eau, air, aliments, etc...).

3) Toute substance nocive que l’activité humaine laisse pénétrer l’air, l’eau, le sol finit par aboutir dans la chaîne alimentaire et dans le corps des hommes où elle menace leur santé.

4) Les hommes ne se préoccupent pas assez des conséquences de leurs actes, à longue échéance. Ainsi l’eau pure, l’air respirable sans danger, autrefois inépuisables, deviennent des biens rares.

5) L’homme va-t-il exploiter la Terre comme si ses ressources étaient inépuisables ?

Que faire ?

- Les savants, les écologues comme ils veulent qu’on les appelle, proclament :"Si les hommes veulent défendre la vie sur la Terre, ils doivent changer de cap". Ils essayent par leurs articles et leurs livres de mobiliser l’intelligence des hommes : « Sauvons la Terre ! », dit un livre récent publié par les Amis de la Terre, Casterman 1991.

- Pour faire face à un problème local, des associations naissent. Ces associations de base absolument indispensables ne suffisent pas à modifier la situation sur le plan global, même lorsqu’elles arrachent une solution locale.

- Seule l’action politique globale peut répercuter cette lutte militante, alliant l’élan du coeur, les ressources de la science et une volonté politique sans faille au service des hommes. C’est là le rôle que nous les Verts nous voulons jouer. Nous sommes loin d’y être arrivés ! Mais notre idéal est ferme.

Les Verts veulent bâtir un humanisme moderne. L’homme est notre valeur première.

- Loin de nous le désir de faire table rase du progrès. Notre époque a toujours à sa disposition plus de savoir, d’informations, de biens d’équipement. Les communications sont instantanées. Machines et robots remplacent les hommes dans les travaux pénibles.

- Malgré ces avancées, l’économie actuelle, obsédée par des bénéfices immédiats, fait progresser du même pas pollution, chômage, misère, exclusion et famine. Or l’intelligence humaine a le pouvoir d’orienter le progrès au service de l’homme ; n’est-ce pas le bon sens, de le faire ?

- Nous sommes assez intelligents pour inventer un système qui ne laisse pas au bord de la route des milliards d’illettrés, de déracinés, d’exclus, de chômeurs et d’affamés ; ne peut-on, à la fois économiser les ressources de la Terre, et donner à chaque être humain, une vie vraiment humaine : travail, nourriture, logement, importance sociale ?

La politique à mener doit unir le sens de l’homme et le sens de la Terre.

Le sens de la Terre :

- utiliser avec discernement les matières premières et les énergies fossiles sans gaspillage ;

- développer des énergies moins dangereuses que le nucléaire, tirées du soleil, du vent, de la chaleur de la terre, du gaz ;

- protéger eau, air, sol de toute pollution, en empêchant les rejets dangereux des industries ;

- réparer les dégâts commis en replantant des forêts, en nettoyant rivières, lacs, océans, en faisant reculer les déserts.

Le sens de l’homme :

- préserver les acquis sociaux et civiques (Sécurité Sociale, Allocations familiales, Congés payés, Retraites). Y ajouter des droits nouveaux : minimum de ressources, éducation permanente ;

- éliminer la spéculation sur les matières premières et la monnaie. Ne peut-on empêcher les spéculateurs de jeter sur le marché mille milliards par jour comme ils l’ont fait pour attaquer la lire et la livre ?

Dans quel cadre voulons-nous travailler ?

Nous sommes attachés à la démocratie. Nos ancêtres ont arraché les enfants de huit ans à l’atelier et à l’usine. Ils ont conquis des droits politiques et sociaux. Ils ont installé une République basée sur le suffrage universel.

Notre génération suivra leur exemple pour approfondir la démocratie.

Il faut en finir avec les représentants élus qui se considèrent comme propriétaires du pouvoir. Il faut obtenir des comptes-rendus de mandats réguliers, un vrai respect des minorités grâce à une proportionnelle véritable (Tout parti qui a recueilli 3 % doit avoir des représentants).

Il faut favoriser une vie civique intense : que les bénévoles qui, sur le terrain, travaillent ensemble à améliorer l’animation des quartiers, la vie sportive, la solidarité entre les générations et les peuples, la vie culturelle, ceux qui militent dans les ONG aient la possibilité de se rencontrer, de reconnaître la convergence de leurs actions. Qu’ils posent aux candidats et aux élus leurs problèmes et leurs besoins. C’est leurs interpellations qui feront progresser la démocratie.

Nous, les Verts nous devons les interroger, les écouter et, avec eux inventer une démocratie, basée sur cette vie à la base. Cela exige une vision nouvelle de l’économie.

- Il faut rendre à l’agriculture une place centrale dans la pensée économique. Nourrir les hommes, leur fournir des éléments de qualité, n’est-ce pas indispensable ? Aussi devons-nous défendre pied à pied le métier de paysan contre l’envahissement des firmes chimiques ou agro-alimentaires. Nous avons à conserver l’extraordinaire diversité des produits du terroir (vins, fromages, fruits, légumes).

- L’industrie ne doit pas avoir le droit de produire n’importe comment en empoisonnant l’air, l’eau et le sol avec des substances dangereuses, en entassant des déchets à profusion. Une politique cohérente des déchets doit définir des règles strictes : supprimer des substances dangereuses, réduire au maximum les déchets, les trier et recycler les matières récupérables, transformer en Humus tous les déchets ménagers.

Bref, il faut inventer une autre manière d’organiser le monde, de répartir le travail et les ressources, de préserver la santé physique et l’équilibre des hommes. Le productivisme à outrance et le laisser faire, confondu avec la liberté, engendrent la misère dans l’abondance, et cela à l’échelle de la planète.

Louis Cluzel - automne 1993

P.-S.

Louis,

Tu es parti au matin même de l’ouverture du premier congrès du nouveau mouvement des écologistes, puissant et unifié.

Comme un ultime clin d’oeil pour conclure ton parcours militant et humain d’une rare cohérence.

Comme si, au bout de mille souffrances, tu avais voulu attendre encore une belle éclosion de cette "pensée nouvelle" qui te doit tant.

Car tu as su porter nos valeurs bien avant que les évidences ne s’installent dans les têtes.

Louis, tu avais une sacrée force de conviction, j’en sais quelque chose. Je me souviens par exemple que c’est toi qui étais "allé me chercher" pour que je revienne défendre nos couleurs sur ma terre natale albigeoise. Tu avais le verbe haut, et personne ne s’hasardait à t’arrêter quand, en réunion, tu voulais faire entendre ta voix forte. Et puis il y avait toujours cette part de malice derrière ta moustache aussi drue que tes convictions, et ta grosse poignée de main aussi franche que les relations que tu as toujours su instaurer.

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris ton départ, toi notre "dernier poilu de l’Écologie" qu’il nous sera impossible d’oublier.

Car ce fut un honneur que de croiser ta route.

Gérard Onesta.