Edito de STEPHANE

Conseil Régional d’Occitanie : un théâtre d’ombres de plus.

Désincarné, c’est le sentiment qui ressort des échanges de cette fin de plénière, jeudi 21 décembre. Il était pourtant question du sujet qui dépasse tous les autres, celui du climat. L’autoroute Castres Toulouse revenait dans les débats une fois de plus, et, avec une certaine lassitude, chacun y jouait son rôle. Les plus vindicatifs, les Insoumis, mettaient en cause La Présidente, avec une certaine méconnaissance des chiffres, mais peu importe. L’extrême droite, de façon opportuniste, soutenait l’autoroute en jurant que c’était leur position de toujours… avant le prochain changement. Les Ecologistes demandaient une étude alternative, avec le ton poli qu’il convient d’employer, en s’excusant même d’occuper une fois de plus les débats avec cette question. Et La Présidente d’envoyer son Vice-Président, le Radical de Gauche, pour réciter, que le débat a déjà eu lieu, que toutes les parties ont été entendues et que la commission d’enquête publique a rendu son avis : c’est l’autoroute. Et puis ? Et puis c’est tout. C’est fini. Nous n’aurons pas de saisine du CGEDD (1), pas d’étude alternative, alors que la demande n’est pas de renoncer à l’autoroute mais de savoir s’il est possible de s’en passer. Plus que la réponse elle-même, c’est l’absence d’émotion dans cet échange qui crée le choc.

Dans le même temps le journal Le Monde titre : « réchauffement climatique, la fin du déni », les articles sur la théorie de l’effondrement sont de plus en plus fréquents, argumentés, frappants. Les scientifiques alignent études sur études, toutes plus concordantes sur le réchauffement climatique et ses conséquences, et cette assemblée avec ses 11 heures de session reste froide, comme indifférente à cette réalité du monde, fataliste, inébranlable dans ses certitudes, apoplectique. Quoi qu’il en soit, avec le système majoritaire, tout était décidé d’avance. Présidente pouce levé, c’est bon, pousse baissé, c’est non. D’où la lassitude de poser une question de plus sur l’autoroute tout en n’en connaissant déjà la réponse. Alors pourquoi le faire ? Et que font tous ces gens dans cette assemblée ? Et pourquoi, citoyen, s’y intéresser ?

Les gilets jaunes ont eu ce mérite, nous forcer à voir ce que nous savions déjà, un autre déni, que nos instances démocratiques sont malades. Toutes, une par une, fonctionnent, délibèrent, votent, dans un désintérêt le plus complet et pour cause. Combien de personnes assistent au conseil municipal de leur ville, au conseil communautaire, au conseil départemental, au conseil régional ? Même de chez eux car maintenant ils sont en général retransmis en direct. Mais à quoi bon ? La majorité est acquise pour le temps du mandat, c’est voté, c’est fait. Il serait commode d’en sourire, d’ironiser sur l’incapacité des uns et des autres, sur leur statut de morts vivants dupes ou non d’eux-mêmes, qu’ils soient dans la majorité, dans l’opposition, dans l’opposition de la majorité. Cette théâtralisation de la vie publique, tourne à vide, car elle n’a plus aucun pouvoir de décision. Le débat démocratique qui se doit d’être mis en scène, n’est plus qu’un théâtre d’ombres et pour le cas où il serait engagé, si un pas de côté est esquissé, l’échange devient un séisme politique, l’illustration de la faiblesse du monarque dominant, alors que cela ne devrait être que la vie normale d’une telle assemblée. De quoi ont-ils peur ?

Nous sommes dans ces assemblées au cœur des petits pas dénoncés par Nicolas Hulot, qui, par sa démission, a créé, a voulu créé un électrochoc dans nos consciences citoyennes. Les représentants politiques, et en particulier écologistes, peuvent-ils être de la sorte en « sous-réaction », en acceptation raisonnée, en constat fataliste et impuissant ? L’affichage d’un bilan contrasté n’est plus entendable, où d’un côté les terres agricoles sont protégées, mais l’alternative à l’autoroute ne peut même pas être étudiée (300 ha de terres agricoles détruites) (2). C’est peut-être légitime, le fruit d’un travail ardu, un équilibre délicat à trouver au sein d’une majorité, mais cela provoque au mieux de l’indifférence, mais de plus en plus, une colère sourde.
En tant qu’écologiste, face à cette impuissance, il est perturbant de voir que des formes violentes, verbalement ou physiquement, peuvent être des accélérateurs, là où le dialogue devrait primer. Et pourtant nous n’avons d’autre choix que d’essayer de refaire vivre le débat, en explorant toutes les alternatives non-violentes. Le succès de la pétition « l’Affaire du Siècle » (3), signée par presque 2 millions de personnes est une bouffée d’oxygène. Cette initiative recoupe deux éléments clés : l’affirmation du besoin de protéger le climat et une action concrète pour y parvenir, qui passe par une action en justice contre l’Etat pour qu’il respecte ses engagements. Est-ce la fin de la politique par une judiciarisation du politique ? Avec des élus incapables de prendre en compte des urgences vitales au sein des assemblées, tous les moyens d’action démocratiques sont bienvenus. Y aura-t-il aussi une ZAD sur le site de construction de l’autoroute Castres-Toulouse, avec sans doute des gilets jaunes et verts, comme actuellement sur les ronds-points ? L’idée d’occupation pour se défendre a fait du chemin dans l’opinion depuis Notre-Dame des Landes et Sivens. D’ici là, il faut aussi engager une action en justice contre la Présidente de la Région Occitanie, pour mise en danger de notre capacité à nous nourrir, pour action illégitime contre la protection du climat. Nous ne resterons pas les bras croisés.

(1) CGEDD, Conseil Général à l’Environnement et au Développement Durable. Instance qui dépend du ministère de la transition écologique et qui peut être saisie pour étudier un dossier litigieux. Il a été saisi à NDDL et à Sivens. La Présidente de la Région Occitanie pourrait demander à ce que cet organisme soit saisi pour étudier une alternative qui n’a jamais été étudiée.

(2) La lettre de Guillaume Cros https://mailchi.mp/f8981f686725/lettre-dinformations-de-guillaume-cros-vp-occitanie?e=be33a6ea7a

(3) https://laffairedusiecle.net/

Répondre à cet article

Commentaires

1 Message

  1. Conseil Régional d’Occitanie : un théâtre d’ombres de plus.

    Merci Stéphane pour cet article qui démontre encore une fois l’absurdité de notre système politique actuel... Souvent, comme toi, j’en viens à me demander : "L’écologie ? Pourquoi faire ?".

    par Vincent RONCA | 31 décembre 2018, 18:38

    repondre message