le blog-notes

Dis-moi où tu crèches et je te dirai …

« Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire. » Jacques Derrida

Le calendrier de l’Avent 2014 est plutôt chargé. De provocations entraînant, au mieux des polémiques futiles, au pire, sous couvert de controverses apologétiques, des prosélytismes voilés.

Derrière ces clabauderies médiatiques, dont l’obscénité nous embecque à vomir, se cache en fait une guerre larvée, souterraine mais bien réelle : la promotion sournoise de ce « Choc des civilisations » que les idéologues néoconservateurs diffusent depuis près de deux décennies. La liberté de conscience, et donc la liberté religieuse, est un des principes fondamentaux de la République. Tant que cette liberté respecte la dignité de tout un chacun, autres croyants et non-croyants, au sein de l’espace public. Afin que chacune et chacun, c’est-à-dire toutes et tous, quelles que soient les préférences de sa vie intime, puissent vivre ensemble. Dans l’harmonie citoyenne qui fonde l’esprit même de la République.

Force est de constater que depuis plusieurs mois des convictions religieuses sortent de l’espace privé pour envahir l’espace public afin d’imposer leurs certitudes théologiques à l’ensemble de la société. Soit par des actions nationales à l’encontre de propositions politiques qui ne s’imposent à personne mais permettent, à celles et ceux qui le souhaitent, et seulement à elles et à eux, de vivre leur vie personnelle selon leur espérance. Soit par des actions ponctuelles, notamment ces dernières semaines, profitant d’une période d’exceptionnelle religiosité de quelques uns, pour provoquer des coups de boutoir fondamentalement idéologiques à des fins purement politiciennes.

L’épisode récent de l’installation d’une crèche au sein même d’une mairie, édifice public s’il en est, est exemplaire de la pire des provocations antirépublicaines. Elle bafoue et outrage, au-delà de la transgression de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, l’esprit imprescriptible de la République en imposant, en ce lieu on ne peut plus républicain, des convictions religieuses personnelles qui n’ont pas lieu d’être en cet endroit. La provocation comme source d’affrontement ne relève pas d’une politique authentiquement républicaine. Elle n’est rien d’autre que l’expression malveillante, pour ne pas dire vindicative, d’une idéologie néfaste pour le vivre ensemble.

Ailleurs, on met son intelligence au service de la roublardise. Rester dans la légalité, qu’une faille législative autorise, pour jouer au chat et à la souris avec la République : accepter, dans un espace public transformé temporairement en galerie marchande, sous couvert d’exposition associative, la présence d’éléments religieux spécifiques à une religion.

De la provocation malsaine à la ruse politicienne, seule la tactique change. La stratégie, elle, demeure. Faire du « Choc des civilisations » une réalité politique. Ailleurs et ici.

Bonnes fêtes religieuses aux uns. Bonnes retrouvailles familiales de fin d’année aux autres.

P.-S.

dernier article paru : Référendum local !?