Législatives 2012

Comment on fabrique l’opinion (ou du moins, comment on essaie de la fabriquer)

Dans sa dernière livraison en date de Jeudi, le Journal d’ici, hebdomadaire reconnu pour l’impartialité de sa ligne éditoriale, incarnée notamment par la figure de son « journaliste « vedette », nous offre un sondage « exclusif » sur la première circonscription du Tarn, qui révèlerait une « dynamique Poujade » pour le premier tour de dimanche.

Comme la loi l’y oblige, le journal précise que « l’enquête a été réalisée par l’institut de sondage BVA, du 26 au 29 mai, par téléphone, sur un échantillon de 607 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif des électeurs de la première circonscription. Prudent, l’auteur de l’article ajoute : « Précisons que les résultats de cette enquête doivent être pris avec des pincettes d’usage, tant il est vrai qu’ils reflètent un instantané de l’opinion, réalisé en milieu de semaine dernière, alors que la campagne battait son plein ».

Je dois vous dire que j’ai pris un grand plaisir à la lecture de l’analyse des résultats de cette « enquête » d’opinion. J’avais été informé par plusieurs camarades socialistes du Sud-Tarn – qui tous avaient été appelés par l’institut BVA – qu’un sondage était en cours. Oui, je vous sens surpris : sur 607 personnes, au moins cinq responsables ou élus socialistes figuraient dans le panel. Alors, sauf à considérer que la fédération socialiste tarnaise compterait 100 000 adhérents, on est en droit de lever le sourcil devant ce hasard qui rendrait incrédule tout mathématicien spécialiste des probabilités.

Ceci posé, vous comprendrez que les résultats de l’enquête sont effectivement à prendre « avec des pincettes ». De fait, ce sondage, n’ayons pas peur de le dire, a été organisé de manière à corroborer les objectifs politiques de l’organe non-officiel de l’UMP tarnaise : tenter de tuer politiquement Philippe Folliot, en faisant monter artificiellement les candidatures de Gérard Poujade et de Richard Amalvy. Que Philippe Folliot n’ait pas les faveurs du Journal d’ici n’a rien de nouveau. Que Richard Amalvy soit présenté comme « la révélation de ce premier tour », lui, cette figure inconnue de la vie politique castraise incarnant derrière Jacques Limouzy le renouvellement, ça mérite d’être lu. Qu’avec Géraldine Rouquette nous soyons présentés comme les « victimes collatérales » de la déferlante Gérard Poujade peut même apparaître comme flatteur.

La « victime collatérale » que je suis sensé être à lu avec attention la livraison d’un autre hebdomadaire tarnais ce matin, Le Tarn libre. On peut y lire le passage suivant :

« Outre le candidat du FN, Frédéric Cabrolier, qui bénéficie d’un bon ancrage local, les arbitres de ce duel attendu (entre Philippe Folliot et Gérard Poujade) seront l’UMP Richard Amalvy, la candidate du Front de gauche Géraldine Rouquette, et le candidat d’EELV Benoist Couliou (…) Porte-drapeau des Verts, Benoist Couliou n’aura sans doute pour sa part aucune peine à surpasser le score famélique d’Eva Joly (1,98%). Enseignant, il est un des fers de lance d’une jeune génération politique inventive et culottée. Sa campagne, adossée aux nouvelles technologies, a séduit. Et son combat pour un « changement de société », axé sur les problèmes locaux, peut lui valoir un bonne surprise ».

« L’opinion publique, ça n’existe pas » avait l’habitude de dire le sociologue Pierre Bourdieu. Vivement dimanche, lorsque les urnes auront parlé, et qu’on saura réellement ce qu’il en est.