hebdo de BENOIST

Là où on désire

Qu’est-ce qui nous amène, un jour, à nous engager en politique ? Pour répondre à cette question, on a le plus souvent tendance à tourner le regard vers les origines géographiques et le milieu social dont nos élus (ou celles et ceux qui aspirent à l’être) sont issus, vers les réseaux qu’ils se sont construit. Ce qui est sans doute éclairant, mais qui est loin d’épuiser la délicate question de ce qui nous conduit à nous engager dans la vie publique. Si j’aborde aujourd’hui ce sujet, c’est parce que je serai le candidat d’Europe Écologie – les Verts sur la première circonscription du Tarn lors des élections législatives de juin prochain. C’est une perspective très stimulante. Mais il me semble important de tenter de vous éclairer sur ce qui m’a amené à assumer cette responsabilité.

Mes origines sont plutôt modestes. J’ai grandi en Bretagne, à Quimper, une ville qui offre de nombreuses similarités avec Castres. Une partie de ma famille est bretonne, l’autre est originaire de la région parisienne. D’un côté des paysans, de l’autre des maraîchers des Yvelines et des petits commerçants. Mes parents étaient des employés. Ils étaient très impliqués dans la vie associative locale. Ils étaient – et demeurent – de gauche, assez politisés. Ma mère est d’ailleurs adjointe au maire de sa commune de la région parisienne. De mes origines familiales, une figure émerge : celle de mon grand-père paternel, un agriculteur breton, qui s’est établi dans un village à quelques kilomètres de l’océan. Prisonnier de guerre en 1940, il s’est évadé, a participé à des actions de résistance. Après la guerre, il a contribué au vaste mouvement de création des coopératives agricoles. Socialiste, il a longtemps été conseiller municipal de sa commune. Il demeure une figure très influente de mon parcours.

J’aime énormément la Bretagne, sa culture, sa forte identité rurale, ses paysages, la proximité de la mer. Chaque fois que j’y retourne, je n’éprouve aucune difficulté à m’y sentir chez moi. En Bretagne, j’aime aussi les gens. Quand je reviens dans mon village d’origine, je me rends invariablement dans le café local. Le rituel est toujours le même. On se salue, on prend sa place, on passe sa commande. Un grand silence précède le service. Une fois le verre posé – et seulement à ce moment là – sans un regard, l’un des convives lance : « Alors, comment qu’c’est à Castres ? », et il lance ainsi la discussion. Ce silence, qui peut parfois être long et un brin déstabilisant pour le profane, nous apprend beaucoup sur le rapport à l’autre des Bretons. Vous me direz peut-être que si j’aime tant la Bretagne, pourquoi l’avoir ainsi quittée pour m’installer dans le Tarn ? On le sait, de très nombreux Bretons ont été contraints au départ. C’est le produit conjoint de la pauvreté et d’une forte natalité. Mais je crois que ce mouvement a développé, dans cette région, un goût du voyage et de la découverte qui n’a pas disparu, depuis qu’elle a accédé à un plus grand développement économique. L’idée profondément ancrée que c’est par le départ que l’on pourra se réaliser n’est pas près de s’effacer.

En 1999, pour poursuivre mes études d’histoire entamées à Rennes, j’ai rejoint Toulouse. C’est là que j’ai passé mon CAPES, avant de rejoindre mon premier poste dans le Tarn, et de m’installer à Castres. Depuis, j’y ai rencontré des hommes et des femmes, des paysages, des atmosphères, des manières d’être et des caractères qui, dans le fond, ne sont pas si éloignés que cela de ce que j’avais connu à 900 kilomètres de là. C’est à Castres que j’ai élevé mon fils aîné, qu’est née ma fille, que je me suis marié, que nous avons acheté notre maison... C’est donc à Castres que j’ai décidé de m’inscrire.

Ce contexte posé, qu’est-ce qui m’a amené à l’engagement politique ? Cette interrogation se scinde en trois : pourquoi fait-on de la politique, avec qui, et avec quels objectifs ? La réponse est d’abord affaire de dates. 2001 : je m’installe à Castres... dont la population vient d’élire comme nouveau maire Pascal Bugis. 2002 : Jacques Chirac remporte le second tour de la présidentielle face à Jean-Marie Le Pen. 2007 : Nicolas Sarkozy est élu président. Pour tous les gens de gauche, cette décennie aura été marquée par de trop nombreuses déceptions, pour me limiter à cette « tour d’ivoire » que pouvait constituer ma thèse sur la Première Guerre mondiale. La politique c’est ensuite, comme toujours, une question de rencontres : dans le collège de Brassac, où j’enseigne depuis 8 ans, j’ai côtoyé des collègues et amis membres du PCF qui m’ont fait découvrir l’expérience Castres à gauche vraiment. Je m’y suis reconnu, j’ai participé aux élections municipales de 2008 sur la liste présentée par l’association, j’en suis devenu le président. Un engagement politique, c’est enfin une question de convictions : parce que le dossier de l’autoroute Castres-Toulouse aura été un révélateur de divergences dans les approches et les attitudes, parce que je pense que c’est par l’écologie politique que l’on peut le mieux penser ensemble la question sociale et la question environnementale, parce que de profonds désaccords sont apparus avec mes camarades de CAGV sur notre vision politique à moyen terme, et notamment sur la manière de préparer au mieux la prochaine échéance municipale, j’ai décidé de quitter cette association et de m’engager à Europe Écologie-les Verts. Je n’ai pas été le seul à suivre ce chemin. Car la politique, c’est d’abord et avant tout un travail collectif. Désormais, nos objectifs sont à la fois simples et ambitieux : faire vivre l’écologie politique sur Castres et la Montagne tarnaise, et convaincre, étape par étape, patiemment, que les solutions que nous portons sont les plus à même de nous permettre de résoudre la crise multiforme que nous connaissons.

Pour conclure, je dirai qu’on voit ici se dessiner le parcours d’un militant écologiste de gauche, où les lieux et les rencontres auront joué un rôle déterminant. De tous ces lieux, il en est un dont je souhaite parler, car c’est là, je pense, qu’est né mon désir d’engagement : c’est le collège de Brassac. C’est bien plus qu’un lieu de travail. Les enseignants y sont bien plus que des collègues, les parents et les élus bien plus que de simples interlocuteurs. Depuis plus de trois ans, avec notre collectif (le CEPPE), nous nous battons pour préserver la qualité de l’enseignement offert aux élèves. Nous tentons d’inventer les solutions de demain pour maintenir et développer le service public d’enseignement dans la montagne. Dans ce collège et dans ce village, je me sens chez moi, malgré mes origines bretonnes. Et chaque matin, quand je me rends au travail, je comprends à quel point l’image du « breton tarnais », ou celle du « tarnais breton » si l’on préfère, éclairent mon parcours. Car on peut très bien avoir plusieurs origines, en ce sens que nous sommes moins originaires d’un lieu que d’un désir. Oui, c’est cela : on est de là où on désire.