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EcoJOLY / l’économie verte du projet d’Eva JOLY

Le projet économique d’Eva JOLY : la dette (18/23)

Europe Ecologie - Les VERTS développe un projet économique ambitieux, novateur qui débouchera sur une « transition écologique de l’économie ». Ce projet donne des réponses à des problématiques complexes mais dont les contours sont accessibles au plus grand nombre si on ne noie pas le lecteur dans un jargon économique de spécialiste…Je vous propose, en 23 articles thématiques, en 23 semaines (jusqu’aux élections) d’en voir les enjeux et surtout les mesures concrètes.

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Pour chacun d’entre nous, les problématiques liées à la dette nous sont familières, tellement les médias nous en parlent. Je ne vais pas me plaindre car c’est un sujet qui mérite largement la couverture actuelle. Cependant, la dette cache des réalités complexes, que nous sommes incapables de comprendre, tellement les montages financiers sont improbables, compliqués et tordus. Ainsi, la Grèce a caché une partie de la réalité de ses comptes publics, avec la tristement célèbre banque américaine Lehman Brothers, pour entrer dans l’Union Economique et Monétaire (autrement dit pour adopter l’Euro) ; ainsi, les dettes détenues par les banques sont vendues et revendues sur des marchés de plus en plus opaques ; ainsi, la crise financière actuelle est due en partie à ses fonds (hedge founds) dont personne ne sait plus à qui ils appartiennent et à quel taux…

La dette d’un Etat fonctionne de la même manière que pour un ménage. Lorsque vous dépensez plus que vos rentrées d’argent, vous avez 4 possibilités :
- vous réduisez vos dépenses en rognant sur certains postes, en général sur le superflu, les loisirs
- vous augmentez vos rentrées, en faisant des heures sup, en prenant un petit boulot à côté, en ayant une promotion et/ou une augmentation de salaire
- quelqu’un vous donne de l’argent, mais c’est assez rare…
- vous empruntez à la banque et/ou auprès de votre assurance

Coluche disait il y a 30 ans que « quand tu fais un prêt, moins tu peux payer…plus tu paies ! ». Cette logique bancaire est encore d’actualité car les prêteurs prennent un risque en prêtant de l’argent (non pas de perdre l’argent qu’ils on prêtés car c’est de l’argent crée de toute pièce électroniquement, mais de perdre les intérêts prévus dans le contrat). En fait plus vous êtes solvables (c’est à dire, vous pouvez rembourser) moins le prêteur prends de risque, plus il peut baisser le taux d’intérêt…d’où la blague de Coluche.

Pour un Etat, c’est un peu plus complexe dans la mesure où un acteur intervient en plus : ces sont les agences de notation, dont l’activité consiste à évaluer la capacité de remboursement du pays demandeur. De ce fait, un pays déjà fortement endetté emprunte-t-il à un taux supérieur, un pays en déficit également pour les mêmes raisons. Les taux d’intérêt pouvant devenir dissuasifs en théorie, mais un Etat doit trouver de l’argent pour fonctionner (payer ses dépenses courantes, ses fonctionnaires, ses retraités, les intérêts de la dette, …).

La France a vu son triple A menacé par une agence de notation et enlevé par une autre ; quelles conséquences ? Un échec pour N. Sarkozy mais rien au niveau des taux d’intérêts car les taux bougent et anticipent les variations des notes.

Emmanuel TODD invite les dirigeants européens à se réunir et déclarer ensemble : « stop ! nous n’avons plus rien à faire des notes des agences de notations ! ».Pourquoi pas. Nous, écologistes proposons une vision un peu différente sur la forme, mais proche sur le fonds.

Pour nous, la dette est aussi un transfert de la consommation privée des uns vers les déficits public de tous, c’est-à-dire des plus pauvres vers les plus riches. Imposer une diminution brutale et simultanée de leurs déficits à tous les Etats par l’austérité et la réduction de leurs dépenses vitales n’est pas la bonne politique.

Nous ne pensons pas possible ni souhaitable une réduction des déficits à 3% du PIB dès 2013. D’autant que les incertitudes sur l’état de l’économie et de la finance mondiale rendent aléatoires tout objectif chiffré de réduction.

Pour cela les écologistes proposent :
- un audit de la dette publique française pour évaluer précisément la part qui relève des manques à gagner liés aux cadeaux fiscaux aux plus riches et des dépenses inutiles dans lesquels il sera possible et juste de tailler
- un examen particulier de la « dette de crise » qui sera isolée pour faire l’objet d’un traitement isolé : rachat d’une partie des obligations (nom donné au contrat de l’emprunt, échangeable sur le marché du même nom)par le Banque Centrale Européenne (BCE) ; remboursement prioritaire par le secteur financier (en partie responsable de cette crise économique et financière et des dettes publiques qui en écoulent) par une taxe spécifique
- un échange, pour empêcher les taux d’intérêt d’augmenter, d’une partie de la dette contre de la dette émise par l’Europe
- le relèvement du taux cible d’inflation de la BCE :le cahier des charges de la BCE lui donne 2 objectifs :garantir la stabilité de l’Euro (indépendamment des politiques économiques des Etats, la BCE est en effet indépendante) et lutter contre l’inflation (qui ferait baisser la valeur de la monnaie puisqu’il faudrait plus de monnaie pour acheter la même chose) ; le niveau est fixé depuis Maastricht à 3% par an. Nous proposons de relever ce taux d’inflation possible légèrement, pour rendre les remboursements plus supportables.
- réaliser 30 milliards de recettes supplémentaires pour réduire la dette (recettes +47.9 milliards, dépenses+17.9milliards)

P.-S.

Il est temps de bâtir un nouveau modèle pour une économie décarbonée, dénucléarisée, efficace en ressources, relocalisée, définanciarisée, qui met la réduction des inégalités et l’emploi au cœur du projet. La semaine prochaine : Le tourisme éthique et solidaire