hebdo de BENOIST

Le train de la gauche va-t-il arriver en gare ?

Comme l’ensemble des Castraises et des Castrais intéressés par le devenir de la gauche sur notre ville, j’ai lu avec une attention particulière l’interview donnée cette semaine par Christophe Testas à "la Dépêche". Comme il l’avait déjà fait au printemps, le vice-président du Conseil Général affirme sa détermination à mener une liste commune à l’ensemble des forces de gauche lors des prochaines municipales. Cette union dès le premier tour constituant à ses yeux une condition incontournable pour envisager la victoire. Il entend construire une liste ouverte à la société civile, qui porterait un programme centré sur « l’ouverture, la proximité, l’équilibre et la créativité-innovation ».

Certains pourraient légitimement s’interroger pour savoir où est le problème – car il y a un problème – tant cette analyse du besoin d’unité de la gauche, ainsi que les thèmes de campagne proposés, sont susceptibles d’être très largement partagés, et d’abord par l’auteur de ces lignes.

Ainsi depuis plus de deux ans, nous avons, modestement, mais espérons-le avec suffisamment de régularité et de fermeté pour être, si ce n’est entendu, du moins écouté, présenté nos analyses et nos propositions, pour construire les conditions d’un possible rassemblement victorieux pour la gauche. On peut ne pas les partager. Je souhaiterai cependant vous les rappeler en quelques mots, pour vous éviter la lecture fastidieuse des quelques éditoriaux que nous avons consacrés à cette question.

Après ses défaites de 2001 et 2008 face à Pascal Bugis, la gauche castraise se devait de mener collectivement une réflexion approfondie, et notamment sur les conséquences de sa division. Cette réflexion devait notamment l’amener à éviter de reproduire l’échec annoncé des « réunions de la dernière chance », organisées quelques semaines avant l’échéance. C’est pourquoi nous avons décidé avec mes camarades écologistes de nous investir pleinement dans le travail commun mené au sein de « Castres 2014 ». Parce que nous pensions et pensons toujours que les différences d’approche, ou encore les oppositions sur certaines dossiers cruciaux pour l’avenir de notre territoire, nécessitent un temps important pour être dépassées. Parce que nous pensions et pensons toujours qu’une liste unique n’a de sens politique qu’à l’appui d’un projet construit et défendu ensemble, avec et pour la population. Parce que nous pensions et pensons toujours que le leader de cette équipe doit tirer toute sa force, toute sa légitimité, et surtout toute sa dynamique de campagne de ce projet commun. En résumé, pour se donner des chances de l’emporter à nouveau, la gauche castraise doit se donner les moyens de réaliser un profond renouvellement. Renouvellement des personnes sans doute, mais d’abord de ses idées, et de ses pratiques.

Ces objectifs ont-ils été atteints ? A l’heure où j’écris, il faut reconnaître que non, ou du moins pas entièrement. L’ensemble des formations de gauche n’a pas souhaité s’inscrire dans ce travail. Avec nos camarades socialistes ou radicaux, nous sommes encore loin d’être arrivés à des positions communes sur l’ensemble des sujets qui seront à n’en pas douter au cœur de la future campagne des municipales. Et puis, je le regrette profondément, mais dans ses déclarations de candidature, Christophe Testas nous montre malheureusement que le renouvellement des pratiques devra encore attendre. Passons rapidement sur la question du cumul des mandats. Chacun connaît les positions écologistes sur ce sujet. Mais, et je le répète, ce n’est pas d’un sauveur, ou encore d’un arbre qui masquerait mal la forêt des feux mal-éteints et des divergences trop fortes, dont la gauche castraise a besoin. En écrivant cela, je n’oublie pas un point incontournable : le moment venu, il nous faudra un leader. Et Christophe ne manque pas de qualités pour être celui-là. Ce n’est pas la question. Car on se tromperait lourdement à croire que la division de 2008 n’était qu’une question de têtes de listes. Ce serait faire peu de cas des hommes et des femmes qui les soutenaient, des projets et des dynamiques qui animaient ces deux équipes, sans oublier les forces et les militants qui avaient fait le choix de ne pas participer à cette élection municipale, du fait de la division… Pour employer une métaphore ferroviaire, si Christophe Testas veut être la locomotive, il serait bon de ne pas oublier l’ensemble des wagons, et surtout de penser à bien les accrocher avant de démarrer le train, s’il veut vraiment qu’on arrive tous ensemble à notre gare de destination.

Ceci posé, faut-il pour autant abandonner ces objectifs ? La réponse est non, bien évidemment. Parce que l’enjeu est trop important, et parce qu’il me semble répondre à l’aspiration de très nombreuses personnes sur notre ville. Pas seulement à Castres d’ailleurs. Je reviendrai dès la semaine prochaine sur l’immense besoin de politique qui touche notre pays, face à la réforme des retraites, la crise syrienne, la réforme des procédures pénales… Non, il ne faut jamais perdre de vue nos objectifs, même les plus ambitieux. Même si le temps passe, vite, très vite. Nous verrons dans les semaines qui viennent si la « fusion des projets » que Christophe Testas appelle de ses vœux s’avère possible. Autrement dit, nous verrons si chacun a su se donner les moyens d’une véritable union. Dans tous les cas de figure, les écologistes prendront leurs responsabilités, afin que l’écologie politique soit pleinement présente sur notre ville lors des prochaines échéances.