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Les difficultés du PS à penser la place de la voiture.

Dimanche après-midi la chaîne parlementaire retransmettait les discours des journées d’été du Parti de Gauche, du Parti Communiste et d’Europe Écologie – les Verts, avec dans l’ordre JL Mélenchon, P Laurent et P Durand. Ce qui était frappant dans leurs discours c’est qu’il se constitue, mois après mois, un socle commun de réflexion sur l’impasse de notre modèle de développement actuel, sur l’interconnexion des crises sociales et environnementales, et sur la nécessité d’utiliser les outils de l’écologie politique pour trouver des solutions nouvelles pour sortir des crises. Ces trois formations abordent désormais systématiquement la question de l’énergie et les mots d’économie ou de sobriété ne font plus peur. Le raisonnement s’appuie sur le réchauffement climatique, plus rapide que prévu, et sur la pénurie annoncée des matières premières. Le nucléaire ou les gaz de schistes, dans un tel schéma, n’ont pas de place, dans la mesure où ils nous maintiennent dans la course au toujours plus. Ce dimanche, on voyait se dessiner avec bonheur un chemin politique pour réduire notre dépendance à la consommation d’énergie et pour accroître la production d’énergies renouvelables. Quand soudain, au gré d’un zapping, A Montebourg est apparu à l’écran, avec un discours venant du fin fond du 20ème siècle…

Car dimanche A Montebourg, en plus de sa provocation sur l’avenir de la filière nucléaire, nous a aussi livré sa conception de la place de la voiture. Dans les accents qu’on lui connaît, il a dressé une ode à la voiture, qui selon lui est « bien plus qu’une industrie », « c’est un rêve », « c’est la liberté ». Consternant. Et de nous vanter la voiture électrique qui nous permettra de « faire le plein à 2€ », il le répète, « le plein à 2€ », un rêve d’avenir pour les générations futures sans doute. Comme si ce n’était pas assez pour ruiner des années difficiles de mise en place de transports en commun et d’alternatives à la voiture en France, il ajoute qu’on pourrait imaginer le stationnement gratuit pour les véhicules propres. Quand on sait que la lutte contre l’emprise de la voiture en ville est un combat sans merci, que chaque espace doit se (re)conquérir de haute lutte face à une opinion publique réticente et que ce n’est qu’après avoir mis en place des alternatives (centres-villes piétons, vélo, bus, tram, parking relai …) que les usagers et les commerçants y trouvent leur intérêt, on apprécie le propos de M Montebourg. Il semble ignorer que le stationnement payant est aussi un outil (pas populaire) qui permet de limiter la présence de la voiture en ville. Nul besoin de s’étendre sur la démagogie du plein à 2€, ni sur le fait qu’il justifie ainsi le nucléaire… tant que son coût et son risque restent sous-évalués.

Ce débat sur la place de l’automobile se joue pleinement à Castres avec en particulier l’avenir de la liaison Castres Toulouse. Depuis les élections législatives, la gauche socialiste locale a clairement affirmé son souhait d’abandon du projet d’autoroute concédée. Mais pour faire quoi ensuite ? C’est là que la pensée type Montebourg fait obstacle à des avancées d’avenir, car si la voiture reste associée à la liberté et au rêve, aucun discours ne peut se construire qui remette en cause le besoin même d’autoroute. L’autoroute payante s’appellera 2x2 voies gratuite mais au fond rien n’aura changé. La sortie de l’impasse est toujours possible mais en regardant les choses telles qu’elles sont aujourd’hui et pas telles qu’on voudrait qu’elles soient : l’époque a changé, le trafic routier doit diminuer à cause du réchauffement climatique, une 2x2 voies fait augmenter mécaniquement le trafic routier, les terres agricoles sont menacées, les transports collectifs doivent être améliorés. La fin du projet d’autoroute concédée sera très certainement annoncée. Il ne faudra pas rater l’occasion qui s’offrira à nous d’élargir le débat aux besoins du territoire et non plus seulement à la façon de financer une 2x2 voies. Il ne sera plus temps de jouer sur les mots ou de faire l’exégèse des déclarations du passé. La gauche castraise aura une grande responsabilité, et le devoir de ne pas se tromper d’époque. Dans ce nouveau temps qui s’ouvrira, les écologistes seront bien évidemment présents pour nourrir le débat de leurs propositions.