hebdo de BENOIST

La voie de l’alternative

« Ce qui compte, c’est pas l’issue, mais c’est le combat ». Que nous dit le chanteur Mano Solo, sinon qu’il ne faut jamais céder sur ce qui nous apparaît comme essentiel ? Bien sûr, en politique, il faut savoir, dans l’intérêt général, faire des compromis. C’est notamment le cas lorsque l’on s’engage dans une démarche unitaire, avec l’objectif clairement affiché de réaliser l’union de toutes nos forces dès le premier tour des prochaines élections municipales à Castres. Mais un compromis ne peut remettre totalement en cause les valeurs qui fondent un engagement. Un compromis ne peut vous imposer de nier ce qui détermine votre vision d’un territoire, de ses forces, de ses faiblesses, et de ce qu’il faut absolument mettre en oeuvre pour lui assurer un avenir. Un compromis n’est pas le coup de force d’une formation politique – en l’occurrence la Parti socialiste - qui, parce qu’elle entend profiter de l’exposition que lui apporterait la tête de liste, décide d’imposer la vision de quelques uns à l’ensemble des participants de la liste. Un compromis est discuté entre partenaires. Il est le fruit du respect mutuel d’opinions divergentes. Il peut être accepté par tous, car il n’oblige personne à nier ce qu’il est. Soutenir un candidat qui, pendant trois mois de campagne, allait défendre un projet contre lequel nous nous battons avec force depuis des mois était tout simplement impossible pour nous. Accepter de le faire n’aurait pas relevé du compromis, mais de la compromission.

A celles et ceux qui m’expriment leur déception devant notre décision de quitter la liste menée par Christophe Testas, en raison de son choix de soutenir le projet d’autoroute concédée entre Castres et Toulouse, je leur dis qu’il ne faut pas être déçu. Si l’échec de l’union avait été provoqué par des raisons politiciennes, comme la répartition des places sur la liste, il y aurait de quoi l’être. Mais pas là.

A celles et ceux qui s’interrogent pour savoir comment ce dossier peut à lui seul remettre en cause tout un projet commun, je tiens à expliquer en quelques lignes pourquoi ce projet d’autoroute détermine l’ensemble de ce que la gauche pourrait réaliser si elle revenait aux responsabilités. Cela tient d’abord à des raisons de fond politique : penser qu’on peut, dans le même mouvement, défendre l’autoroute concédée et la transition énergétique ou l’économie sociale et solidaire, c’est montrer qu’on ne comprend rien au projet écologiste. C’est s’inscrire dans un modèle de développement qui ne peut répondre aux besoins de la population et de la planète. Comme j’ai pu l’écrire, autant le grand écart rapporte des points aux championnats du monde de gymnastique, autant il ne peut qu’en faire perdre dans la compétition électorale. Mais cette attention très particulière que nous portons au projet d’autoroute tient aussi à des raisons financières. Dans ce domaine, la situation de notre ville, et donc de la communauté d’agglomération, est tout simplement catastrophique. L’endettement par habitant devient insoutenable. Au moins pour les trois prochaines années, la capacité d’endettement – et donc d’investissement – sera quasi-nulle. L’ensemble des candidats aux prochaines élections municipales le savent : à moins d’augmenter les impôts, ils ne pourront pas participer au financement des fameux « projets structurants », qui constituent le socle des programmes municipaux traditionnels. Et dans ce contexte difficile, rendu encore plus difficile par la baisse annoncée des dotations d’Etat, on vient défendre une autoroute que la communauté d’agglomération devrait cofinancer à hauteur de 30 millions d’euros ? Alors que le coût des ouvrages d’art qu’il faudra réaliser dans la section Castres-Soual n’a pas encore été intégré aux 500 millions annoncés ? Alors que l’on sait déjà que l’autoroute sera déficitaire, malgré un péage annoncé – pour l’instant – à 15 euros l’aller-retour ? Pour faire simple, si l’autoroute concédée est réalisée, il faudra bien expliquer, au moment de poser la première pierre du péage, que la municipalité, pour avoir cette bande de bitume, s’est de fait privée de toute capacité d’investissement autre, et qu’il va lui falloir augmenter les impôts. Remarquez, ça pourrait permettre à certains de gagner du temps : il n’est pas nécessaire à un candidat qui soutient l’autoroute concédée de rédiger un programme de trente pages. Quelques lignes suffiront amplement pour présenter ces réalités aux Castraises et aux Castrais.

Je renvoie donc celles et ceux qui nous reprocheraient de manquer de pragmatisme et de nous arc-bouter sur une position idéologique aux lignes précédentes. L’idéologie amène à nier les réalités. Sur Castres, dans le département, mais aussi à la région, les pragmatiques sont, depuis longtemps, et pour longtemps, celles et ceux qui défendent l’aménagement de la RN 126.

L’enjeu est de taille, et dépasse, comme vous l’aurez compris, de loin la seule question du projet autoroutier. Quelle ville voulons-nous pour les trente ans à venir ? Quelle vision du développement économique voulons-nous porter ? Quels projets sociaux voulons-nous financer, pour lutter contre des inégalités de plus en plus flagrantes ? Comment promouvoir le vivre-ensemble, les espaces partagés, les espaces de gratuité, la solidarité entre les générations et entre les quartiers ? Comment ferons-nous revenir des habitants, et des habitants jeunes, dans notre ville, qui dispose pour cela de formidables atouts, si seulement on voulait bien prendre le soin de les mettre en valeur ? A toutes ces questions, l’autoroute concédée payante n’est bien entendu pas la réponse.

D’où l’impérieuse nécessité de promouvoir une alternative à ce discours mortifère. Nous ne construirons pas seuls cette alternative : que l’ensemble de celles qui pensent qu’une autre ville est possible unissent leurs forces ! Il nous faudra peut-être du temps. Mais la vie ne s’arrête pas aux élections municipales de mars. D’ici là, nous pouvons cependant poser des fondations solides. Dès aujourd’hui, soyons nombreux à nous retrouver pour voir comment nous pouvons faire vivre cette promesse sur la ville de Castres. Soyons nombreux à nous impliquer, bien au-delà des partis politiques, pour dire quelle ville nous voulons, de quelle ville nous rêvons, même. Soyons nombreux à laisser de côté un ancien monde qui n’en finit pas de nous imposer des solutions économiques, politiques, ou sociales qui tournent à vide. Certains ne veulent pas, ou plus, mener cette lutte ? Qu’ils nous soutiennent ! « Ce qui compte, c’est pas l’issue, mais c’est le combat » nous dit Mano Solo. Construire l’alternative, c’est ne pas abandonner le combat pour privilégier l’issue. Construire ensemble l’alternative, c’est avoir, à la fois, l’issue et le combat.

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Commentaires

1 Message

  1. La voie de l’alternative

    Je comprend la logique de vôtre retrait de la liste conduite par Christophe Testas et pour ma part je n’ai jamais pensé un instant que vous y participeriez. Je reste stupéfait par vôtre conception du compromis que vous comprenez par l’abandon des convictions de tous vos eventuels partenaires au profit des vôtres. Il est rare d’avoir raison contre tous. Il est confortable de le croire.

    Au sujet de l’autoroute deux rectifications : La portion Castres -Soual est en totalité prévue dans le périmètre de l’autoroute et dans
    le financement du projet

    Le prix prévisionnel du péage est de 5,04 e ttc l’aller sur l’itinéraire concédé
    ( Il faut rajouter les 1,40 e de l’A 68 )

    Bernard RAYNAUD

    par Bernard Raynaud | 12 décembre 2013, 23:02

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