hebdo de BENOIST

Le coût de l’ « unanimité »

Difficile, voir tout simplement impossible, de ne pas évoquer cette semaine la réunion qui s’est tenue lundi dernier à Castres sur le devenir de l’autoroute concédée. Les médias locaux ont largement repris le communiqué signé par l’ensemble des participants, en le résumant à une idée forte : « l’unité retrouvée autour de ce projet ». Cette unité, certains avaient tellement craint de l’avoir perdue dans les méandres des batailles électorales qu’ils n’étaient pas peu fiers de l’exhiber devant l’objectif des photographes. Le problème, c’est que la liste des absents à cette réunion est longue comme le bras : aucun opposant n’était bien sûr convié. Les écologistes, le Front de gauche, les Alternatifs, la CGT, le collectif RN126, ni aucune des associations qui militent contre la réalisation de cette autoroute privée n’étaient là. Pas plus d’ailleurs que le président du Conseil Général du Tarn, le président du Conseil Régional de Midi-Pyrénées ou encore, excusez du peu, le ministre des Anciens combattants et député de la Haute-Garonne Kader Arif, sans oublier la députée de la troisième circonscription Linda Gourjade qui, tous, sous une forme ou une autre, ont exprimé publiquement, soit leur opposition franche et nette à cette autoroute, soit leurs profondes réserves devant cette réalisation. A ce niveau, ce n’est plus de l’unanimité, c’est au mieux de l’unanimisme.

Il n’est pas question pour moi de chercher ici à expliquer pourquoi autant d’élus socialistes se retrouvent sur la photo. Je ne souhaite pas tenter de comprendre la raison pour laquelle une députée socialiste nouvellement élue dans la ligne de François Hollande se retrouve ainsi isolée de son propre parti. Je ne veux pas chercher à savoir si Messieurs Malvy et Carcenac se sont enthousiasmés devant la perspective d’être représentés à cette réunion par un conseiller régional et un conseiller général, qui ne sont manifestement pas sur la même longueur d’ondes qu’eux. Il ne m’appartient pas, enfin, de tenter d’expliquer pourquoi les élus du nord du département sont venus dans le sud du Tarn lundi dernier. Certains le feront peut-être, avec le style qu’on leur connait, mais pour moi et mes camarades d’Europe Ecologie les Verts à Castres, je dois vous avouer que l’histoire proche et lointaine du PS tarnais, ainsi que les calculs politiques et bisbilles internes de ce parti, sont absolument le cadet de nos soucis. Sauf quand ces calculs et ces bisbilles nuisent à ce que nous nous efforçons de construire sur le sud du Tarn, ce qui est malheureusement trop souvent le cas.

Comment des gens qui ont fait campagne au printemps contre le projet ont-ils pu signer un texte publié qui affirme : « D’une seule et même voix, après avoir rappelé l’engagement par l’Etat de la procédure de la mise en concession de l’itinéraire (les signataires) expriment leur détermination à voir aboutir le processus engagé » ? Il faut rappeler que les membres de la section socialiste de Castres ont voté en janvier un texte qui disait, je cite : « Le Parti Socialiste à Castres, par ses élus et ses militants, a depuis toujours défendu le projet public gratuit de 2x2 voies avec déviations, aménagement et modernisation de la RN 126 (…) notre position est la seule qui soit juste, soutenable, économiquement possible et réalisable tout de suite ». Qu’on puisse écrire, comme on l’a lu cette semaine sous la plume de militants socialistes, qu’il n’existe aucune contradiction entre ce texte de janvier et le communiqué de lundi n’appelle qu’un commentaire : c’est édifiant.

A moins qu’il faille comprendre que la position des socialistes, et notamment des socialistes castrais, serait de dire que, malgré les apparences, c’est justement parce qu’ils sont opposés à l’autoroute concédée qu’ils signent des communiqués communs avec ses plus grands défenseurs. C’est parce qu’ils souhaitent faire tomber le projet, parce qu’ils savent qu’il est injuste socialement (ils l’ont écrit) inutile économiquement et désastreux pour l’environnement (ça, c’est moi qui le rajoute), qu’il faut laisser aller la procédure d’enquête publique jusqu’à son terme pour que le projet tombe de lui-même… il n’est qu’une seule image qui me vienne en tête pour mieux vous faire comprendre cette stratégie stratosphérique. C’est comme de dire qu’on veut remporter la mairie de Castres lors des prochaines élections municipales, mais qu’on explique que la meilleure façon de battre le maire actuel, c’est de soutenir sa politique, ses projets, d’aller poser en photo avec lui et de signer ses communiqués… Vous me direz, c’est précisément ce que de trop nombreux élus socialistes sont allés faire lundi dernier. La mal est fait, et il est profond.

Je peux comprendre que des militants ou des élus de gauche soient favorables à une autoroute gratuite. Je peux comprendre que toutes et tous ne soient pas sur les positions écologistes de l’aménagement de la RN126. Nous avons eu à ce sujet, et nous aurons encore, à n’en pas douter, de nombreux et vifs débats. Par contre, je ne peux pas comprendre comment des gens de gauche peuvent défendre un tel projet concédé. Et surtout, je ne peux pas accepter que des gens qui ont commencé à œuvrer à la construction de l’unité de la gauche sur Castres envoient de tels messages à celles et ceux avec qui ils travaillent. Il est temps pour chacun de comprendre que le coup politique de l’ « unité » autour du projet d’autoroute concédée a aussi un coût. Et celui-ci est simple à évaluer : il s’appelle l’isolement.