la tribune libre

Les deux premiers défis du socialisme démocratique

Un, parmi d’autres, nous avait assené, après la chute du mur de Berlin, « la fin de l’histoire » en prétendant le capitalisme comme horizon indépassable de la démocratie libérale. Confirmant ainsi, par son « finisme », le caractère purement dogmatique, et donc autocratique, du capitalisme. Foin des dogmatismes, la démocratie libérale, est d’abord et avant tout l’expérience sans cesse renouvelée de l’espérance d’une société toujours plus juste, toujours plus solidaire, toujours plus libre. Et cette démocratie, parce que libérale politiquement, s’appuie sur la seule volonté générale qu’exprime le suffrage universel. Le libéralisme politique, issu de la Révolution, est l’affaire de tous les démocrates, de tous les républicains. Et le socialisme démocratique puise aussi ses principes de liberté, de justice et de solidarité dans la Révolution et dans la République.

Le socialisme démocratique c’est la conquête des libertés sociales. C’est concilier les libertés individuelles et les solidarités sociales, articuler l’Etat-providence et le marché, combiner le libéralisme politique et l’économie maîtrisée. Le socialisme démocratique c’est aussi et surtout l’invention du possible, de tous les possibles. Le socialisme démocratique se doit de convaincre. Convaincre pour la conquête du pouvoir. Convaincre par l’exercice du pouvoir.

Pour convaincre l’archipel de la gauche se doit de trouver les modalités d’élaboration collective d’une plateforme socialiste commune et d’un projet partagé de perspectives et d’actions politiques. Deux défis prioritaires sont à relever : un dessein socialiste et l’écologisme.

Un dessein socialiste

Une des conséquences majeures de la globalisation économique, par sa complexité, voulue, entretenue, imposée et malgré ses désastreux effets politiques et sociaux – mainmise oligarchique et technocratique sur les lieux de pouvoir, répartition scandaleusement partiale des richesses produites, aggravations des inégalités au plan mondial aussi bien qu’au sein de chaque nation -, est d’avoir réussi à ôter de l’esprit des uns et des autres l’éventualité d’un possible autre monde. Le présentisme post-moderne a figé tous les temps : le politique, le social, le culturel. L’instantanéisme des temps néolibéraux a anéanti le passé et surtout banni l’avenir. « No future ».

Sortir de l’hégémonie intellectuelle et culturelle du libéralisme, se débarrasser de la gangue pessimiste, s’affranchir du scepticisme post-démocratique, se délester d’une mélancolie de gauche sont les prémices obligées pour la réinvention des uns, la refondation des autres, la régénération de certains ou bien encore la reconstruction voire la reviviscence d’un socialisme du XXIième siècle.

L’échec électoral des dernières élections nationales, pour l’ensemble de l’archipel de la gauche, impose à toutes ses composantes un diagnostic sérieux de la nouvelle situation politique qui vient d’ébranler, jusqu’à l’effondrement, la structure partisane de notre système politique. Et au-delà de ces « pourquoi et comment » c’est bien à la refondation d’un corpus idéologique, à l’aune des temps présents, que doivent s’atteler les militantes et les militants de gauche. Sans pour autant renier ni son histoire ni sa mémoire, la mise au clair avec sa propre histoire des quatre dernières décennies devrait permettre à l’ensemble des composantes de la gauche d’élaborer un projet d’avenir, fondement d’une culture commune, s’appuyant sur de nécessaires nouvelles avancées organisationnelles, stratégiques et idéologiques afin de s’inscrire dans une communauté de destin pour un authentique dessein socialiste.

L’écologisme

La refonte idéologique du corpus socialiste ne pourra pas faire l’impasse de l’obligatoire prise en compte des conséquences politiques, sociales, culturelles et même civilisationnelles des temps présents : l’Anthropocène. Changement climatique et bouleversements naturels, effondrement de la biodiversité, pollutions et déprédation de la nature, épuisement des ressources naturelles, dégradation des écosystèmes, exodes massifs de populations, conséquences directes de l’activité humaine, obligent à revoir totalement les concepts de progrès et de développement. S’émanciper de l’économisme du néolibéralisme, repenser l’organisation et les finalités de la société, changer radicalement les comportements individuels et collectifs pour s’engager réellement dans des politiques de coopérations et de régulations dans tous les domaines de la vie aussi bien au plan local, national, européen que mondial. Bref changer d’ère.

L’écologisme n’est pas un supplément d’âme mais bien un paradigme incontournable pour la gauche parce qu’obligatoire pour ce siècle. Sinon … Changer d’ère doit être la détermination fondamentale du socialisme du XXIième siècle. L’écologisme est constitutif de ce néosocialisme.

CAZOTTES Jean-Marc, le vendredi 15 décembre 2017

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P.-S.

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