EcoJOLY

EcoJOLY / l’économie verte du projet d’Eva JOLY

Le projet économique d’Eva JOLY : libérer l’économie de la finance (10/23)

Europe Ecologie - Les VERTS développe un projet économique ambitieux, novateur qui débouchera sur une « transition écologique de l’économie ». Ce projet donne des réponses à des problématiques complexes mais dont les contours sont accessibles au plus grand nombre si on ne noie pas le lecteur dans un jargon économique de spécialiste…Je vous propose, en 23 articles thématiques, en 23 semaines (jusqu’aux élections) d’en voir les enjeux et surtout les mesures concrètes.

Tous les articles de la rubrique de Benoit THOMASSON ICI


Depuis le début des années 1980, les gouvernements de droite et de gauche ont dérégulé la finance : il s’agissait de libérer (dans le sens de plus de concurrence) la finance c’est-à-dire l’accès au marché financier (la bourse) et multiplier les produits financiers disponibles (pour encourager les épargnants à placer leur argent in fine en bourse). On parle depuis de financiarisation de l’économie : elle est devenue insupportable avec comme symbole les agences de notations ; elles sont payées par les Etats pour évaluer leur capacité à honorer le remboursement des dettes contractées ; certes, mais elles ont pris le pouvoir sur les décisions des gouvernements en mettant des notes au gré des humeurs du marché. Le marché est, vous le remarquez, perçu comme une entité ; on parle des marchés comme si on oubliait que l’on a les marchés que l’on mérite.

Nous devons donc appliquer de nouvelles règles et contraintes à la finance : c’est urgent, et c’est une de nos priorités. La finance regroupe les activités bancaires, de la bourse et représente les échanges de monnaie entre les différents acteurs de l’économie. Elle est très utile à l’économie réelle (celle qui est visible, palpable en terme d’activité et d’emplois) mais est nuisible et prédatrice quand elle met l’économie réelle à son service (par la spéculation, l’absence de morale et d’éthique).

La taxation des transactions financières (2 000 milliards de dollars par jour dans le monde environ) est depuis longtemps dans notre programme mais nous devons balayer devant notre propre porte. Par exemple, la rentabilité des 2 principales banques françaises sur leurs activités de marché (bourse et placements spéculatifs) a atteint 50% en 2009 et 2010 : leurs résultats sont complètement déconnectés de la réalité de l’économie en crise. Limiter l’ampleur de ces profits est une nécessité.

Pour changer radicalement les règles de fonctionnement des banques et des marchés financiers, nos principaux objectifs de réforme sont les suivants :

- réduire la taille des banques et séparer les activités de « banques d’affaires » (qui place votre épargne à ses propres fins) et de banques de dépôts (l’ensemble de votre épargne sur les comptes, livrets…) pour limiter la spéculation et …le sauvetage des banques par l’argent des contribuables lorsqu’elles sont en difficultés
- conditionner l’aide de la Banque Centrale : celle-ci aide au financement des banques mais nous voulons la conditionner à la non présence dans les paradis fiscaux, au respect des règles sur les bonus (primes pour les salariés méritants, c’est-à-dire ayant rapporté le plus d’argent à la banque quelque soient les placements choisis)
- interdire les versements de bonus et de dividendes (revenu versé aux actionnaires à la fin de l’année, en fonction des bénéfices) pour les banques sous capitalisées, c’est-à-dire ne disposant pas assez d’argent dans leurs caisses en réserve (appelés les fonds propres, ils sont gardé et donc pas sur le marché spéculatif)
- simplifier et superviser mieux la finance : trop de produits financiers complexes sont à l’origine de la crise financière actuelle ; il convient d’interdire certains de ces produits qui sont devenus incontrôlables (les crédits sont revendus à souhait et finissent par ne plus être identifiés même par les banques : les subprimes ou prêts toxiques par exemple).
- mettre fin à la fuite en avant des transactions ultra courtermistes en instaurant un temps minimum pour chaque transaction (pour limiter et éviter la spéculation) : une taxe sur les transaction sera l’outil privilégié
- lutter contre les paradis fiscaux par l’adoption en France de l’équivalent de la loi FACTA votée aux Etats-Unis en 2010 obligeant toutes les institutions financières (banques, assurances) qui ouvrent un compte à un citoyen français ou à une entreprise à capitaux majoritairement français de le déclarer au fisc
- développer un pôle bancaire public lié a minima à la Banque postale et un pôle financier public lié à la Caisse des dépôts (groupe public, investisseur de long terme au service de l’intérêt général et du développement économique du pays) : toute aide publique aux banques privées sera accompagnée d’une participation au capital et à la gestion des banques (prise de contrôle de l’Etat d’une majorité du capital)
- inciter l’Europe à créer des agences de notations publiques (en non pas privées et anglosaxones)
- développer l’investissement socialement responsable (article de la semaine prochaine)

P.-S.

Il est temps de bâtir un nouveau modèle pour une économie décarbonée, dénucléarisée, efficace en ressources, relocalisée, définanciarisée, qui met la réduction des inégalités et l’emploi au cœur du projet.

La semaine prochaine : développer l’Investissement Socialement Responsable (ISR)