le blog-notes

EUROPEENNES : une hirondelle ne fait pas le printemps

"Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire." Bonaparte

L’élection européenne est une élection bien particulière : scrutin de liste à un seul tour certes, mais aussi, hélas, scrutin enlisé dans les eaux tumultueuses de chaque vie politique nationale ; jamais cette élection n’a pu se débarrasser de l’emprise de la vie politique intérieure de chacun des états, jamais cette élection ne s’est inscrite dans une perspective exclusivement européenne. A l’image de l’Union Europénne, association d’états, cette élection reste une addition de votes nationaux : au final l’Union Européenne, faute d’être une authentique association politico-économique, n’est rien d’autre qu’un patchwork technico-administratif. Pour autant, face aux impérialismes conquérant de la Russie, isolationniste – oxymore certes mais bien réel - des USA, financier et commercial d’une Chine libéralo-communiste – autre oxymore tout aussi réel -, la construction d’une Europe forte, démocratique et sociale demeure l’impératif des prochaines années sinon c’est la civilisation européenne, notre civilisation, celle des Droits de l’homme et du citoyen, des libertés, de l’universalisme, de l’égalité et de la solidarité qui va disparaître. Qu’on le veuille ou non le statu quo signerait définitivement sa mort : une autre Union Européenne n’en demeure pas moins l’avenir de chacune de ses nations. L’urgence est de sortir de l’européisme néolibéral et d’emprunter la voie d’une Union Européenne authentiquement démocratique, sociale et fédérale. Sinon c’est son inéluctable désagrégation que nous vivrons.

Election nationale avant tout c’est bien à partir de ce point de vue que nous devons analyser le résultat national de l’élection européenne. La bipolarisation nationalistes vs progressistes des temps actuels reste la donne politique imposée par le macronisme depuis l’élection présidentielle de 2017. Seul changement pour le coup : l’ordre d’arrivée. Tout l’échec du macronisme est dans ce résultat : les soi-disant progressistes ne sont pas une digue contre l’avancée du nationalisme. Bien au contraire car le nationalisme réactionnaire n’est rien d’autre que l’enfant naturel du néolibéralisme. Et le brutal libéralisme macronien est un néolibéralisme : autoritarisme (état d’urgence permanent, mise à l’écart des partenaires sociaux, tentative de mise au pas de la liberté d’expression, remise en cause du secret des sources journalistiques, soumission de la haute fonction publique), réduction des services publics (santé, éducation) et privatisation généralisée, judiciarisation des relations sociales, criminalisation et répression des mouvements sociaux, précarisation par la réduction-annulation des acquis sociaux, déclassement social et paupérisation, augmentation des inégalités.

Une nouveauté cependant : les écologistes sur le troisième degré du podium électoral. En deux ans le macronisme a terrassé deux partis piliers de la vie démocratique de la Vième République : le PS en 2017, LR en 2019. Et, de fait, fait du ex-FN, le RN, le parti d’alternance à LREM. Sortir de cette bipolarisation mortifère pour la démocratie devient, aujourd’hui, la priorité des démocrates et des républicains. Le « ni de droite ni de gauche et de droite et de gauche » de LREM est et a toujours été un leurre : les analyses des résultats montrent bien que l’électorat de droite se reconnaît dans la rude politique libérale de l’exécutif ; c’est en grande partie l’électorat traditionnel de LR qui, pour le coup, a maintenu à flot LREM dans cette élection.
Forts de leur résultat, les écologistes, aujourd’hui et pour la première fois, se retrouvent confrontés à l’énorme responsabilité du devenir démocratique de notre République. Le sempiternel « ni droite ni gauche » des environnementalistes n’a pas sa place dans le paysage politique d’aujourd’hui : les écologistes doivent maintenant clairement assumer un positionnement à gauche. Le choix stratégique d’EELV, quel qu’il soit, autonomie ou arc à vocation majoritaire, tous derrière ou tous ensemble, va peser lourd dans la vie politique de l’archipel de la gauche.

Et le premier rendez-vous sera, ni plus ni moins, les prochaines élections municipales.

CAZOTTES Jean-Marc, le jeudi 13 juin 2019

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