hebdo de BENOIST

Castres, place Jean JAURES

Commémoration Jean JAURES / Allocution de Benoist COULIOU

dimanche 31 juillet 2011, 11h00

Bonjour à toutes et à tous,

Au nom d’Europe-Écologie les Verts, je voudrais commencer cette intervention en citant une note de service de la direction départementale de la sécurité publique du Loir et Cher, très récente puisqu’elle date du 25 juillet. Vous en avez peut-être déjà pris connaissance. Elle dit, je cite, que « conformément aux exigences du ministère de l’Intérieur, le nombre de reconduites d’étrangers en situation irrégulière devient l’objectif prioritaire pour le reste de l’année 2011 ». Oui, vous avez bien entendu. La mission prioritaire des policiers et des gendarmes de ce département – et nul doute que ce genre de notes circule dans beaucoup d’autres - n’est plus d’assurer la sûreté des citoyens, elle n’est pas plus de lutter contre les violences et les trafics en tout genre... Non, elle est de trouver par tous les moyens une trentaine d’étrangers à exclure, pour répondre aux exigences statistiques de Claude Guéant. Un exemple de plus de ce qui se passe dans la France de Nicolas Sarkozy, qui confirme le déferlement raciste auquel nous assistons depuis le discours de Grenoble. Un exemple de trop, qui confirme que l’ensemble des forces de gauche de la ville de Castres, a raison d’affirmer, dans le texte commun qu’elles ont signé à l’occasion de cette commémoration, « qu’avec ce gouvernement, on a parfois le sentiment de ne plus être en République », et qu’il faut absolument « refuser cette république défigurée ».

Nous le savons tous, le combat pour la défense et l’approfondissement des valeurs républicaines passent toujours par la lutte contre les idées les plus dangereuses de son époque. Et cela, la pensée et l’action de Jean Jaurès nous le montrent très bien. Il se trouve que cette année, on célèbre le centenaire de l’un de ses ouvrages majeurs, « l’Armée nouvelle ». Dans ce livre, Jaurès dénonce les croyances de l’armée française et de la majorité du personnel politique, qui assuraient que la guerre qui s’annonçait face à l’Allemagne serait de très courte durée et serait de ce fait peu meurtrière. Au contraire, Jaurès imaginait une guerre longue, et l’on sait comment la réalité lui a malheureusement donné raison. En apparence, nous sommes là très loin de Castres, très loin de la France et du monde tels que nous les connaissons en 2011. Sauf que... En 2014, il y aura à la BNF une grande exposition sur les prémices de la guerre 14-18 dont l’idée générale peut se résumer ainsi : « naïveté des populations, incurie des dirigeants ». Et c’est vrai qu’un siècle après les faits, on a du mal à comprendre comment les responsables du pays ont pu à ce point se tromper sur la nature de la guerre à venir. Jaurès donne une explication à la catastrophe annoncée : le poids de la tradition. Tradition militaire, qui fait penser que seule l’application des vieux principes napoléoniens permettra de vaincre. Mais tradition politique aussi, qui fait qu’en France, à l’époque, le pouvoir civil a bien du mal à s’emparer des questions militaires. Au contraire, Jaurès invite les citoyens à s’emparer de la question de l’armée, pour cesser de la mythifier, et la construire à l’image de la nation. Je vous laisse imaginer la violence des critiques qu’il a dues affronter à l’époque.

La tradition, on le sait, c’est d’abord la célébration de ce qui existe « parce que ça a toujours existé ». Ce n’est pas pour rien que Bernard Carayon et ses amis de la funeste « Droite populaire » n’ont de cesse de la célébrer. Interroger les fondements de ces traditions, remettre en cause les imaginaires collectifs qu’elles véhiculent, cela doit pourtant continuer à faire partie de nos actions quotidiennes. C’est une question de salubrité publique ! J’irai même plus loin : c’est là l’un des éléments essentiels de notre patrimoine génétique, à nous, hommes et femmes de gauche. Mais vous l’avez vu, à l’exemple de l’intervention d’Éva Joly sur le défilé militaire du 14 juillet, la mise en question d’une tradition ne se fait jamais sans réaction violente. Pourtant, qui se souvient que le défilé militaire du 14 juillet ne date que de 1919 ? Et, surtout, qui peut dire, à l’heure de l’armée professionnelle, que les soldats-citoyens que l’on célébrait à l’époque sont encore ceux qui défilent aujourd’hui ? « Naïveté des populations, incurie des dirigeants » : en sommes-nous si loin aujourd’hui ? Quand on voit au niveau national les conséquences de la politique menée par l’UMP ! Quand on voit, à l’échelon local, la gestion catastrophique du dossier de l’eau, l’installation en catamini de caméras dont on sait d’avance qu’elles seront inefficaces, et que dire de l’impasse dans laquelle nous conduirait la construction de l’autoroute concédée vers Toulouse ! Tout ça bien sûr au nom de réalités largement fabriquées, de contraintes présentées comme indépassables, en bref, de traditions construites de toutes pièces... Face à elles, nous avons le devoir de construire nos réponses. Des réponses qui seront forcément communes, mais dans le respect de notre diversité. De grands pas en avant ont déjà été fait ces dernières semaines, qui nous permettent de donner corps à l’espérance que j’évoquais devant vous l’année dernière. D’autres, importants, restent à faire. Mais, les prises de position des organisations de gauche sur la nécessité de lier ensemble la question écologique, la question sociale et la question démocratique, nous montrent que nous avons à notre disposition les bases d’un langage commun.

A nous de faire vivre ce langage, ensemble, ici et maintenant, à Castres. A nous, fidèles en cela à la leçon que nous délivre Jaurès, de faire tomber les traditions, toutes les traditions qui pèsent sur notre ville.

Je vous remercie de votre attention.