hebdo de BENOIST

La culture classique pour les nuls. Aujourd’hui, les « 12 commandements »

S’il est bien une question qui semble obséder les membres de la Droite populaire, ce collectif de 42 députés UMP occupés depuis quelques mois à construire des passerelles toujours plus solides vers le FN, c’est bien celle des origines. Un petit détour par leur site Internet suffit pour s’en convaincre. À la une : une photographie où trône l’ambassadeur tarnais de ce groupe, Bernard Carayon, pour annoncer le lancement d’une pétition contre le droit des votes des étrangers. Et en très bonne place, la « charte de la Droite populaire », dont la première partie affirme la croyance « en la Nation, élément fondamental de notre identité, seul cercle d’appartenance à la fois à l’échelle de l’homme et à l’échelle du monde ». Un site Internet tout ce qu’il y a de plus moderne, pour afficher des idées tout droit sorties du 19e siècle : comme quoi, c’est pas forcément dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Pire, les plus rances se logent trop souvent dans les soupières les plus actuelles. Pour tout vous dire, j’avais en tête de vous entretenir cette semaine de la question de la place des origines en politique. Mais la venue sur Castres lundi dernier du député Dominique Tian, membre éminent de la Droite populaire, m’a fait abandonner – du moins provisoirement- mon projet initial.

Bernard Carayon et Pascal Bugis l’ont en effet invité à venir donner une conférence dont le thème même (la dénonciation des « fraudeurs sociaux ») est révélateur de la haine ordinaire que la Droite populaire éprouve pour les pauvres. Sous couvert bien entendu de hurler d’abord contre tous ceux qu’elle appelle les « assistés », tous ces gens qui, d’après sa charte, « fragilisent le lien social et la solidarité nationale ». Affirmation remarquable du « bon sens » et du « rejet du politiquement correct » caractéristiques de la rhétorique de Messieurs Mariani, Vanneste et consorts. D’après eux, la solidarité nationale ne devrait en effet s’appliquer qu’à ceux qui veulent vraiment sortir de la précarité. Car à leurs yeux, ce qui fragilise le lien social, ce n’est pas une organisation sociale et économique qui place des millions de Français sous le seuil de pauvreté... mais tous ceux qui se complaisent dans leurs difficultés. On l’aura compris, dans le monde rêvé de la Droite populaire, tout est affaire de volonté... Mais si, on vous dit que c’est là une question de bon sens et pas d’idéologie ! Cette dénonciation de l’assistanat figure d’ailleurs en deuxième position dans les « Douze commandements » qu’elle entend imposer durant les campagnes de 2012. Douze propositions que nos 42 nouveaux apôtres ont décidé de prêcher dans toute la France, et notamment dans cette nouvelle terre promise que semble devenue pour eux le sud du Tarn. En suivant ces propositions, on peut d’ailleurs dès maintenant s’amuser à imaginer le programme d’éducation populaire d’un genre tout à fait nouveau que messieurs Bugis et Carayon entendent mettre en œuvre sur Castres dans les mois qui viennent. Commandement n°4, et prochaine réunion publique : « refaire de l’école de la République l’école de la nation en faisant la promotion des valeurs de connaissance du mérite et du respect ». Pour éclairer cette ambitieux programme, Brigitte Barèges, députée du Tarn et Garonne, et Christian Vanneste, député du Nord, viendront expliquer à leur auditoire l’importance d’inculquer aux enfants le respect des homosexuels. Ils s’appuieront sur les nouveaux programmes de SVT au lycée, qui invitent à distinguer sexe biologique et orientation sexuelle. La première nommée viendra (à genoux) faire pénitence, et regrettera d’avoir pu, en des temps sombres et malheureux, comparer les couples homosexuels à des animaux. Le second dénoncera son opposition passée au mariage des gens de même sexe, en se flagellant pour ses propos tenus en juin dernier : « Ce n’est pas parce que quelques personnes ont des comportements, disons « curieux », que forcément la société doit s’en préoccuper ». Commandement n°12 : « Refuser la légalisation du cannabis et de toutes les drogues ». Pour traiter de ce sujet, Bernard Carayon viendra dire tout le bien qu’il pense de la proposition que Jean-Michel Baylet a défendue lors des primaires du parti socialiste. Pour le commandement n°3 : « adapter et améliorer la qualité des services publics », le libéral Mariani viendra raconter comment il entend s’opposer avec force à la poursuite de la privatisation des chemins de fer en France, et comment il compte, par une intervention accrue de l’État, renforcer le service public du rail, indispensable pour engager la conversion écologique de notre économie. Quant au commandement n°9 : « renforcer les contrôles face à l’immigration », il appelle bien entendu la venue dans notre ville de Claude Guéant. Mais comme toutes les vraies vedettes, sa participation ne peut être assurée. Sa démonstration de la dimension humaine et bénéfique de la gestion actuelle des flux migratoires reste donc en suspend...

C’est Arthur Schnitzler , l’écrivain viennois qui disait : « Dans le tragique, l’esprit humain, aussi loin qu’il descende, finit toujours par toucher le fond ; dans l’humour jamais ». Après la rencontre de ces 42 apôtres d’un genre nouveau, diffusant leurs nouveaux commandements, la semaine prochaine, un nouvel épisode de notre série : « la culture classique pour les nuls » : Romulus et Rémus. D’ici là, je vous laisse deviner qui peut bien se cacher derrière ces deux frères, qui se sont déchirés pour le contrôle de leur ville.