hebdo de BENOIST

Le "refus fondateur" du TSCG. Intervention lors du meeting unitaire de Castres, salle Gérard Philipe, 25 septembre

Bonsoir à toutes et à tous,

Tout d’abord, je souhaite remercier les organisateurs de cette soirée de m’avoir convié à prendre la parole au nom d’Europe Ecologie – les Verts, avec un objectif : vous expliquer pourquoi notre parti rejette massivement le TSCG. Je n’oublie pas qu’il y a eu un précédent, puisque des militants des Verts avaient participé, notamment ici, à Castres, à la campagne pour le non au référendum sur le traité de 2005.

D’une certaine manière, les raisons de notre opposition peuvent se résumer à deux formules : ce traité, c’est « trop peu, trop tard ». Ou mieux : ce traité est la dernière illustration d’une manière de construire l’Europe qui est en train de tuer l’idée européenne elle-même. C’est précisément parce que nous sommes européens, parce que nous souhaitons une Europe fédérale, démocratique, sociale et écologique que plus de 70% de nos représentants au Conseil fédéral ont exprimé leur opposition à ce texte ce week-end.

Ce traité, c’est trop peu, en ce sens que ce n’est pas la bonne réponse à la crise que nous traversons. Encore faut-il rappeler qu’il y a crises et crises. J’ai 35 ans, et ça fait 35 ans que j’entends dire que nous sommes « en crise ». Ca commence à faire long, et il va bien falloir, à un moment ou un autre, qu’on change la donne. La crise, celle que nous subissons et qui touche d’abord les plus fragiles d’entre nous, est on le sait à la fois financière, économique, sociale, démocratique. Mais cette crise est aussi écologique, car elle est née d’un système économique devenu incapable de générer de la croissance, notamment parce que les ressources naturelles s’épuisent, qu’elles sont de plus en plus chères et que nos modes de vie produisent des dérèglements climatiques qui ne sont pas près de s’interrompre.

Mais il existe d’autres crises, salutaires celles-là, qu’il faut avoir le courage de provoquer, ou du moins qu’il ne faut pas s’éviter si l’on souhaite sortir par le haut des difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Cette crise salutaire, c’est par exemple celle que le vote des écologistes au conseil fédéral a ouvert pour nous. Crise avec Dany Cohn-Bendit (mais ça, on commence à être habitués), crise avec notre partenaire de la majorité, le parti socialiste. Mais derrière, c’est bien une crise salutaire à l’échelle de l’Europe qu’il faut assumer. Habituellement, on se disait que c’était avec les Anglais qu’il fallait passer par ces crises salutaires pour faire avancer la construction européenne. Désormais, on voit bien que l’Allemagne a remplacé le Royaume-Uni.

Pour les écologistes, le TSCG est non seulement un traité inadapté, mais il est aussi un facteur d’aggravation des troubles qu’il entend régler. Les problèmes qu’il pose ne sont pas essentiellement d’ordre règlementaire ou juridique, mais bien politiques ! Et c’est cela qu’a montré le débat intense qui a traversé EELV avant d’arriver à ce vote dans lequel, vous l’aurez compris, je me reconnais pleinement. Je ne reviens pas sur les « avancées » du « pacte dit de croissance », ou encore de la taxe sur les transactions financières pour en arriver à l’essentiel : contrairement à ce qu’on a pu dire ou écrire, à ce stade, ces avancées n’ont rien d’un progrès significatif vers davantage d’intégration européenne, davantage de solidarité européenne.

C’est ici je crois qu’il faut comprendre le sens du « refus fondateur » exprimé par Eva Joly. Europe Ecologie-les Verts se positionne au regard des questions posées à l’Europe à ce moment de son histoire. C’est parce que nous sommes européens, c’est parce que nous voulons une Europe fédérale que nous disons non aux structures technocratiques et antidémocratiques qu’induisent les mécanismes à l’oeuvre dans le TSCG. C’est un pas important dans l’histoire de notre mouvement, et dans les mois qui viennent, nous comptons participer à la relance de la discussion européenne pour :

- imposer le renforcement de la solidarité européenne
- pour engager la transition écologique de l’économie autour d’un « New Green Deal »
- pour fédéraliser le budget européen sous le contrôle des représentants élus des peuples
- pour démocratiser l’Europe

Cette Europe ne se fera pas en un jour. Les éditorialistes du Monde qui nous traitent de « groupuscule irresponsable », nos partenaires de la majorité qui nous reprochent pour certains – même Laurent Fabius – notre manque de solidarité, doivent l’entendre : nous avons un projet, et c’est bien parce que nous voulons faire vivre ce projet que nous nous opposons à ce traité.

Je vous remercie pour votre attention.