hebdo de BENOIST

« Dès que le vent soufflera, je repartira... »

Est-il vraiment nécessaire de s’arrêter sur le ralliement récent du député Philippe Folliot à François Bayrou ? On est parfaitement en droit de considérer cette annonce comme un épiphénomène, ou comme un nouvel épisode du parcours d’un homme politique, qui, tel l’opportuniste chanté par Dutronc, n’en est pas à son premier retournement de veste, ni de pantalon. Mais on peut aussi s’intéresser de près aux mots employés par le conseiller municipal castrais pour tenter d’expliquer sa reconversion, ainsi que ceux qu’il utilise pour répondre aux critiques qu’elle a engendrées : ils sont révélateurs, à la fois de la conception de la politique que porte Philippe Folliot, mais aussi de certains des enjeux qui seront, à n’en pas douter, au cœur des campagnes qui s’annoncent.

Premier épisode : dans l’éditorial de sa lettre d’information du 19 octobre, le député explique pourquoi il a choisi de soutenir François Bayrou lors des présidentielles. À ses yeux, la vie politique française dans son ensemble se structure autour de l’élection présidentielle : il est donc inimaginable que la famille dont il se réclame, le centre (nous reviendrons très vite sur ce terme), soit absente de cette échéance. Orphelin de Jean-Louis Borloo, Philippe Folliot déplore l’éclatement de la famille centriste, et se montre plus que sceptique face à une candidature éventuelle du « diviseur » Hervé Morin. La suite est succulente : « J’ai décidé en cohérence de prendre mes responsabilités en officialisant le premier mon choix en faveur de François Bayrou. Car qui mieux que lui est à même de porter les couleurs du centre et espérer un score à deux chiffres à l’élection présidentielle ? ». Passons sur l’auto-célébration (sur le mode : « avec courage, je suis le premier élu Nouveau centre à abandonner le navire »), et sur l’affirmation de la primauté dans la généalogie des ralliements (ce qui sera toujours pratique lorsqu’il s’agira de venir négocier une place quelconque), pour en arriver à l’essentiel : un choix clairement orienté par les sondages. Monsieur Folliot nous dit que s’il se rallie au panache blanc de Monsieur Bayrou, c’est d’abord parce que ce dernier est le mieux placé dans les intentions de vote. On ne peut que saluer une telle franchise, qui nous éloigne de l’habituelle langue de bois maniée par le personnel politique.

Philippe Folliot a cependant un problème : il sait bien qu’il lui faut expliquer pourquoi il a, dans l’entre deux tours des dernières présidentielles, lâché en rase campagne François Bayrou. Qu’à cela ne tienne, le désir d’être franc l’anime encore une fois : « Je connais François Bayrou depuis près d’une décennie et j’ai participé en 2007 à une campagne présidentielle passionnante à ses côtés. Certes je n’ai pas bien vécu l’entre deux tours et n’ai pas approuvé certaines de ses décisions que je qualifierais d’errements regrettables (souligné par nous) ». Chacun comprend que ce qu’il lui reproche, c’est d’avoir refusé de rentrer dans le rang et de rejoindre la majorité sarkozyste. Ce qu’il s’est pour sa part empressé de faire, obtenant de haute lutte l’investiture UMP, et se montrant, depuis 2007, parfaitement à la hauteur de cette dignité, en se révélant, lui le « gaulliste social », un parfait soutien de la politique menée par le gouvernement Fillon. Du RPR au Nouveau Centre, en passant par le RPF de Pasqua, Philippe Folliot s’est toujours inscrit à droite. Et, aujourd’hui plus encore qu’hier, personne ne peut feindre d’être dupe de ce que représente le « centre » pour lui.

Deuxième épisode : dans sa livraison du 14 octobre, la « Semaine de Castres » ironise sur le nouveau positionnement politique du député de la troisième circonscription du Tarn, sous le titre : « Contre la bipolarisation un seul remède : la girouette ». Jacques Limouzy, pour faire vite, lui reproche de mordre depuis des années la main qui le nourrit, à savoir l’UMP. Sur son site Internet, Philippe Folliot publie sa réponse à Jacques Limouzy. Elle consiste en une courte citation d’Edgar Faure (« ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c’est le vent »), accompagnée du fac-similé du carton d’invitation que l’Élysée vient de lui adresser pour un déjeuner. Cette invitation, manifestement, Monsieur Folliot en est très fier. Il l’exhibe comme un talisman, mieux, comme une sorte de carte d’identité. Se révèle ici la dimension très étrange de cet échange interne à la droite castraise, avec d’un côté le vieux patriarche, et de l’autre « Giorgio le fils maudit », qui prend sa revanche à travers cette invitation. Décidément, on est bien là face à une affaire de famille. Pas centriste pour un sou, la famille. Mais de droite, assurément.

Il sera important de garder en mémoire ces éléments lorsque la campagne législative aura véritablement commencé. Manifestement, soit parce qu’il a des dons de prophète, soit parce qu’il sent le vent tourner, soit parce qu’il sait que cette fois-ci, l’UMP ne lui accordera aucune place (les trois n’étant pas incompatibles), Philippe Folliot parie sur la défaite de Nicolas Sarkozy, tout en s’efforçant de conserver quelques portes de sortie, si l’autan venait à prendre une autre direction. Ça s’appelle être prévoyant. Mais soyons certains qu’il lui faudra bien plus qu’un tour de passe-passe ou que des élucubrations byzantines pour lui permettre de se désolidariser sans frais du bilan d’une majorité qu’il soutient depuis maintenant près de dix ans. Un proverbe breton dit : « celui qui marche droit trouve toujours la route assez large ». L’important, c’est bien de tracer une voie, claire, ferme sur ses principes et ses objectifs, loin, très loin, des méandres propres aux équilibristes prêts à tout pour conserver leur place.