le blog-notes

Gilets jaunes : de la question sociale à la question politique

Combiner les problèmes de fin de mois et de fin du monde." Nicolas Hulot

A la veille du quatrième tour de piste voilà que certains de nos soi-disant renommés commentateurs politiques agréés des médias s’autorisent des dénigrements diffamatoires envers le mouvement des gilets jaunes. Après trois semaines d’incompréhension persistante il ne leur reste plus que clabauderies, médisances voire calomnies et insultes en guise d’arguments. Déplorables arguties condescendantes et méprisantes qui témoignent d’une seule réalité : à vivre hors-sol de la société réelle on finit toujours par perdre pied. Et se noyer dans d’oiseux verbiages pernicieux. L’arrogance et le mépris de la « caste des élites » – les illettrés, les alcooliques, les riens, les fainéants, « Qu’ils viennent me chercher ! » et autres gaulois réfractaires, et maintenant pour quelques chroniqueurs patentés le bazar, le foutoir – est au fondement de la rupture du lien social et donc de l’unité nationale.

Le mouvement des Gilets Jaunes n’est rien d’autre que le cinquième tour de la présidentielle : celui des abstentionnistes et des cocus de la présidentielle et des législatives de 2017. Abstentionnisme toujours en progression comme l’a montré la dernière législative partielle d’Evry : un député LREM élu avec un score minable de 10,.. % des inscrits. C’est la grande nouveauté politique de nos temps présents : les abstentionnistes et les cocus du macronisme, à l’encontre de l’intimité de l’isoloir, ont fait le choix de l’expression collective directe des ronds-points et de la rue.

Face à ce mouvement un Président, un gouvernement et une camarilla de hauts fonctionnaires et responsables institutionnels et politiques pédalant dans la choucroute d’un savoir technocratique purement idéologique : l’économisme. Mais voilà, la société n’est pas affaire technocratique mais bien affaire humaine. La politique, c’est-à-dire la mise en œuvre continue, permanente et évolutive des modalités du vivre ensemble au sein de la société, ne se réduit pas à appliquer les modes d’emploi d’ensauvagement du monde du néolibéralisme – individualisme barbare, dépérissement de l’Etat et appauvrissement des services publics, économisme et assujettissement du politique, politique de l’offre et injustice fiscale, précarisation et paupérisation par l’ubérisation sociale de la société de marché - mais de répondre aux demandes des citoyens en fonction des possibilités disponibles et toujours adaptées aux réalités économique, financière, sociale et culturelle de la nation. Le fatalisme néolibéral de la pensée unique est un leurre : un autre monde est possible.

La politique de l’offre du néolibéralisme se fonde sur l’injustice fiscale, la relégation sociale par l’aggravation des inégalités, l’autoritarisme du pouvoir et la rupture de l’unité nationale par l’isolement volontaire des élites politique, économique et technocratique du reste de la société. La société duale est partie intégrante de l’idéologie néolibérale. La question sociale posée par le mouvement des Gilets Jaunes, il y a quelques semaines, s’est métamorphosée aujourd’hui en question politique.

A question politique, réponse politique. C’est tout le problème de la situation politique des prochains jours. L’extrême droite est à l’œuvre pour récupérer la mise. Les républicains, les démocrates se doivent de reprendre langue. Les organisations syndicales – CFDT, CGT, FO, CFE CGC, CFTC, UNSA et FSU - viennent de montrer le chemin en signant collectivement un communiqué appelant « au dialogue et à l’écoute dans le cadre de négociations ouvertes, larges et transparentes, au niveau national comme dans les territoires. » L’archipel de la gauche et les écologistes se doivent de prendre leurs responsabilités et s’emparer de cette délibération collective qu’impose le mouvement des Gilets Jaunes.

Lors de sa démission Nicolas HULOT a rappelé qu’il nous fallait changer de paradigme et vient, ces derniers jours, d’en donner une des clefs : « Combiner les problèmes de fin de mois et de fin du monde. ». En rappelant que la question sociale et la question écologique sont indissociables c’est bien à la construction d’un autre Nouveau Monde qu’il nous invite. Ce samedi 8 décembre 2018 la Marche mondiale pour le climat sera une première réponse. Faisons en sorte que celle-ci soit un grand succès.

CAZOTTES Jean-Marc, le mercredi 5 décembre 2018