hebdo de BENOIST

L’économie sociale et solidaire, futur pilier de la ville de Castres ?

Jeudi dernier, Europe Écologie – les Verts organisait une réunion publique au parc des expositions sur le thème de l’économie sociale et solidaire (ESS). L’occasion nous a ainsi été donnée de mettre en lumière le travail quotidien d’hommes et de femmes, dans ce secteur qui représente, pour le bassin Castres-Mazamet, 316 établissements employeurs (dont 260 associations), 3300 salariés (2600 équivalents temps pleins) et près de 14% des emplois.

En introduction, après avoir remercié les nombreux élus de gauche ainsi que nos partenaires politiques présents, j’ai pu dire toute notre fierté d’avoir su associer à cette réunion les personnalités majeures qui font vivre l’ESS sur notre territoire. Christian Pillard, de la Chambre Régionale d’Économie Sociale et Solidaire (CRESS), Gérard Coadiou, du fonds de capital-risque IES, Félicie Domène et Coralie Hollard, directrice et directrice-adjointe des coopératives d’emplois Régate et Régabât, et enfin Pierre Goût, animateur des Ateliers ont successivement pris la parole, pour présenter leurs actions et leurs conceptions de ce qu’est l’ESS et de tout ce qu’elle peut apporter à un territoire comme le nôtre.

Vouloir résumer en quelques phrases deux heures de présentation et d’un riche débat avec la salle serait bien entendu un exercice vain. Quelques points abordés méritent cependant d’être relevés. J’en retiendrai 3 ou 4.

Tout d’abord la question des limites du champ de l’ESS. Peut-on vraiment placer sur le même plan une association, une PME qui œuvre dans l’importation de produits biologiques en respectant les critères du commerce solidaire et une grande banque ou une puissante mutuelle, parce qu’elles sont des coopératives ? Non, à première vue. Mais il a été rappelé que l’ESS répond d’abord à une ensemble de règles, dans la gouvernance (un homme = une voix), dans la répartition des bénéfices dégagés par l’entreprise (avec une échelle des salaires limitée), dans la dimension non-délocalisable des emplois… La définition de ces critères est d’ailleurs l’un des enjeux du projet de loi sur l’ESS rédigé actuellement par Benoît Hamon et ses services. Une personne du public demandait avec justesse si les laboratoires Pierre Fabre ne pouvaient pas être reconnus comme des acteurs incontournables de l’ESS sur Castres, du fait de leur attachement au territoire, du plan d’actionnariat salarial qui a été mis en place dans cette entreprise… « On n’en est pas loin » a répondu l’un des intervenants… « si ce n’est l’échelle des salaires, qui n’est pas de un à vingt dans ce groupe, ne parlons même pas de un à dix ».

J’ai beaucoup aimé la manière dont Félicie Domène ou Gérard Coadiou ont insisté sur la dimension d’abord économique de l’ESS. Oui, les entreprises qui font partie de ce secteur sont là pour créer des richesses et donc des emplois, et il faut tordre le coup à cette idée que l’ESS ne serait qu’une économie subventionnée destinée à faire du social. C’est faux, et comme il a été rappelé, l’économie dite « traditionnelle » est bien plus subventionnée, toute proportion gardée, que l’ESS. Simplement, ses acteurs placent au cœur de leur réflexion sur la création de richesses la notion de « lucrativité limitée ». Quand on voit les dérives que connaît depuis des décennies, dans le sillage du néo-libéralisme triomphant, l’économie mondiale, on se dit que ça fait du bien de voir des gens qui mettent en œuvre cette forme originale de décroissance.

Nous avons la chance, à Castres, d’être un véritable pôle de l’ESS, ce que la municipalité actuelle semble avoir bien du mal à comprendre. L’exemple de la coopérative Régate est à ce titre éclairant. Depuis la fin des années 1990, Régate a su se doter des outils afin de détecter les gisements d’activités potentielles et de les transformer en emplois. Autour du concept de la coopérative d’activités, ils accompagnent les demandeurs d’emploi dans la création de leur activité, en leur apportant notamment la sécurité du statut d’ « entrepreneur-salarié ». Les résultats sont là : en dix ans, près de 2000 personnes ont été accueillies, plus de 8 000 000 € de chiffre d’affaire a été réalisé par les entrepreneurs-salariés, et 90% des entreprises créées sont toujours en activité… Vous trouvez qu’on ne parle pas assez du formidable travail réalisé par Régate sur notre bassin ? Je suis bien d’accord avec vous. A quand une couverture du Castres Magazine consacré à cette formidable réussite ?

Et c’est tout sauf un hasard si l’équipe de Régate a décidé de rejoindre le site des Ateliers, dont l’ouverture est attendue pour l’année prochaine. L’ensemble de la gauche ne peut que se féliciter de la réalisation ce projet, retenu parmi les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) à l’échelle nationale, et appelé à devenir la vitrine de tout le potentiel de l’ESS sur notre bassin. Toute l’énergie mise par Pierre Goût et les nombreuses personnes qui l’accompagnent, au service des valeurs de coopération, de solidarité, de respect de l’humain qui nous sont chères, toute cette énergie ne peut pas être rejetée au nom d’une histoire que n’ignorons pas, mais que nous devons savoir dépasser si nous souhaitons vraiment faire avancer notre ville.

Car c’est bien là l’enjeu, construire ensemble le visage futur de Castres. Lors de ses vœux à la population, Pascal Bugis nous a expliqué qu’il se devait de citer les trois piliers de notre cité que constituent le C.O., le 8e RPIMA, et les laboratoires Fabre. Gageons que dans un futur proche, l’ESS viendra les rejoindre pour constituer un nouveau pilier de notre ville. Comme je le disais jeudi dernier, cela signifiera une chose, c’est que la gauche aura bien travaillé.

