hebdo de BENOIST

De l’intérêt des statistiques

Dans le film de Luc Besson, Subway, il y a une scène que j’ai toujours particulièrement appréciée. C’est celle où Michel Galabru, commissaire de police qui traque dans les couloirs du RER un voleur à la tire surnommé le « Roller », est interpelé par le chef de station, joué par Jean Bouise : « Vous savez chef, j’ai calculé, en moyenne, il commet dix délits par semaine ». Et Galabru de lui répondre : « Vous faites des statistiques maintenant ? Vous êtes vraiment payé à rien foutre ! ».

N’en déplaise à Galabru, il est des moments où les gens qui produisent des statistiques peuvent au contraire se révéler très utiles, voire indispensables. Je ne suis pas pour autant naïf, et sais bien qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut, aux chiffres. Pour preuve, cette information glanée le 25 juillet dans la Dépêche du midi, qui nous apprend que depuis l’installation des caméras à Castres, la police aurait réalisé 700 interventions sur sollicitation des opérateurs qui, 24/24 h, regardent en boucle les images. 700, c’est un beau chiffre, rond et impressionnant, surtout quand il s’agit de justifier, dans le même temps, et notons-le en plein cœur de l’été, l’installation de 30 nouvelles caméras. On aurait bien aimé connaître la nature de ces interventions, le degré de gravité des faits qui les ont déclenchées, la part prise par les infractions au code de la route dans ce chiffre élevé… Indéniablement, ce ne sont jamais les chiffres en eux-mêmes qui sont un problème, mais toujours la manière de les construire et de les présenter.

Ce double écueil est parfaitement évité par les chercheurs de l’INSEE, qui viennent de publier une remarquable étude sur la situation des immigrés et de leurs descendants en France. Ce travail, loin des caricatures du racisme anti-blanc et des restrictions de chocolatines lancées par un candidat à la présidence de l’UMP en mal de voix, tord le cou à certaines idées reçues, et nous interpelle sur la réalité des situations vécues par les populations immigrées en France. Première remarque : pour Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales à l’INSEE, s’il fallait résumer cette étude en un mot, ce serait celui de « diversité ». C’est déjà une information, tant l’amalgame et la volonté d’assigner des comportements communs à tous les immigrés constituent depuis toujours la base du discours raciste. Il y a bien une grande diversité dans les parcours scolaires et professionnels des immigrés et de leurs enfants, même si les chercheurs repèrent cependant quelques grandes caractéristiques. J’en ai retenues trois :

1. Oui, les enfants d’immigrés sortent plus souvent du système scolaire sans diplôme que les enfants nés de parents français. Oui, l’origine migratoire influe sur la probabilité d’obtenir le baccalauréat. Mais ces résultats bruts doivent être pondérés par de nombreux éléments qui influencent directement les résultats scolaires, comme l’âge d’arrivée en France (pour les enfants qui n’y sont pas nés), le niveau scolaire des parents ou encore la structure familiale. Sans surprise, on note ainsi une incidence de la structure monoparentale sur la réussite des enfants. Et au final, ce que les résultats de l’étude indiquent, c’est que, « quand l’origine sociale, le niveau de diplôme des parents, la structure familiale et la taille de la fratrie sont pris en compte, la réussite dans le secondaire des enfants d’immigrés n’est pas moins bonne que celle des descendants de natifs". Traduction : ce n’est pas l’origine, mais bien les facteurs sociaux (composition de la famille, niveau de formation et de revenus, lieu où on habite), qui se révèlent déterminants pour expliquer les différences de réussite scolaire.

2. Cette enquête démontre que : "La situation des descendants d’immigrés est meilleure que celle des immigrés". On a là la preuve que l’ascenseur social fonctionne encore, même s’il faut nuancer : la situation des descendants d’immigrés reste moins bonne que celle des personnes dont les deux parents sont nés en France.

3. Enfin, l’accès des descendants d’immigrés au marché de l’emploi reste plus difficile. En 2009, le taux de chômage était de 16 % pour les immigrés, contre 9 % pour les non-immigrés. Chez les enfants d’immigrés, le taux de chômage atteint des pics pour les descendants d’immigrés d’Afrique, Maghreb inclus. Les chiffres sont impressionnants : Entre 15 et 24 ans, 44 % des hommes et 34 % des femmes descendants d’immigrés hors Union Européenne sont au chômage, contre 19 % et 22 % pour les populations non-immigrées.

Cette difficulté à trouver un travail est-elle la cause ou la conséquence d’un manque d’intégration des enfants d’immigrés ? Qu’est-ce que vous dites, Monsieur Copé ? On n’entend pas bien… Que chantait Zebda, il y a vingt ans déjà ? « Intégré, je le suis, où est la solution ? ». Ah, j’allais oublier : au passage, cette étude nous apprend que plus de 90% des descendants d’immigrés disent se sentir français.

Si ce travail vous intéresse, vous pouvez le retrouver à l’adresse suivante : http://www.insee.fr/fr/themes/theme...