le blog-notes

Communauté de communes SOR AGOUT / Un chemin, une école

Le chemin des oiseaux – Lo camin dels aucèls

Projet éducatif de la section bilinguisme français-occitan de l’école publique primaire Louis DAVID / CASTRES

Depuis le jeudi 23 juin 2011, la ville de Castres est plus riche d’un projet éducatif d’une très grande qualité, aboutissement de 2 ans de travail et d’implications multiples de mondes qui souvent cherchent à travailler ensemble mais n’y parviennent pas toujours, et pas aussi brillamment que pour ce « Chemin des oiseaux ». Les sourires des enfants et ceux de leurs parents, les mines réjouies de tous les représentants associatifs et politiques, la grande décontraction et la convivialité qui se dégageaient lors de l’inauguration, peuvent témoigner que les adjectifs utilisés pour qualifier ce projet n’usurpent en rien leur caractère élogieux. Monsieur le sous-préfet en personne a fait le déplacement, bel hommage pour tous ceux qui ont cru en ce projet.

Le projet

Ce « chemin des oiseaux » est un chemin de randonnée situé sur la base de loisirs « les Étangs », qui s’intègre dans le projet « Un chemin, une école » et qui a conduit les enfants à créer un nouveau chemin de randonnée en le balisant, en le cartographiant et en créant une plaquette descriptive de la faune et de la flore locale. On voit immédiatement le potentiel pédagogique qui se dégage d’une telle démarche, et on voit aussi dans le même temps tout le travail qu’il a fallu accomplir pour adapter les contraintes d’enseignement habituelles à une situation où tout est à créer. Mission oh combien accomplie !

Commençons par le choix de l’école publique élémentaire Louis David, située au cœur du quartier de Lameilhé. Les enfants de cette école n’ont pas les facilités d’autres enfants car les difficultés sociales qu’ils rencontrent sont grandes. Pendant deux ans, ils ont pu véritablement construire un chemin, en dehors de leur lieu de vie habituel, en dehors de leur quartier, une façon pour eux de rencontrer le monde et surtout de construire le monde. Les barrières physiques qui ceinturent certains quartiers de la ville de Castres, sans parfois même qu’on s’en rende compte, ont été franchies, et une fois la barrière franchie de nouvelles perspectives s’ouvrent. Ces enfants en plus des souvenirs de ce beau projet mené avec leurs copains de classe, ont aussi inscrit désormais dans l’esprit qu’on peut atteindre de nouveaux espaces, sur les chemins, mais aussi dans les têtes. Y repenseront-ils en français ou en occitan, ces jeunes qui pratiquent le bilinguisme au quotidien ? Car c’est une autre entrée de ce projet que de mélanger les territoires et les langues. Les enfants, lors de leurs sorties aux Étangs, ont épaté les accompagnateurs qui les entendaient parler entre eux en occitan. La langue occitane a pu donc prendre corps dans un contexte original, et le projet mené par les enseignants s’est enrichi d’une strate culturelle essentielle.

Chaque acteur tient, sur le chemin des oiseaux, un rôle essentiel, la partie balisage et cartographie est de ceux-là. Les animateurs du club de randonnée de la MJC de Lameilhé ont apporté leur grande expérience de la pratique et de l’encadrement de la randonnée, ainsi que leur passion de la transmission des savoirs. Ce sont des instituteurs à la retraite qui reviennent auprès des enfants avec une joie bien visible. Dans la case qui concerne l’objectif « mixité générationnelle », cocher donc « réussi » ! Précisons (est-ce utile ?), le caractère bénévole de leur intervention, ainsi que l’évidence de la présence de la MJC de Lameilhé, elle qui fait vivre ce genre de projets dans le quartier avec ses habitants depuis 30 ans.

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, ce projet a étendu sa vocation éducative jusqu’à la question de l’accès aux personnes à mobilité réduite. L’observatoire des oiseaux, qui se trouve sur le chemin, est accessible et utilisable pour les personnes en fauteuil. Pour ces enfants, l’approche du handicap a changé, ils ont pu voir que tout le monde n’a pas deux jambes bien fiables et que notre devoir est de permettre à tous d’accéder tous les jours, à tous les lieux, sans céder à la discrimination qui s’impose de fait lorsque des aménagements spécifiques ne sont pas mis en place. C’est encore une nouvelle barrière qui tombe. Notons en passant que ces aménagements dits « spécifiques » sont utilisés finalement par tous car ils sont au quotidien tout simplement « confortables ».

