hebdo de BENOIST

Donner le ton

Il est peut-être une chose dans notre société susceptible de dépasser la bêtise titanesque de certains patrons américains, pour qui les ouvriers français ne travailleraient que trois heures par jour : ce sont les interviews des footballeurs à leur sortie du terrain. Peu importe le match, c’est toujours la même rengaine, susceptible cependant de quelques variations. « L’essentiel, c’est d’avoir pris les trois points ». « On a joué notre jeu, ça a payé ce soir, il faut qu’on continue ». Et le fameux : « l’important, c’est l’équipe » entonné par la star, dont toute l’attitude sur le terrain témoigne d’une conviction contraire, centrée sur son nombril de millionnaire à crampons. Mais parmi toutes ces phrases répétées à l’envi, il en est une que j’aime particulièrement, et qui est le plus souvent réservée aux équipes en difficultés : « il faut qu’on se retrouve sur nos fondamentaux ».

Je ne sais pas si le maire de Castres est un grand fan des rencontres de football. Mais ce que je sais, c’est qu’il sait revenir à ses fondamentaux lorsque les circonstances l’exigent. Les mois qui viennent me donneront peut-être tort, mais on peut mettre un billet sur le fait que Pascal Bugis a cette semaine lancé la campagne pour sa réélection, en s’appuyant sur ses fondamentaux, et en premier lieu, la sécurité. Le « plan com’ », comme on dit de nos jours, a été savamment orchestré. Petit guide pratique « prévention des cambriolages » inséré dans le « Castres magazine » le lundi. Réunion publique dans le quartier de Roulandou le lendemain, toujours sur le thème des cambriolages. Et enfin, le samedi matin, interview dans la Dépêche du midi pour répondre à l’interpellation du secrétaire de section socialiste, qui avait dénoncé la veille « l’échec total d’une politique dite répressive mais qui fait la part belle à la communication ». On aura donc beaucoup parlé de cambriolages cette semaine. Mais, comme dirait l’autre, à qui profite le crime ?

Ce serait lui faire un mauvais procès que de considérer que le maire de Castres ne se soucie pas sincèrement de ses administrés. Mais il faut être bien naïf pour ne pas voir que mettre ainsi sur le devant de la scène la question des cambriolages est aussi et d’abord une manière pour lui de se mettre en avant et de vanter ses réalisations. Lisons attentivement le cœur de son argumentation : « Au moment où la France entière connaît une explosion sans précédent des cambriolages, au moment où les annonces les plus alarmantes sont faites par le gouvernement, les leaders socialistes castrais tentent d’en rendre la municipalité responsable. Pourtant les chiffres à Castres (+ 2,74 %), pour regrettables qu’ils soient, n’ont rien à voir avec les statistiques départementales (+ 31 %) ou nationales (14,8 %) ». Fermez le ban : les cambriolages sont un problème important dans notre ville, mais grâce à mes actions, leur progression est limitée, contrairement à ce qui se passe dans le reste du département et du pays, gérés, je vous le rappelle au besoin, par la gauche. Et parmi ces actions, le maire de Castres insiste d’abord – quelle surprise !- sur la vidéosurveillance. Car, comme il le dit à la Dépêche, « seuls 4 des 68 cambriolages perpétrés à Castres depuis le début de l’année l’ont été dans les zones vidéo-protégées ».

Au besoin, prenez quelques secondes supplémentaires de votre précieux temps pour relire cette phrase, digne de figurer dans un almanach des plus belles perles politiques. Car ce qu’il faudrait se demander, c’est plutôt comment quatre cambrioleurs, qui d’habitude ont plutôt tendance à s’attaquer à des maisons isolées des quartiers périphériques - ont réussi à perpétuer leurs méfaits dans un lieu surveillée par l’une des caméras municipales. Les pieds nickelés ont une sacrée descendance ! On peut penser ce que l’on veut des caméras, mais croire qu’elles jouent un rôle de dissuasion dans les cambriolages des maisons individuelles, c’est comme de propager la rumeur selon laquelle Mireille Mathieu enregistrerait actuellement un duo avec U2.

Oui, cette semaine, Pascal Bugis a tenté de donner le ton de ce qui pourrait être sa troisième campagne municipale. Au menu : sécurité donc, et dénonciation du laxisme du gouvernement, accusé de faire « exploser la délinquance » par « un afflux massif de populations sans revenus en provenance de l’étranger, la victimisation des délinquants, l’encouragement à la récidive par la suppression des peines d’emprisonnement et la suppression annoncée des tribunaux correctionnels pour mineurs ». C’est fou comment la menace d’un Front national en progrès sur notre ville peut effacer toutes les tentatives de « recentrage » d’un maire démissionnaire de l’UMP que seule la Dépêche s’attache encore à qualifier de « divers droite ». Mais si lui ne sait plus où il habite, la gauche n’a aucun intérêt à le suivre sur ce sentier de la perdition. C’est à la gauche castraise, pleinement consciente du précédent de 2001, qu’il appartient de donner le ton de ce qui sera la campagne des municipales, en développant son projet, en s’appuyant sur ses valeurs et son imagination, bref, en développant sa capacité à ne plus faire du maire de Castres l’arbitre des inélégances sur notre ville.