Edito de STEPHANE

Le temps de l’écologie est-il venu ? Le temps de l’écologie est venu.

Un quotidien fait d’événements climatiques extrêmes et de rapports scientifiques alarmants sur les atteintes à la planète : plus personne ne peut ignorer que la place de l’Humanité sur la planète Terre est en train de changer. C’est sans doute le premier pas pour pouvoir assumer un changement de mode de vie, le pas de la prise de conscience. C’est extrêmement difficile, que l’on soit averti ou non de tous les bouleversements en cours, la remise en cause d’un système de production/consommation en état d’emballement modifie tous nos repères. Entre découragement et mobilisation, entre désespoir larmes et confiance inébranlable en la permanence de cette vie qui passe de génération en génération, l’idée qu’il faut revenir sur Terre, ou à la terre, dans des délais rapides s’impose.

Question pratique, celle du comment ? Faut-il une « transition », celle qui prend le temps de faire adhérer un maximum de citoyens, dans la concertation, c’est une idée que les écologistes ont réussi à imposer dans l’espace des idées communes. Malheureusement, ce gouvernement macroniste tente de la rapter pour nous imposer le temps long, celui de la non-prise de décisions concrètes en nous abreuvant de bonnes paroles. Il parvient ainsi à détourner l’alerte sur « la politique des petits pas » dénoncés par N Hulot au moment de sa démission et à dénigrer un peu plus le bien-fondé de son action. Faut-il envisager une radicalité d’action, qui s’impose par l’urgence de la situation et mener des actions de résistance, non-violentes, ou violentes ? L’Histoire est traversée de ce type de questionnements. Un historien se demandait, dans le cas où nous nous liguerions, nous humains, tous pour mener la « guerre du climat », qui est alors l’ennemi commun, n’est-il pas intérieur ? (1) Cela nous renvoie inévitablement à des questions existentielles et philosophiques, qui sont de bons contrepoints à nos occupations compulsives d’achats et de possessions en tout genre.

J’ai fait le choix de m’inscrire dans la dimension politique du changement : intégrer les institutions pour conduire des politiques écologistes, à ce jour inédites. Je pourrais demain changer de type d’action car le système politique est tellement verrouillé, par les modes de scrutin même et par les « héritiers » inamovibles des pouvoirs, que mon énergie se dissipe, inexorablement et bien inutilement parfois. Ce qui me fait continuer c’est l’idée de ne pas déserter ce champ républicain, de ne pas m’abstenir, d’avoir du courage pour défendre ce que je crois être juste, le besoin de pouvoir encore parler. Mes exemples en politique sont chez les écologistes, avec tous leurs défauts, les miens, ce que je retiens c’est qu’ils et elles ne font pas carrière. Travailler, donner des idées, éviter la posture, ils et elles font pleinement leur « temps » politique, et passent à autre chose. Je suis avec intérêt le parcours de Cécile Duflot, qui a réussi à tenir les exigences de compromis pour participer à un gouvernement avec les socialistes et les exigences écologistes pour mener des combats face aux lobbys (encadrement des loyers par exemple). Elle, et eelv, n’ont pas suivi F Hollande dans l’aventure Valls et n’a pas cherché à toute fin à retrouver un mandat.

Je pense que pour demain, il nous faudra rassembler, c’est une nécessité, pour réussir à investir les exécutifs et engager des politiques écologistes exigeantes. L’autre option se déroule sous nos yeux depuis de nombreuses années, et cela ne constitue en rien un vaccin à la mécanique de l’échec. Des nécessités contraires, celle de la radicalité pour changer le modèle et vite, et celle du compromis pour permettre l’adhésion du plus grand nombre, sont devant nous. Deux millions de personnes ont signé pour attaquer en justice l’Etat pour inaction climatique, c’est le record de France ! Et les Castrais ne seraient toujours pas prêts !? Un projet sérieux écologiste et solidaire est en construction pour notre ville, rendons le désirable !

[1] Jean-Baptiste Fressoz, Historien, chercheur au CNRS
Le Monde 28 août 2019 Les politiques usent et abusent de la métaphore guerrière sur la lutte contre le changement climatique.

Stéphane DELEFORGE, le 1 septembre 2019