Ce projet recouvre encore un autre aspect, la découverte de l’environnement. La diversité de la faune et de la flore a été étudiée par les élèves. Avec le concours de membres de la Ligue Protectrice des Oiseaux (LPO), ils ont pu observer les oiseaux et bénéficier des connaissances de ces spécialistes et passionnés de la nature. Nos petits « urbains », ces futurs citoyens, ont mis des mots particuliers sur un monde qui semble flou vu de loin, la nature, les oiseaux, les arbres, les fleurs, monde qu’il faut en plus préserver car cette nature est menacée. Le grèbe huppé est passé dans leur vocabulaire, ainsi que le chardon marie ou le chêne pédonculé. S’ils parviennent à faire le lien entre la nécessité des gestes quotidiens d’économie d’eau, de déplacements, d’électricité, et la richesse de cette nature fragile, nous pouvons être certains que le concept d’éco-citoyen ne sera pas pour eux galvaudé.

Satisfecit général et un bémol.

Toutes les personnes qui ont pris part au projet ont tenu à dire un mot sur le plaisir qu’ils ont ressenti à participer à cette aventure. Le président de la communauté de communes Sor sur Agout, Sylvain Fernandez, s’est dit ravi d’accueillir cette initiative et disponible pour toute nouvelle idée de ce type. Le président du Comité Départemental de la Randonnée Pédestre du Tarn, Robert Azaïs, avec beaucoup d’émotion, a dit son plaisir de voir la randonnée pratiquée par des enfants, ce qui change de l’image de loisir réservé à des personnes plus âgées. Les conseillers généraux, Christophe Testas et Louis Cazals, ont insisté sur leur soutien sans faille pour le projet : ils y ont cru dès le début. Sans l’apport financier du Conseil Général du Tarn, rien n’aurait été possible. Le sous-préfet très heureux d’être présent, a insisté sur la qualité du travail de l’école publique, et Thierry Martin, Inspecteur de l’Éducation Nationale, a félicité les enseignants. Mme Galissard, conseillère municipale adjointe à l’éducation de la ville de Castres, ….. n’a rien dit. Elle n’a pas pris la parole. Un peu isolée dans l’assistance, son silence attirait paradoxalement l’attention, il posait question. Un regard sur la plaquette du « chemin des oiseaux » nous renseigne : le logo de la ville de Castres n’apparaît pas dans la liste des partenaires. La ville de Castres n’a donc pas participé, financièrement ou par une aide logistique, à ce beau projet. Que dire alors dans un tel contexte ?

De la biodiversité et une inquiétude.

On a tendance à l’oublier quand on vit à Castres, mais le projet autoroutier qui est sensé apporter à notre ville un avenir radieux, aura beaucoup plus concrètement et beaucoup plus surement, un impact désastreux sur les territoires traversés. La base des Étangs en fait partie, et donc le chemin des oiseaux, malheureusement aussi. Le fuseau retenu, prélude au tracé de l’autoroute, est arrêté et consultable en ligne (http://cartelie.application.developpement-durable.gouv.fr/cartelie/voir.do?carte=LACT2011_V1&service=DREAL_Midi_Pyr).

Sans alarmisme excessif, on voit clairement sur la carte, qu’au mieux les enfants et leurs parents chemineront en compagnie du bruit et de la pollution des voitures avec une vue imprenable sur « l’éco-autoroute », et qu’au pire, l’étang des mouettes sera amputé d’une partie et le chemin des oiseaux sans doute adapté, comme on adapte des passages pour les biches ou les crapauds. Soyons rassurés : tout est prévu par la DREAL(1) pour respecter la faune la flore et les personnes qui habitent à cet endroit. Pourtant, face à ce désastre annoncé, aucune inquiétude dans le regard de nos décideurs. Mais peut-être que du côté conseil général du Tarn, de qui on attend un financement, on sait des choses sur l’issue du projet autoroutier, choses qui poussent à la sérénité... Une soirée bien riche au final, où il y avait autant à apprendre des discours, que des silences.

(1) Direction Régional de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement.