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hebdo de BENOIST

Le temps du dialogue

Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à prendre connaissance du commentaire que Bernard Cottaz-Cordier, co-secrétaire départemental du Parti de Gauche, nous a adressé, en réponse à notre dernier éditorial, intitulé « Restaurer l’autorité ». Je le remercie d’avoir ainsi pris le temps d’enrichir un débat très important. Sans surprise, vous verrez que nos points de vue sur les violences qui se sont produites ces derniers temps à Castres sont très proches. Vous lirez que les mesures que nous préconisons sont les mêmes. Bernard pointe cependant ce qui lui apparaît comme une contradiction fondamentale, notamment pour EELV : comment mener ces actions dans le cadre des politiques actuelles d’austérité ? Autrement dit, peut-on soutenir ces politiques alternatives, tout en appartenant à un gouvernement qui nous priverait des moyens de les mener ? Pour répondre, je dirais que le PG comme EELV demandent tous les deux un changement de cap, et d’abord à l’échelle européenne. Pour mémoire, j’étais venu défendre l’opposition d’EELV au TSCG lors du grand meeting unitaire de Castres, en septembre dernier. Ce changement, nous essayons de l’obtenir aussi à l’échelle nationale, de manière différente, en pesant le plus possible sur les socialistes, pour les convaincre qu’une réorientation de la politique du gouvernement est non seulement nécessaire, mais indispensable. Nous concernant, si nos demandes devaient rester lettres mortes, quelle serait alors notre position ? Il y a peu, j’écrivais, en conclusion d’un article qui interrogeait le positionnement politique d’EELV : « Pour l’instant – mais pour combien de temps encore ? – EELV n’a pas vraiment le cul entre deux chaises. Au contraire, notre parti peut et doit encore se penser comme une charnière, comme un pont entre deux rives ». Ma position n’a pas changé en quinze jours, et a peu de chances d’évoluer dans les mois qui viennent. C’est pourquoi je me félicite de la participation d’EELV à des ateliers communs avec le Parti de Gauche, et aux assises organisées par le Parti communiste. Car il nous faut absolument ce changement de cap. Pour l’instant, nous divergeons sur les moyens à mettre en œuvre pour l’obtenir. C’est vrai aussi à l’échelle locale. La différence que j’entrevois avec les camarades du PG sur la ville, tient à notre réponse, pour l’instant opposée, à cette question : le changement de cap de la politique du gouvernement doit-il être un préalable à toute construction d’un projet municipal commun à toute la gauche ? Pour notre part, nous avons fait le choix de répondre non, mais je comprends ceux qui ont choisi d’adopter une autre position. Je n’ignore pas les conséquences dramatiques pour les collectivités locales de la baisse drastique des dotations. Pour autant, cela nous prive-t-il de la possibilité de construire un projet commun ? Serions-nous dans l’incapacité totale d’agir si nous arrivions aux responsabilités, à Castres ? Sans doute pas. Il suffit de voir le coût exorbitant du dispositif de vidéosurveillance pour deviner comment des fonds importants seraient mobilisables pour mener les politiques humanistes et plus efficaces que nous défendons ensemble. Car si l’ « anti-bugisme » ne saurait constituer un programme commun, nous avons tant d’analyses partagées à faire valoir ! D’ailleurs, que ce soit la question de la sécurité qui nous amène à l’exprimer est sans doute tout sauf un hasard.

A ce propos, dans un temps pas si éloigné, est apparu un mot appelé à connaître une certaine postérité, celui d’ « intellectuel ». À l’origine ce cette appellation, on trouve les antidreyfusards, dont Maurice Barrès, qui entendaient dénoncer l’engagement d’écrivains, comme Émile Zola ou Anatole France, dans la défense de Dreyfus. Clemenceau, en publiant dans L’Aurore une protestation des « intellectuels » en faveur du capitaine, enracine l’usage de cette expression. Par une ironie dont l’histoire est coutumière, un terme péjoratif devient donc la marque d’une affirmation positive : vous nous traitez d’ « intellectuels » ? Vous nous reprochez de nous intéresser à des domaines dont ne nous sommes pas spécialistes (ici l’espionnage, ou l’armée) ? Et bien oui, nous le disons avec fierté : nous sommes bien des intellectuels. Je ne sais pas si l’histoire se reproduira avec l’expression « Bisounours », dont l’éditorialiste du Journal d’ici, Monsieur Pierre Archet, a décidé d’affubler les représentants de la gauche castraise. Il faut dire que, suite aux violences qui ont éclaté dans certains quartiers de Castres, nous avons eu l’outrecuidance de dénoncer l’échec de la politique menée par le maire, et de proposer des solutions, à même de résoudre les graves difficultés que connaissent ces quartiers populaires. Sans doute aucun d’entre nous ne se lèvera en disant fièrement : « Oui, je suis un Bisounours ! ». Mais Pierre Archet n’a pas vraiment non plus l’étoffe d’un Maurice Barrès.