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Commentaires

3 Messages de forum

  1. Euh... juste un truc... ou deux !

    Juste un truc, Benoist :

    "Simplement, ses acteurs placent au cœur de leur réflexion sur la création de richesses la notion de « lucrativité limitée ». Quand on voit les dérives que connaît depuis des décennies, dans le sillage du néo-libéralisme triomphant, l’économie mondiale, on se dit que ça fait du bien de voir des gens qui mettent en œuvre cette forme originale de décroissance."

    Je dois avouer mon étonnement... et tiens je vais même le signaler par des points d’interrogation... " ???"

    En quoi l’économie sociale et solidaire aurait un quelconque rapport avec la "décroissance" ?

    Il n’y a pas, à priori, de soucis écologique dans le cahier des charges de l’économie sociale et solidaire... le "commerce équitable" largement dévoyé s’il n’est pas contrôlé par les citoyens ( Max Havelaar, même schéma que les dérives du label AB, face par exemple à la certification citoyenne de "Nature et Progrès") n’est pas en soi un gage d’écologie... on peut certes bien rémunérer des collaborateurs... mais rien n’indique que, soit s’ils sont dans des pays lointains, le pétrole ne soit pas nécessaire à l’acheminement de leur production... soit s’ils sont locaux, les pesticides ne soit pas légion dans leur mode de production.

    Le coopératisme n’est pas non plus la panacée d’une bienséance « sociale et solidaire », car en milieu libéral et sans barrière douanières écologiques et sociales (voir Jacques Sapir !) le "un homme = une voix" ne tarde pas à reproduire le dumping social des plus cyniques des actionnaires... (voir le docu Les Fagor et les Brandts) ce qui d’ailleurs peut faire relativiser les mésaventures de Monsieur Gout, avec la mondialisation… (voir Guerineau)

    Bien sur que ces démarches sont intéressantes du point de vue d’expérimentations d’autres formes de travail, mais l’exemple des autogestions et coopératives ouvrières d’hier sont là pour rappeler que « la croissance » de ces expérimentation ne se fera pas sans opposition violente du capital et de ses serviteurs zélés au pouvoir politique et économique… (voir l’état actuel de l’entreprise Godin).

    Le Pot Ethique à Mazamet, alors qu’il veut justement faire coïncider l’économie sociale-solidaire et écologique, a les plus grandes difficultés à se frayer un chemin viable dans son milieu semi rural… les AMAP, groupements d’achat, associatifs (donc à but non lucratif que ce soit pour un seul patron ou plusieurs coopérateurs), reposant sur le don de soi et le bénévolat, s’épuisent à aider à faire vivre des petits producteurs, et selon qu’ils ont fait appels aux subventions publiques ou pas, se voient déposséder de leur expertise citoyenne et/ou sommées de rejoindre le modèle entrepreneurial (coopératif ou pas) et l’expertise agréée d’Etat (voire l’évolution des BioCOOP)… indépendante sur le papier (EcoCert) mais dont les critères sont définis par des lobbies au niveau Européen (les labels européen et AB tolèrent jusqu’à 0,9% d’OGM par ingrédient).

    Bref, il y a… que Monsieur Gout ait changé ou non, et que les « optimistes » le veuillent ou non, au moins deux façons d’envisager l’économie sociale et solidaire…

    - celle qui part des gens et qui est pour les gens (Coopératives Intégrales avec monnaies sociales issue de trocs de services et dont les attendus sont débattus régulièrement en assemblées générales et qui transforment complètement les rapports à l’argent, à la valeur marchande (valeur d’usage), au travail (activité) et à l’utilité de ce qu’on produit, voir les exemples de Catalogne, de Nantes, de Toulouse…).

    - celle, vouée à se frayer un chemin plus ou moins vertueux dans les méandres du capitalisme libéral, en se calquant sur sa définition de la propriété, en jouant avec les mots qui peuvent rapidement n’être que des postures, comme « développement durable », « égalité des chances », « social et solidaire »… et en légitimant finalement, le fait que le capitalisme est dans un creux de vague, mais qu’une fois remis sur pied, il absorbera ces initiatives comme il l’a toujours fait d’ « alternatives » qui ne se contentent que le l’aménager à la marge…

    Amicalement,
    Wil (écologiste libertaire).

    par Wil | 12 février 2013, 01:32

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    1. A propos de l’allusion aux difficultés du Pot Ethique... mais pas que !

      Je renvoie sur mon article sur RADIOM :

      http://www.radiom.fr/s/b1058

      Merci de la publication, et donc de la possibilité de débat !

      Là ou il y aurait de la gène... ou trouverions nous du plaisir au conflit constructif !?

      Wil.

      par Wilfried Croses | 12 février 2013, 14:55

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    2. A propos des Coopérative Intégrales... dont il est question dans ma réponse !

      Le retour de bâton du capital (qui sort de sa torpeur de crise alors que la population elle, ne fait que commencer à subir l’austérité...), envers Enric Duran, qui avait montré l’irresponsabilité du système bancaire, en lui extorquant 492000 euros, et avait initié ensuite, une alternative post-capitaliste de la Coopérative Intégrale Catalane (toujours en activité !) :

      http://www.politis.fr/Le-Robin-des-banques-seul-devant,20930.html

      Wil.

      Voir en ligne : A propos des Coopérative Intégrales... dont il est question dans ma réponse !

      par Wil | 18 février 2013, 11:14

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