la tribune libre

Grand Débat National : pédagogisme néolibéral ou refaire société ?

« … où chacun se sente acteur de sa propre histoire comme de l’aventure collective à laquelle il participe – en somme un appel au sursaut. » Jacqueline de ROMILLY

Chantal JOUANNO, Présidente de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP, Autorité Administrative Indépendante) et éphémère organisatrice du Grand Débat National, nous a avertis : « Le Grand Débat est faussé » car transformé, voire converti, après mainmise par l’exécutif sur le projet initial de la CNDP, en « opération de communication » rabaissant le caractère délibératif originel en simple consultation orientée, cadrée et fermée, à partir de 82 questions réparties dans quatre thèmes imposés. Et de rappeler que « le principe d’un débat public n’est pas de poser des questions aux Français, c’est à eux de choisir les sujets ». L’exécutif, verticalisme jupitérien oblige, à l’encontre même de l’indépendance de la CNDP, impose sa propre organisation et ses modalités du Grand Débat National.

Le néolibéralisme n’est rien d’autre qu’une téléologie politique c’est-à-dire une idéologie autoritaire, dirigiste, arbitraire, caporaliste et omnipotente, imposant une pensée hégémonique : le fameux TINA de Mme THATCHER. Et c’est bien dans cet esprit que l’exécutif a mis en place le Grand Débat National : imposer un cadre et des thématiques par le biais d’une « Lettre du Président de la République aux Français ». Nous sommes là bien loin de l’esprit démocratique républicain d’initiative citoyenne. Le mouvement des Gilets Jaunes, soi-disant « minorité bruyante » pour beaucoup trop de commentateurs politique patentés, a pour autant, et ce depuis le début, le soutien d’une majorité de citoyens : les français ont des doléances à formuler et non à inscrire leurs réflexions personnelles dans le canevas obligé d’un pédagogisme néolibéral.

Car, d’entrée de jeu, il s’agit bien, pour l’exécutif, par la forme prescrite, de contraindre le fond du débat : il n’y a pas d’autre alternative à la politique menée comme l’a confirmé le porte-parole du gouvernement en nous rappelant que l’objectif du Grand Débat National n’a pas pour objectif de changer le cap de la politique gouvernementale. C’est toute la démarche prioritaire entamée par le Président de la République avec sa tournée nationale des régions à la rencontre des seuls maires - ceux-là mêmes qu’il a snobés lors du dernier Congrès de novembre 2018 – pour rappeler, marteler et donc confirmer par, à chaque fois, un très long monologue à la manière castriste les commandements ultralibéraux de sa politique.

Reste la deuxième étape, celle des réunions d’initiatives locales et des contributions personnelles sur une plateforme informatique. Cette étape, les français doivent s’en emparer, non pour en appliquer strictement la forme et le fond imposés par le gouvernement, mais bien pour dire tout ce qu’ils ont à dire. Faire de ces rencontres d’initiatives locales des lieux de citoyenneté pleine et entière est la priorité des priorités. Refaire société est l’impératif de notre démocratie. Toutes et tous, hommes, femmes, corps intermédiaires, société civile, élus se doivent d’en être les véritables acteurs et non de simples spectateurs. Après ces longues décennies de désengagement politique, de délégitimation de notre représentation politique, de mise à mal des organisations politiques et syndicales, de désarroi civique, de précarisation sociale et de paupérisation latente, le temps est venu de reprendre langue. Collectivement.

L’archipel de la gauche - communistes, socialistes radicaux, socialistes réformistes, écologistes, démocrates et républicains – doit assumer toute sa responsabilité et appeler ses militants et sympathisants à participer au Grand Débat National pour rappeler à chacun et à chacune qu’un autre monde est possible. La crise systémique, que nous vivons - écologique, sociale, politique, culturelle, voire civilisationnelle - est création humaine, uniquement conséquence historique. Ce monde nous devons le changer. Sortir de l’ensauvagement du monde néolibéral en est la condition première.

Que cette année nouvelle vous apporte tout ce que vous en attendez. Bonne année à toutes et à tous.

CAZOTTES Jean-Marc, le dimanche 27 janvier 2019

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P.-S.

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