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Libération du 25 juin 2019

Lettre à Thomas Pesquet sur le tourisme spatial et la conquête martienne

par des chercheurs de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse

Il n’y a aucune urgence à quitter la Terre, mais nous devons vite trouver comment y rester dans des conditions de vie décentes pour tous. L’astronaute doit publiquement se prononcer contre l’exploration spatiale, car, comme il l’a déclaré, il n’y a pas de « plan B » face à l’urgence climatique.

Tribune. Cher monsieur Pesquet, la Nasa vient d’annoncer qu’elle ouvrait la station spatiale internationale (ISS) au tourisme, ce qui nous a profondément choqués. L’habitabilité de la Terre est menacée par les excès en tout genre et la déraison énergétique des humains, avec des conséquences majeures déjà visibles et de plus en plus graves. D’ici quelques décennies, alors que des centaines de millions de personnes auront été contraintes à l’exil climatique, que des zones entières seront devenues désertiques, et que les barrières de corail auront fini de disparaître, des ultrariches pourront prendre des navettes spatiales pour aller contempler ce beau spectacle depuis là-haut : « Oh ! ici, une ancienne île presque submergée ! Oh ! de là, on voit super bien la désertification du Pakistan ! » Cela n’est-il pas parfaitement indécent ? Nous sommes donc choqués que la « conquête spatiale » ait décidé de lier son avenir et sa stabilité financière au tourisme spatial, une activité commerciale que nous considérons comme obscène, non seulement à cause des sommes pharaoniques dont il est question (1), mais aussi en raison du risque que son développement pourrait faire peser sur notre écosystème. Nous nous adressons à vous car vous avez déclaré qu’il fallait protéger notre planète et que nous n’avions « pas de plan B », deux points que bien sûr nous partageons (2). N’êtes-vous donc pas aussi choqué par le tourisme spatial ? Accepteriez-vous de dénoncer publiquement cette décision, ce qui, venant de vous, aurait un poids considérable ?

Nous comprenons l’enthousiasme pour l’exploration spatiale, mais l’aberration des moyens envisagés par la Nasa amène forcément à s’interroger sur ses fins. A l’ère du dérèglement climatique et de la catastrophe écologique, la conquête spatiale est-elle vraiment [ ... lire la suite]

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