Agglo CASTRES-MAZAMET

Communauté d’agglomération CASTRES-MAZAMET

Le pas de géant qu’il reste à franchir

Mesures en faveur de l’environnement : le pas de géant qu’il reste à franchir

Cela aurait pu être un vrai plaisir pour un écologiste que de lire ce mois-ci Pôle Sud, le magazine de l’agglomération Castres-Mazamet, car le développement durable y est à l’honneur. Une petite fille et de l’herbe bien verte sur la photo en couverture nous laisse entendre que le plan climat qui est lancé est un réel pas en avant. La communication est soignée, c’est indéniable. On nous raconte l’histoire d’une agglomération dynamique dans la lutte contre le réchauffement climatique et résolument tournée vers l’avenir. Qu’en est-il de la réalité quotidienne vécue par les habitants de Castres ? Profitons de cet « événement » pour faire un petit bilan des actions menées en ce sens par l’équipe municipale de notre ville qui, rappelons-le, est aux commandes depuis maintenant 10 ans.

Les grandes lignes du plan climat à Castres

Dès l’édito de M Bugis, qui cumule la fonction de maire de Castres et de Président de la com d’agglo, l’enthousiasme et la dynamique que pouvait inspirer la couverture sont bien vite retombés. M Bugis n’y mentionne tout simplement pas le plan climat. Et pourtant, il parle d’entreprises, d’outil industriel, de création d’emplois, d’activité mais sans le relier au plan climat qu’il vient de lancer. Un tel cloisonnement dans les idées ne présage rien de bon quant à la réussite du tout jeune plan climat et on voit bien que M Bugis suit un schéma traditionnel de l’économie et du développement, un schéma qui est aujourd’hui totalement dépassé. Un plan climat qui n’intègre pas l’environnement au cœur même de l’économie est voué à l’échec, car les citoyens ne pourront pas s’en emparer, se l’approprier, les entreprises ne pourront pas articuler leurs actions autour de ces nouvelles règles, et au final ce plan sera uniquement vécu comme une contrainte de plus, sans en percevoir les bénéfices. MM Sarkozy et Borloo, avec leur Grenelle de l’environnement n’ont rien fait d’autre : des paroles qui soulève l’enthousiasme car tout le monde a conscience aujourd’hui de l’urgence d’agir mais concrètement nos vies quotidiennes ne changent pas, ou si peu. La communication se suffit à elle-même, et aucune remise en cause des intérêts privés qui dégradent la planète n’est envisagée. C’est pourtant là qu’est le cœur de l’action : un plan climat implique automatiquement une remise en question du modèle libéral pour être efficace, et ça pour le maire de Castres, ce sera forcément très difficile.

Un bilan déjà bien fourni

Cet intertitre, en forme d’autosatisfaction, qui qualifie l’action de la communauté d’agglomération en matière de développement durable dans le magazine Pôle Sud s’applique-t-il à la ville de Castres ? Au-delà du sourire qu’il inspire, la réponse est évidemment non. La ville n’est plus en pointe comme elle a pu l’être avec le chauffage solaire de l’Archipel il y a déjà 10 ans et elle accumule désormais les retards. Notre ville, qui a un réel potentiel peut-elle continuer à ignorer ainsi les enjeux de son époque ? Regardons dans le détail.

Aujourd’hui les transports

En bus ?

La question des transports est aujourd’hui cruciale dans une ville. Les déplacements représentant 30% des émissions de gaz à effet de serre, la marge d’action est énorme. La ville de Castres a pris une mesure, une seule depuis 2008 : la gratuité des transports en bus. Malheureusement, cette mesure n’a aucun impact sur la circulation car aucune réflexion sur la façon dont les Castrais se déplacent en ville n’a été menée, aucun nouveau plan de circulation n’a été envisagé. Alors qu’un service nouveau leur est offert (le bus), il faudrait prendre des mesures de restriction de la circulation automobile pour que les Castrais trouvent un intérêt à circuler en bus plutôt qu’en voiture. Ce qu’on perd d’un côté avec la voiture, on le retrouve d’un autre avec un service collectif efficace qui rend la ville plus agréable. Agir sur le bus obligeait aussi à poser la question de la multimodalité. On peut constater que les horaires des bus désormais gratuits n’ont pas été synchronisés avec les horaires des trains. C’est regrettable car c’est essentiel pour désengorger la circulation automobile autour de la gare et limiter l’usage du parking. Le problème du bus le dimanche est aussi posé. Pour se rendre à Toulouse, de nombreux jeunes prennent le train car ils n’ont pas de voiture. Comment se rendent-ils à la gare ce jour-là ? Les étudiants qui arrivent en train à Castres le dimanche soir n’ont aucun moyen de se rendre sur le pôle universitaire. On nous reprochera de vouloir faire circuler des bus pour peu de personnes. Faisons preuve d’imagination. Le transport à la demande (TAD) se généralise en milieu rural. Ne pourrait-on pas mettre en place un TAD du dimanche, pour se rendre au marché de l’Albinque, à la gare, à Gourjade ? A-t-on seulement évalué le besoin ? Rappelons que la ligne Tarn Bus Castres Albi a fait beaucoup de sceptiques à son lancement. C’est aujourd’hui un succès. Des aires de covoiturage sont aménagées partout dans le département, sauf à Castres. Comment l’expliquer ? On voit à cette occasion que seul un renforcement des services publics est à même de permettre des changements collectifs profonds.