Il faut dire, comme l’écrit le journaliste de Slate.fr, Pierre Ancery, que « personne ne veut être pris pour un Bisounours. Comme si, par leur crédulité et leur naïveté supposées, ces derniers incarnaient pour la classe politique une sorte de contre-modèle absolu. Chaque semaine ou presque, nos dirigeants se servent d’eux comme d’un repoussoir pour pointer l’angélisme de leur adversaire, vanter les vertus du pragmatisme ou souligner leur propre pugnacité ». Prenons le temps d’analyser les réactions aux violences urbaines qui ont marqué durant deux semaines notre ville. Et posons-nous la question : où se situent l’angélisme et la naïveté ? Où se trouvent le pragmatisme et l’efficacité ? Autrement dit, qui sont les Bisounours dans cette affaire ?

D’un côté, on trouve un communiqué de presse du groupe municipal d’opposition « Castres à gauche vraiment », et mon éditorial de la semaine dernière. Nos analyses sont très proches. Elles relèvent l’échec avéré de la politique menée par l’équipe municipale actuelle. Pascal Bugis reconnaît d’ailleurs cet échec, quand il affirme avoir déjà fait le maximum en triplant les effectifs de police municipale et en mettant en place la vidéosurveillance. Elles dénoncent la dimension bancale, forcément bancale, du tout sécuritaire, renforcée par la croyance quasi-mystique en la capacité de la technologie – ici, les caméras de vidéosurveillance – à résoudre les problèmes. Enfin, nos analyses se rejoignent pour rappeler que sans une présence humaine renforcée, pour mener un travail de fonds et de longue durée dans ces quartiers, aucun progrès n’est envisageable, chacun devinant même que la situation ne va faire qu’empirer.

De l’autre, on trouve donc le maire de Castres qui affirme, en substance : « ce n’est pas de ma faute ». Droit dans ses bottes comme toujours, il dénonce à tout-va le laxisme généralisé, de la police nationale qui libère dans l’heure les personnes interpelées, de la justice qui ne les enferme pas, de l’éducation nationale qui n’a pas fait son travail, des parents qui n’assument pas leurs responsabilités… Dans cet inventaire à la Prévert, trouve-t-on une part d’autocritique ? Le début du commencement d’une réflexion sur les conséquences négatives de la fermeture de structures comme la régie de quartier d’Aillot ? Pensez-vous ! Son analyse de la situation a le mérite de la clarté : « le temps du dialogue est terminé », comme il l’a dit sur les ondes de 100%.

Je vous invite à prendre le temps de relire cette dernière déclaration, lourde de menaces pour l’avenir des habitants des quartiers concernés, et de notre ville en général. On peut se demander : il a déjà existé, ce temps du dialogue ? Surtout, ce qu’il faut comprendre, c’est que le maire de Castres ne fera aucun effort pour tenter de s’attaquer aux causes profondes de ces violences. Comme un certain Nicolas Sarkozy qui, pendant dix ans, au ministère de l’intérieur puis à la présidence de la République, a tenté de nous faire croire qu’il est plus efficace de traiter les effets du mal que ses causes.

Alors, posons-nous la question une dernière fois. Dans cette affaire, qui sont les Bisounours ? Où est l’efficacité ? Où est le pragmatisme ? Où est la naïveté ? Je vous laisse maître de votre réponse. Le débat est ouvert. Car ce qu’il y a de bien – normalement - avec la gauche, c’est que le temps du dialogue y est toujours ouvert.

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