PRESIDENTIELLE 2012

L’écologie, la solution

Engagée au service du bien commun depuis des années, dans la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux,
indignée par la les injustices et les inégalités sociales, je suis entrée en politique, il y a trois ans, avec Europe Ecologie.

Je ne suis pas née écologiste, je le suis devenue, comme beaucoup d’entre vous, prenant conscience
des risques que notre mode de développement et de vie fait courir à la planète. Nous sommes aujourd’hui les victimes de notre irresponsabilité. Je suis convaincue que la transformation écologique est la réponse
aux défis que nous devons affronter : construire un monde plus juste, un mode développement qui ne laisse personne au bord du chemin, qui mette fin à la fracture entre le Nord et le Sud.

Je n’ai pas rêvé toute ma vie d’être candidate à l’élection présidentielle, je le suis aujourd’hui. C’est pour un engagement fort.

Je puise dans mon expérience les convictions qui rejoignent celles du mouvement écologiste. Rendre le monde plus beau et le rendre plus juste sont les deux faces d’un même élan. L’urgence écologique est indissociable
du combat contre les inégalités et les lobbies. Quant à la France et l’Europe, elles ont partie liée : les peuples
ont tout à gagner à coopérer, à s’unir et à créer ensemble. Je sais dans ma chair l’enrichissement que provoque la rencontre entre les cultures. La politique m’a conduit à discuter avec des milliers de Français, dans les quartiers et les campagnes, les petites villes et les grandes métropoles, dans tous les milieux. J’ai vu la France qui invente au quotidien l’avenir, avec courage et espoir.

Grâce à cette énergie, la transformation écologique peut sortir notre pays de la crise systémique que nous traversons.

Ecologistes, nous prenons la mesure du présent tel qu’il est. Engagée au service du bien commun depuis des années, dans la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, indignée par la les injustices et les inégalités sociales, je suis entrée en politique, il y a trois ans, avec Europe Ecologie. Nous avons entendu l’angoisse
multiple des Françaises et des Français. Des angoisses sur l’avenir économique de notre pays, face à la montée rapide du chômage et la précarité des emplois, et devant les insécurités du quotidien ; des inquiétudes pour
le devenir de nos enfants.

Les Françaises et les Français sont confrontéEs à un immense désarroi face aux changements du monde et aux atteintes à l’environnement, ici, à notre porte, comme à l’échelle globale. Nous sentons monter des menaces
inédites pour notre santé. Nous sommes perturbéEs par les soubresauts climatiques et redoutons leur aggravation.

Les Françaises et les Français sont en perte de repères. Qui commande, se demande-t-on ? La politique a-t-elle encore quelque prise sur les événements, face aux forces déshumanisées de la finance ? Comment accepter la
violence des inégalités, les dérapages et les abus, l’immoralité triomphante ? J’entends encore l’indignation devant tant de mauvais coups portés, dans notre pays, à l’éthique républicaine – et tout simplement à la démocratie.

Avec vous, je m’alarme des périls qui planent sur l’Europe, notre précieuse Europe. Elle nous a apporté plus de soixante ans de paix - le plus cher de tous les biens communs. Elle a permis que s’écrive la page la plus heureuse
de notre Histoire. J’ aime l’Europe. Je la veux forte et active. Je souhaite que sa voix soit à nouveau respectée et qu’elle contribue à résoudre les dérèglements du monde. Or, elle est aujourd’hui reniée par une partie de nos compatriotes, divisée sur de grands sujets qui détermineront notre avenir. L’Europe est mal en point. Je veux qu’elle devienne une puissance politique et un espace démocratique.

***

En réponse à ces angoisses et à ces menaces, en riposte au pessimisme, nous voulons relever la tête. Il est bon de s’indigner, il faut surtout balayer fatalisme et désespérance.

Nous voulons ouvrir la porte de l’avenir, car nous en avons la conviction : l’écologie, c’est la solution.

L’écologie politique n’est pas une démarche magique. Elle n’est ni incantatoire, ni sans efforts. Elle ne propose pas “une sortie de crise” annoncée à la cantonade... comme le mythique “retour à la croissance”.

Nous ne traversons pas une crise passagère, nous vivons une étape de l’ épuisement d’un système.

Ce qu’il faut dès lors à la France, c’est plus qu’une alternance politique, c’est plus même qu’une alternative : il lui faut un projet pour ce siècle. Nous proposons un nouveau cours pour la société qui est la nôtre : une politique de civilisation pour fonder une société où il devienne possible de vivre mieux face aux quatre grands défis :

-les ressources naturelles s’épuisent à force de pillages et de gaspillages. Elles vont être rares et chères. Nous ferons le choix de modèles économiques et de comportements respectueux, sobres, de nouveau en accord avec
la nature, assurant de meilleures conditions de survie aux générations futures. La conversion écologique façonnera en ce sens une économie plus robuste, plus riche en emplois, comportant de nouvelles activités industrielles, une agriculture plus soucieuse de notre souveraineté alimentaire et de notre santé, une urbanisation maîtrisée, une situation énergétique équilibrée, se préparant à tourner la page des combustibles fossiles et ayant engagé la sortie
et la relève du nucléaire ;
- les atteintes à l’environnement et à la santé seront de moins en moins tolérées. Nous pouvons construire ensemble, de manière diversifiée et décentralisée, des modes de vie qui soient porteurs
de précaution et d’harmonie, qui réduisent notre empreinte sur la planète et sur l’atmosphère, atténuant les risques qui pèsent sur nous mêmes et nos enfants ;
- inégalités et discriminations ne cessent de s’amplifier. Faisons
de l’égalité une réalité concrète ! Partageons les pouvoirs en construisant une VIème République où les pouvoirs soient décentralisés, et où les citoyens auront un pouvoir effectif. Cet équilibre nouveau ne nuira pas à l’affirmation
d’un Etat fédéral, ferme et juste, suffisamment fort, en particulier, pour assurer la soutenabilité de nos finances publiques ;
- si la mondialisation suit son cours débridé, la fracture fera naître de lourds conflits. Ces événements probables laissent présager des famines, des guerres, l’intensification des courants de migration. Je veux emmener la
France et l’Europe vers une solidarité active, notamment avec le Sud, aux antipodes des perversions de la Françafrique.

Je veux oeuvrer en faveur de la démilitarisation, notamment nucléaire, et d’une gouvernance multilatérale renforcée, adossée aux Nations Unies. Et nous agirons pour que le prochain Sommet de la Terre de Rio +20 soit un succès.

***

Le projet que je porte, celui des écologistes, est un projet de réconciliation. Après un quinquennat de division, de fragmentation de la société, il est temps de réconcilier. Réconcilier les Françaises et les Français entre eux, en refusant les politiques du tous contre tous. Réconcilier la France avec la nature et l’environnement. Réconcilier
la France avec l’Europe, parce que c’est à cette échelle que se dessine une possible sortie de crise. Réconcilier enfin les Françaises et les Français avec l’avenir par une transition écologique qui prépare le monde de demain.

La mutation qui s’annonce, il nous faut la conduire et non pas la subir. Faisons en sorte que les bouleversements qui pointent à l’horizon deviennent des opportunités. Contribuons, avec une ambition raisonnable et une détermination farouche, à bâtir la société d’avenir dont je trace ici les contours, avec vous.

Eva Joly

Voir en ligne : l’intégralité du projet présidentiel d’Eva JOLY