DYNAMIC

Comité de soutien aux salariés des DYNAMIC

La lettre aux élus

Comité de soutien aux salariés de Dynamic Bourse du travail 13, rue Ferdinand Buisson 81100 Castres

soutien.dynamic@voila.fr

À l’ensemble des élus de Castres

Castres, le 22 novembre 2009

Madame, Monsieur

Depuis plusieurs mois, les 98 salariés de l’entreprise textile Dynamic se battent courageusement pour conserver leur emploi, ici, à Castres. Ils le font avec calme et résolution, malgré le caractère révoltant du silence prolongé que leur oppose leur direction. Ils le font avec une grande dignité, en revendiquant simplement leur droit au travail, bafoué par des considérations essentiellement financières. Car comment comprendre autrement ce dont ces hommes et ces femmes se trouvent aujourd’hui les victimes ? Il y a quatre ans, le groupe Carreman a décidé d’ « externaliser » la production de son site de Castres, donnant ainsi naissance à l’entreprise Dynamic, dont il est resté cependant le seul donneur d’ordres. En parallèle, il a développé d’autres unités de production, en Inde et en Roumanie notamment. Dès lors, lorsque Carreman a décidé de réduire considérablement ses commandes, Dynamic s’est logiquement retrouvée en grande difficulté. Cette décision ne saurait se justifier par des motifs économiques. En lutte depuis des semaines, les salariés ont pu découvrir que d’autres usines françaises du groupe Carreman réalisaient la production qu’ils assuraient jusqu’alors. Ne nous trompons pas : c’est bien Carreman qui est le seul responsable du risque de mise en liquidation judiciaire de Dynamic, et du plan de licenciements qui touche les salariés. L’opération d’ « externalisation » se révèle être une délocalisation déguisée, une mystification, qui devaient permettre aux dirigeants de Carreman de ne pas assumer leurs responsabilités.

Mais la justice ne s’y est pas trompée. Saisie par les salariés, elle a rendu le 13 octobre une décision très importante, en reconnaissant l’unité sociale et économique de Carreman et Dynamic. Cette décision aurait dû déboucher sur la constitution d’un nouveau comité d’entreprise, commun aux deux entités. Mais les dirigeants de Carreman ne veulent surtout pas appliquer cette décision. On peut le comprendre, car il leur faudrait alors envisager le plan de licenciements à l’intérieur de leur groupe. Et donc proposer aux salariés des reclassements, ou du moins des indemnités en lien avec leur ancienneté réelle dans l’entreprise. Du moins si ce plan conservait une justification dans ce cadre nouveau, ce qui est loin d’être acquis. Comme vous le voyez, les salariés se retrouvent donc pris dans une contradiction juridique : une juridiction pourrait prononcer la liquidation de leur entreprise, alors qu’une autre a reconnu la solidarité économique des deux entités, ce qui remet en cause cette même liquidation... À Castres comme à Toulouse, les juges doivent rendre dans les jours qui viennent leurs décisions dans les différentes procédures en cours.

Veuillez excuser ces développements un peu long, mais ils sont indispensables pour saisir pleinement ce que vivent aujourd’hui ces 98 salariés. Ils sont également nécessaires pour comprendre le sens de l’interpellation que nous, membres du comité de soutien, nous permettons de vous adresser.

Notre comité existe depuis un mois. Il est composé de citoyens, d’associations, d’organisations syndicales et politiques, qui se sont retrouvés pour dénoncer le caractère absolument injuste du traitement subi par les salariés de Dynamic. Sa première action a été le lancement d’une pétition de soutien, qui continue de circuler. 2500 premières signatures ont déjà été remises entre les mains de Monsieur Jacques Troncy, sous-préfet de Castres, le vendredi 13 novembre. Ce chiffre important traduit les sentiments, largement partagés, que fait naître cette situation. La population de notre bassin exprime sa colère face aux agissements du groupe Carreman. Elle témoigne aussi de son refus de voir les salariés rester seuls face à une direction qui refuse le dialogue, seuls face à l’institution judiciaire, seuls face à un désarroi chaque jour plus grand. Les habitants s’inquiètent aussi pour leur propre avenir, alors que notre bassin est particulièrement touché par la crise économique et sociale actuelle. Ils demandent que dans ce contexte, les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités, toutes leurs responsabilités, face à ce qui arrive aux salariés de Dynamic.

En tant que représentants élus par cette population, vous devez entendre ces demandes. Le bassin de Castres- Mazamet a déjà trop souffert, et depuis trop longtemps, des destructions d’emplois et des délocalisations. Mais pour les hommes et les femmes de Dynamic, il est encore temps d’agir. Certains d’entre vous ont déjà pris publiquement position en faveur des salariés. Pour les autres, il est encore temps d’exprimer votre refus de les voir ainsi privés de leurs droits les plus élémentaires. Il est encore temps de dire qu’en tant qu’élu, vous ne pouvez accepter que Carreman tente de faire assumer par la collectivité les conséquences de ses décisions. Il est toujours temps de demander à l’État de peser de tout son poids pour amener ses dirigeants, François Morel en tête, mais aussi Éric Baïsse, à prendre leurs responsabilités. Parce qu’ils ignorent s’ils pourront conserver leur emploi, ni même s’ils seront en mesure de toucher leur prochain salaire, ces hommes et ces femmes, habitants de notre bassin, ont besoin de votre soutien. La réponse à la situation dramatique qu’ils connaissent ne saurait être cantonnée au seul domaine juridique. Elle doit également être politique, au sens propre du terme, bien au-delà des clivages traditionnels : car ce qu’ils vivent nous concernent tous.

Ce ne sont pas seulement les salariés ou les membres du comité de soutien qui vous interpellent aujourd’hui : c’est l’ensemble des habitants qui se sentent solidaires de ce qui leur arrive. Le silence de nos représentants ne saurait s’accorder avec celui de Monsieur Morel. La voix des salariés de Dynamic doit être portée par tous. Le moment est venu d’affirmer tous ensemble que notre bassin ne saurait répondre par la résignation passive aux fermetures d’usines, et aux centaines de licenciements qu’ils entraînent. C’est la raison pour laquelle nous vous appelons à rejoindre le comité de soutien.

Nous restons à votre disposition pour toute rencontre, ou toute demande d’informations complémentaires. En vous remerciant pour votre attention, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, en l’expression de notre sincère considération.

Le comité de soutien aux salariés de Dynamic

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