A vélo ?

Un autre levier d’action sur la circulation est la promotion du déplacement à vélo. A Castres rien ne favorise la pratique du vélo et le boulevard qui ceinture l’Écusson en est le symbole : de nombreuses personnes renoncent au vélo à cause de la dangerosité de ce boulevard. Il faudra bien un jour en tenir compte et agir. Le problème c’est que cette question n’a jamais été débattue de façon globale au Conseil Municipal. Il n’y a pas d’adjoint élu en charge des questions de déplacement, et la conseillère municipale déléguée à la circulation, Mme Dauzats, ne s’est jamais exprimée sur ce sujet. Sur quel dossier travaille-t-elle en ce moment ? Ce dossier est-il en lien avec Mme De Villeneuve, qui est elle déléguée au développement durable ? Les quelques pistes cyclables créées sont régulièrement mises en avant : rappelons l’obligation légale de créer un espace pour les vélos lors de toute rénovation de chaussée, et rappelons aussi qu’elles sont totalement insuffisantes. D’autres moyens existent et sont nécessaires (zones 30, sens interdits autorisés aux cyclistes) mais la mairie n’agit pas en ce sens. Il est vrai que ce serait une révolution, comme à Albi où de nombreuses rues en sens interdit autorisent sont autorisées aux cyclistes. Certains élus de la majorité de droite commencent à grincer des dents mais leur élu en charge des transports doux maitrise parfaitement son sujet : c’est un militant de longue date de la cause du vélo, d’où la différence avec Castres.

A pied ?

Enfin la marche à pied est aussi un excellent moyen de transport en alternative à la voiture. Là non plus, aucune avancée en terme de qualité d’aménagement à destination des piétons. Le samedi par exemple, le marché pourrait être totalement piétonnier, on pourrait augmenter la fréquence de la navette gratuite, mais on préfère garder des voitures qui bouchonnent, polluent, car non au final on ne touche pas à la voiture à Castres. Une personne est morte en 2010 boulevard Clémenceau renversée par un camion. Elle n’était pas sur un passage piéton, mais à cet endroit tous les piétons traversent comme ils peuvent. Depuis aucune adaptation n’a été faite sur ce boulevard. Les piétons sont de loin les plus nombreux mais traités comme quantité négligeable. C’est désespérant.

Non ! En voiture Simone !

Rien d’étonnant alors de subir un lobbying acharné en faveur de l’autoroute. Toujours le même vieux modèle. Alors Castres ville pilote du développement durable avec l’autoroute ? Un jour peut-être un maire de Castres déclarera dans la presse qu’il y a une injustice flagrante pour notre ville en Midi-Pyrénées, un enclavement qui ne peut plus durer, celui qui est la conséquence de la pauvreté de l’offre du service de train, et qui nous oblige à utiliser nos voitures. La Région met en place des mesures très volontaristes pour le train et à Castres nous n’en profitons que très peu. Il est pourtant là l’avenir. Quand on pense qu’à une époque la ligne de train rejoignait Bézier ! Aujourd’hui, le train est en cul de sac à Mazamet, avec comme perspective de créer une autoroute en cul de sac à Mazamet ! Rappelons que l’autoroute telle qu’elle est prévue augmente la production des gaz à effet de serre de 30% ce qui augure mal pour le plan climat qui vient d’être lancé. C’est difficile d’être cohérent en matière d’écologie et de développement durable quand l’envie de changer réellement de modèle n’est pas là.

P.-S.

A venir

Le logement, la production d’énergie, l’éclairage public, le commerce, l’agriculture, l’Agenda 21, le marché de Noël, les espaces verts …